SERVICES PUBLICS A LA FRANCAISE :
VINGT ANS DE RETARD
C’est la très officielle Inspection Générale des Finances
qui l’avait révélé : la France connaît le coût de collecte le plus
élevé du monde. Nouveau pavé de l’IGF dans la mare gouvernementale :
la qualité du service public français est au plus bas. La leçon à tirer
s’impose d’elle-même : seul le recours à l’entreprise privée serait
en mesure de sauver le service public. L’IGF précise que cela se fait
avec succès… à l’étranger.
Alors que le gouvernement français perdure dans son
immobilisme en matière de réforme de l’Etat, l’Inspection Générale des
Finances révèle que la France connaît au moins deux décennies de retard
dans la gestion de ses administrations. L’étude met en lumière les ratés
des gouvernements français face aux réformes engagées dans plusieurs pays
qui, dès 1980, ont adopté fréquemment les méthodes du privé dans leur
gestion publique.
Le service public « à la française » est
aujourd’hui au cœur de nombreux débats, relatifs pour la plupart à l’amélioration
des conditions de travail. L’actualité récente illustre largement cet
état de fait, notamment avec les grèves « structurelles » des
différents secteurs de l’activité publique. Pour l’heure, l’intérêt porté
aux services publics par le gouvernement tient à une persévérance dans
la sclérose plutôt qu’à une réforme globale que rendent nécessaires les
écueils connus et reconnus de cette « école française ».
Les différentes illustrations internationales consistent
en autant d’amendements de leur gestion publique que la France a pris
le parti d’ignorer. Le Canada a supprimé un poste de fonctionnaire sur
cinq, les Britanniques ont privatisé de multiples services avec des objectifs
de performance, les Américains ont imposé une obligation de résultat dans
leur système éducatif, ... L’IGF s’attache à montrer que dans chaque
cas de réforme présenté, les changements apportés ont permis une plus
grande transparence, un meilleur contrôle des dépenses publiques et enfin
une qualité de service supérieure.
Le rapport précise que la mise en place progressive
d’un système de gestion par la performance a conduit à implanter une culture
managériale aux divers échelons de l’administration. La contrepartie de
cette diffusion de la responsabilité consiste en une forte obligation
de compte rendu et de contrôle, qu’il soit administratif, politique ou
exercé par les citoyens.
Alors que l’Etat français ne semble pas en mesure d’anticiper
suffisamment sur l’évolution de la société et de ses besoins, les pays
voisins bousculent les statuts et les structures centralisées. La plupart
des Etats ont ainsi transféré l’exécution des politiques publiques dans
des agences, structures administratives autonomes. A l’avant garde de
ce système se trouve en première ligne le libéral Royaume-Uni.
Outre la réforme en elle-même, c’est sa nature qui
prend toute son importance puisque les outils qui ont permis à ces Etats
de promouvoir un service davantage qualitatif sont importés du monde de
l’entreprise. La « planification stratégique » par exemple inflige
des objectifs quantitatifs aux ministères et à leurs agences, les indicateurs
d’activité et d’efficacité sont multipliés. Les avantages des réformes
de la gestion publique résident surtout dans la diffusion progressive
d’une culture de résultats au sein de la fonction publique, ainsi que
dans le développement parallèle de la qualité du service et de la satisfaction
du public.
Si les réformes mises en places par les différents
Etats progressistes permettent de concourir vers un esprit davantage axé
sur la performance, ne serait-il pas plus logique d’en venir purement
et simplement à la privatisation de ces services, plutôt qu’à une réforme
statutaire orchestrée par l’Etat ?
L’objectif de résultat est celui de l’entreprise qui
n’a pour choix que de s’adapter aux desiderata de ses clients. Aucun système
n’est plus à même que celui de la concurrence d’engendrer performance,
incitations et responsabilisations des individus. Si une entreprise ne
se donne pas les moyens de répondre aux besoins des consommateurs, l’entreprise
peut renouveler ses salariés ou s’en séparer.
Pourquoi donc se priver du moyen qui permette d’aboutir
enfin à une véritable implication, responsabilité des administrations,
à savoir la libéralisation de ces services ?
Aujourd’hui, les objectifs de la Communauté Européenne
se dirigent vers la déréglementation de certains services publics, notamment
les activités de réseau à caractère industriel et commercial. Cependant,
la réforme des services français n’est toujours pas à l’ordre du jour
du gouvernement français, qui s’installe résolument dans la sclérose bureaucratique.
Mots-clés : Libéralisation, Privatisation,
Responsabilité, Services
publics.
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