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Tous les autres
pays en sont passés par là et nous avons un retard considérable dans
ce domaine. On connaît l’exemple de la Suède, que nous avons déjà
évoqué. Les guichets de postes traditionnels ont disparu. Les paquets
et les timbres sont achetés dans les supérettes ou chez les marchands
de journaux. Ce pays pourtant social-démocrate a été le premier en
Europe a déréglementer le service postal. Dès janvier 1993, le monopole
de l’acheminement du courrier y a été aboli. 35 entreprises
détiennent 30% du marché et 5 000 emplois publics ont été supprimés
en dix ans. L’évolution technique a été spectaculaire, sous l’effet
de la concurrence, et, en particulier, la mécanisation du tri du courrier.
96,2% du courrier est distribué en 24 heures (contre 95% en 1993,
ce qui était déjà bien. La comparaison avec la France serait peu flatteuse
pour nous). Parce que mieux organisés, de moins en moins d’agents
distribuent plus de paquets et de courrier. Le point essentiel,
qui n’est pas compris du tout en France, c’est que la modernisation
en Suède est passée par la suppression de 1 800 bureaux de postes.
C’est la même évolution qui nous attend et contre laquelle, avec démagogie,
la gauche et les syndicats
mobilisent. Car la contrepartie, c’est que 3 000 points services
ont, à la place, été ouverts (dans des magasins de toutes sortes).
Mais la différence, c’est que les plages horaires d’ouverture sont
beaucoup plus grandes que dans les bureaux de postes traditionnels. On parle beaucoup
du service public à la française, mais sait-on que 1 522 points
de contacts (bureaux de plein exercice ou annexes) sont ouverts moins
de 30 minutes par jour. 1080 bureaux sont ouverts entre 30 minutes
et une heure. 1134 entre 1 heure et 2 heures. 1277 entre 2 et 3 heures.
1493 entre 3 et 4 heures, etc. ? Le beau service public ! Ne pense-t-on pas
sérieusement que si ce service était transféré dans un commerce privé,
les clients y gagneraient en termes d’heures d’ouverture, sans parler
de la qualité et de la rapidité du service ? Car c’est là que
le mensonge se situe en France : quand on parle de fermer un
bureau de poste, c’est ce qu’on dit ; mais on oublie de préciser
qu’on ouvre un ou plusieurs points dans des commerces privés, c’est
ce qu’on ne dit pas. Evidemment,
ce qui se profile et que ne supportent pas les syndicats, c’est une
évolution à la suédoise dans laquelle la notion même de service public
a disparu, comme le dit le Figaro « en faisant rentrer l’activité
postale dans le commerce entre le coin loto, le PMU, les bonbons et
les sodas ». Mais la grande différence, c’est que les bureaux
traditionnels étaient déficitaires et que ces nouveaux points postes
sont bénéficiaires. Mais ce n’est pas supportable
pour les syndicats, ni même pour une partie de la classe politique,
puisque le Président de l’association des maires ruraux de France
déclare dans la Figaro que « l’avenir du service postal ne se
fait pas dans les bistrots ». Peut-être considère-t-il qu’il
s’agit d’une activité sacrée ? Nous
avons un siècle de retard sur nos voisins. Que va-t-il
se passer ? Pour l’instant, on réagit à la française, c'est-à-dire
que l’Etat consulte les syndicats et les élus (personne ne s’intéresse
aux usagers). Pour l’instant, le Président de La Poste s’est engagé
à conserver les 17 000 points de contacts du réseau. Mais cela
n’exclut pas, dans une hypothèse optimiste, leur privatisation, ou
du moins leur transfert dans des commerces privés (il n’y en a pour
l’instant que 300 chez des commerçants). (Il faut savoir que 60% des
points de contacts sont situés dans les communes de moins de 2 000
habitants qui représentent 18% du marché ! Comme le dit la Cour
des comptes, « La Poste n’est pas là où sont ses clients »).
Qu’on le veuille
ou non, le service public, même « à la française » a vécu.
Et là, l’ancien monopole devra s’adapter, comme pour le téléphone
ou l’électricité. La concurrence est la meilleure machine à broyer
les privilèges, fussent-ils publics. Voilà ce que n’acceptent pas
les syndicats et voilà pourquoi ils font grève. Mais à nos yeux ce
qui compte, ce ne sont pas les syndicats, c’est le client.
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