FRANCE TELECOM : LA FIN D’UNE ERE MONOPOLISTIQUE ?


Dans la mise en concurrence de l’accès au réseau local des télécommunications appelée « dégroupage », France Télécom rechigne à coopérer avec les opérateurs privés  : un monopole, « quasi public », ne s’évince pas facilement. L’Etat aurait semble-t-il le téléphone entre deux chaises…


Une importante décision de politique économique sur les activités de télécommunication était annoncée ce mercredi 12 septembre par un décret autorisant le dégroupage, c’est à dire ouvrant l’accès au réseau local de France Télécom à ses concurrents. Ainsi, la possibilité sera offerte aux différents opérateurs d’avoir un accès direct aux clients.

Dans l’attente de ce texte, une phase d’expérimentation visant à mettre au point les processus techniques et commerciaux s’était engagée cet été entre tous les opérateurs. Durant cette période d’essais, la cohabitation « public/privé » s’est comme de coutume révélée difficile. Il est vrai, les intérêts de chacun divergent : les uns souhaitent protéger le plus longtemps possible leur position protégée de monopole au détriment des consommateurs, tandis que les autres dynamisent les prémisses de la naissance d’un marché attendu en France depuis longtemps. Du dégroupage, France Télécom n’en souligne que les inconvénients, à savoir que le mode de partage de la ligne téléphonique retenu dans le décret pourrait être source de difficultés dans la relation entre le client et l’opérateur ! Le dégroupage imposera dorénavant, il est vrai, souplesse et réactivité à ce monopole sclérosé par la protection dont il a bénéficié jusque là. Mais pour l’heure, l’opérateur public mène une stratégie systématique de retardement.

Si d’une part l’Etat semble résolu, voire résigné à promouvoir une concurrence incontournable, dans les faits, en tous cas, l’actionnaire majoritaire de France Télécom (64% du capital) traîne les pieds !!

L’enjeu est celui de la libéralisation d’une activité de réseau jusque là en situation de monopole, dit naturel. Une telle structure industrielle est censée être légitimée par le fait qu’un seul opérateur génère moins de coûts que plusieurs. Cette organisation est souvent celle pour lesquelles le réseau est indivisible. Toutefois, la technologie permet aujourd’hui de rendre obsolète cette conception organisationnelle du monopole naturel, notamment pour les télécommunications. Ainsi, techniquement, l’opérateur historique louera la partie finale de son réseau aux concurrents privés en mesure de faire émerger un véritable marché, donc implicitement d’amorcer une politique de prix attrayante pour le consommateur, puisque l’homologation des tarifs par la puissance publique ne sera plus effective.

Toutefois, ce passage du monopole à la concurrence nécessite la mise en place d’un cadre contraignant et de mesures concrètes que France Télécom et les pouvoirs publics ne semblent pas mettre en place. Prenant prétexte de développer l’Internet en France, le gouvernement multiplie les arguties et les procédures. Par exemple, les opérateurs sont actuellement en proie à un certain pessimisme sur les prix de location des lignes de France Télécom. Le gouvernement assure pourtant que sa politique n’est pas d’accorder des compensations à France Télécom « qui ne seraient qu’un soutien temporaire et finalement artificiel »…En fait, il est difficile à ceux qui nous gouvernent de renoncer à contrôler les lignes.

Mots clés : Concurrence, Monopole, Politique économique, Protectionnisme.