GREVES EN SERIE


La semaine noire que la France vient de vivre semble annoncer l’ère des grèves en série. SNCF, RATP, Air France,…autant d’entreprises publiques françaises dont les fonctionnaires, encouragés par des syndicats plus remontés que jamais, ont décidé de monter au créneau. En annonçant une série de grèves visant à paralyser, une fois de plus, les transports nationaux, ils revendiquent une hausse des salaires, estimant avoir le droit de profiter de la croissance de l’activité économique.


L’humeur est au beau fixe dans les bureaux des organisations syndicales françaises. Il faut dire que la stratégie adoptée semble porter ses fruits. Le mot d’ordre est d’une simplicité enfantine : compte tenu des effets bénéfiques de la croissance sur les résultats des entreprises, les salariés doivent pouvoir profiter d’une hausse conséquente des salaires et ne plus être obligés de subir les gels ou les modérations généralement associés à la mise en place des 35 heures. Forts de ce raisonnement d’une logique implacable, les syndicats n’ont pas mis longtemps à convaincre les fonctionnaires du secteur public de l’absolue nécessité d’une mobilisation massive.

La grève des cheminots de la SNCF est de loin la manifestation la plus réussie. De mémoire de gréviste, cela faisait plus de vingt ans que l’appel à la paralysie du trafic pour faire évoluer la question salariale n’avait pas fait l’objet d’une telle unité. Les 0,4 % d’augmentation pour tout le monde consentie par Louis GALLOIS en juin dernier ont fait sourire les secrétaires généraux qui réclament beaucoup plus : la CFDT demande 800 Francs de hausse et un salaire de base porté à 7800 Francs (au lieu des 6800 Francs en vigueur aujourd’hui) ; la CGT exige une augmentation de 6 % et SUD Rail préfère parler de 1500 Francs. Résultat : une trafic quasi nul sur l’ensemble de la France et un service très dégradé pour les Eurostar et les Thalys.

Les organisations syndicales étaient plus divisées lors de la grève à la RATP, où les nuisances étaient plus concentrées sur les lignes RER que sur les réseaux de bus et de métros.

Enfin, chez Air France, seul le Syndicat National des Pilotes de Ligne (SNPL) avait déposé un préavis de grève allant du 1er au 4 octobre, qui a fini par être levé, les syndicats minoritaires ayant déjà perturbé le trafic les 22, 23 et 24 septembre dernier.

Si l’ensemble des revendications sur la hausse des salaires dans le secteur public fait le bonheur des syndicats, c’est que toutes ces manifestations arrivent « à pic » pour redorer leur image de marque. Car leur existence même procède de la colère (attisée…) de leurs syndiqués, de la médiatisation de leurs « bras de fer » réguliers, de l’ampleur des mouvements dont ils se réclament. Il est dans l’intérêt des syndicats que le climat social s’embrase. Et à l’heure d’une nette amélioration de la situation matérielle des Français, la reprise des conflits était vitale. Epaulées par un Lionel JOSPIN avide de quelques points de popularité, les principales organisations syndicales du pays cherchent donc a attiser un « ras le bol » national qu’ils ont eux-mêmes initié.

Alors bien sûr, dans une telle atmosphère d’irresponsabilité, la solution proposée par Ernest Antoine SILLIERE passe à peu près inaperçue. Le MEDEF explique que la hausse du pouvoir d’achat viendrait plus logiquement d’une baisse des cotisations sociales que d’une augmentation supplémentaire des charges des entreprises. Mais surtout, il s’insurge légitimement contre cette méthode franco-française de prendre la population en otage et de paralyser toujours un peu plus l’activité économique pour distribuer arbitrairement des privilèges que la majorité silencieuse rembourse au quintuple. Le MEDEF réclame à grands cris ce que la plupart des pays européens ont établi avec la bénédiction de l’ensemble de la population : le service public minimum. Il cherche à convaincre des dirigeants politiques particulièrement frileux à la veille d’échéances électorales primordiales, politiques qui ont de toutes façons toujours été les compagnons de route des syndicats irresponsables. Et pourtant, un service public minimum, c’est bien le minimum qu’on puisse atteindre dans un état de droit qui ne voudrait pas prendre la population en otage.

Mots clés : Electoralisme, Service public, Syndicat.