![]() |
||||
|
SERVICE MINIMUM A LA SNCF : EST-CE REELLEMENT POSSIBLE ?
Le gouvernement actuel relance le projet d’un service minimum à la SNCF. Il s’agit, dans le respect du droit de grève, de faire en sorte qu’il y ait continuité du service public. Evidemment, cette annonce n’est pas du goût des syndicats de la SNCF. Le secrétaire d’Etat aux transports, Dominique Bussereau, a annoncé : « Nous souhaitons arriver à un système, dans les mois à venir, dans lequel, lorsqu’il y a conflit les trains circulent le matin et le soir pour permettre aux gens d’aller travailler ». Cette déclaration va dans la continuité des propos de campagne de Jacques Chirac. Ce dernier avait en effet promis la mise en place « par voie d’accord avec les syndicats, [d’]un service garanti aux usagers dans tous les grands services publics, et d’abord dans les transports pour en assurer la continuité en cas de conflit social ». Dominique Bussereau a donc réaffirmé cette volonté du gouvernement actuel d’assurer un service minimum : « Si on peut, par le dialogue social, par la discussion, obtenir que les choses se passent sans recourir systématiquement à la grève, je crois que la société française aura fait un progrès et qu’à ce moment-là la loi ne sera pas nécessaire…Naturellement, si on n’y arrive pas, il faudra légiférer. » Cela a, au moins, le mérite d’être clair et surtout, cela faisait montre d’un certain courage politique que de tenir, quatre jours avant une échéance électorale de toute importance pour le gouvernement dont est issu Dominique Bussereau, des propos qu’une certaine partie du corps électoral aurait pu mal interpréter. Naturellement, cette partie du corps électoral à laquelle on pense, ce sont les syndicats en général et ceux de la SNCF en particulier qui, dans ce projet, on déjà vu une déclaration de guerre au sacro-saint droit de grève. Les syndicats de la SNCF – de la CFTC Transports à la CFDT-Cheminots et à la CGT-Cheminots en passant par SUD-Rail – n’ont que peu apprécié cette déclaration et cela d’autant qu’ils n’ont pas, pour la plupart, rencontré le nouveau ministre. Parmi les réactions, on note ainsi : « derrière le service minimum, [on perçoit une volonté de] limitation du droit de grève », « cet homme du pouvoir ressort un chiffon rouge » ou encore « nous sommes totalement opposés à toute remise en cause du droit constitutionnel de grève ». La déclaration du secrétaire d’Etat – qui, pour relativiser son propos, a rappelé qu’il ne faisait que « rappeler les engagements de M. Chirac. Le sujet n’a pas encore été abordé au sein du gouvernement » – a ainsi crispé les organisations syndicales dans les entreprises en général et à la SNCF en particulier. Si le climat avait été particulièrement calme la semaine dernière, avec seulement quelques conflits dans certaines régions – le trafic des TER, les trains régionaux, a été perturbé en Aquitaine cette semaine – nous voici à nouveau confrontés à des mouvements de plus grande ampleur avec les TGV à propos des horaires d’été. Rappelons qu’il y avait eu 1000 préavis locaux de grèves en 2001, dont la moitié a débouché sur une grève. Ces grèves sont de plus en plus coûteuses pour la SNCF surtout si des conventions entre les régions et la SNCF prévoient des pénalités en cas de retards ou de conflits – la SNCF va devoir verser la somme de 1,5 million d’euros à la région Provence-Alpes-Côte d’Azur pour des retards et annulations de TER pour l’année 2001. En tenant ces propos, Dominique Bussereau n’avait certainement pas comme première intention de crisper les syndicats et de compliquer le dialogue social, mais simplement de réaffirmer un principe tout aussi important que le droit de grève, mais trop souvent bafoué : le principe de la continuité du service public. En effet, la SNCF a comme obligation de garantir un service public – c’est-à-dire de servir le mieux possible le public, les usagers donc. Evidemment, la grève a souvent comme conséquence de rompre la continuité du service public. Cette rupture - qu’elle intervienne à la SNCF ou à La POSTE ou bien dans les Régies de Transports Urbains – est évidemment souvent le plus néfaste aux usagers qui sont également des « travailleurs ». Les nombreuses grèves à la SNCF ou à la RATP empêchent souvent d’aller travailler ou bien imposent un vrai parcours du combattant aux millions d’usagers qui utilisent le train ou le métro pour se rendre sur le lieu de travail. A l’étranger, contrairement à ce qui se passe en France, d’autres syndicalistes n’en viennent à la grève qu’en dernier recours lorsque la négociation a échoué. S’interroger sur la manière de ne pas recourir systématiquement à la grève et de favoriser la négociation sociale n’a rien de choquant et surtout ne signifie pas la remise en cause du droit de grève. Il s’agit simplement d’essayer de trouver une manière de respecter le droit de salariés – droit de grève – et le droit des usagers – continuité du service public –, les seconds appartenant d’ailleurs souvent à la première catégorie. Naturellement, davantage soucieux de leur pré carré que des droits des salariés, les syndicats de la SNCF prouvent une fois de plus qu’ils « nourrissent un sentiment de propriétaire très fort vis-à-vis de la SNCF » comme le disait l’ancien PDG de la SNCF, Loïk Le Floch-Prigent. Les cheminots agissent comme les enfants qui défendent farouchement leur petit train jusqu’au jour où le petit train se casse. En tout cas, les salariés-usagers méritent de meilleurs syndicats que les syndicats actuels qui donnent l’impression de défendre farouchement leur baronnie plutôt que de s’occuper des problèmes de tous les salariés. Il est vrai que l’action syndicale est puissamment soutenue par la gauche, PS en tête. François Hollande a tenu un raisonnement d’une pertinence à toute épreuve. Le gouvernement, dit-il, se propose de diminuer la gêne pour les usagers mais en prenant une attitude si extrémiste, il va provoquer ... une grève géante. On ne saurait mieux exprimer la tyrannie du statu quo ! Mots clef : Grève, Service public, Syndicat.
|
||||