LA DISGRACE COMMUNAUTAIRE DU SERVICE
PUBLIC
La France est l’un des pays les plus
étatisés d’Europe, ce qui se concrétise dans la vie quotidienne par une
domination des services publics. Tout ce que produisent l’administration
et les entreprises d’Etat est réputé supérieur à tout ce qui provient
du marché. La Cour de Justice de la Communauté européenne (CJCE) ne l’entend
pas ainsi…
La Cour de Justice de la Communauté Européenne vient de mettre le juge
administratif français dans l’embarras. En effet, celui-ci a été habitué
à statuer en faveur de l’interventionnisme économique des collectivités
publiques, pour pallier les prétendues lacunes du marché. Voilà une nouvelle
source de conflits juridiques entre le droit communautaire et le droit
français.
En effet, le juge communautaire peut sanctionner la carence du service
public. L’esprit de la jurisprudence Job Centre II, du 17 décembre 1997,
lui fournit en effet les moyens de condamner la production publique de
biens et services lorsqu’il y a abus de position dominante, ou encore
« monopole défaillant ».
Cette doctrine indique qu’il y a abus si trois conditions sont simultanément
réunies : 1) Défaillance du service public ; 2) Existence d’une
protection des droits exclusifs attribués ; 3) Affectation des échanges
intracommunautaires. Celoa signifie que si d’une part le service public
ne répond pas à la demande, et si d’autre part il s’attribue légalement
un monopole d’activités, et qu’enfin ce monopole est un frein à la concurrence
au sein de l’Europe, dès lors il sera déclaré défaillant par la CJCE.
Au premier abord cette triple exigence peut paraître difficile à satisfaire.
Mais il ne faut pas se fier aux apparences car bien souvent ces trois
conditions sont corrélatives. Le juge communautaire ne s’y est pas trompé :
il met en difficulté l’étatisation exagérée mise en place dans la plupart
des pays européens, au premier rang desquels la France se situe.
D’autre part il renverse la doctrine dominante qui veut que l’Etat intervienne
parce que le marché est incapable de produire certains biens et services.
La Cour indique que souvent l’Etat intervient parce qu’il a créé les conditions
qui ont découragé les entrepreneurs, par le biais d’interdictions d’activités
ou d’impositions prohibitives. La Cour prie donc le bienfaiteur étatique
de remplir ses devoirs, comme l’aurait fait un entrepreneur soucieux de
qualité et d’efficacité, et non pas de justifier son intervention sur
la seule critique négative des mécanismes du marché. Ce qui a pour vertu
de remettre les pendules à l’heure et de renvoyer le service public à
la française dans les archaïsmes de l’histoire.
Mots-clés : Concurrence,
Etat, Europe,
Interventionnisme, Marché.
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