POSTE : ILS SONT TIMBRES


Dans son bras de fer avec le gouvernement, La Poste a gagné : le timbre va augmenter le 1er juin, passant, pour la lettre de moins de vingt grammes, de 0,46 euros à 0,50 : la hausse est donc de 8,7%. Le gouvernement avait refusé cette hausse au précédent Président de La Poste, Martin VIAL, en juillet dernier. Il vient de l’accorder à son successeur Jean-Paul BAILLY.

Celui-ci avait présenté en conseil d’administration un budget, à tarif postal constant, faisant ressortir un lourd déficit de 315 millions d’euros. Se tournant vers le commissaire du gouvernement, il lui a alors demandé une hausse du prix du timbre pour combler ce déficit. Sur l’accord du commissaire, La Poste va donc représenter un nouveau projet de budget à l’équilibre cette fois. Mais si on attend de cette hausse des prix une recette de 240 millions pour les sept mois allant de juin à décembre, cela ne suffira pas et il faudra donc aussi faire des économies.

Car voilà bien l’origine des dérives successives, avec une perte de 95 millions d’euros en 2001 et une perte attendue pour 2002 de près de 200 millions d’euros. Et devant cette dérive, recourir à une hausse des prix, c’est ignorer l’ouverture progressive du marché à la concurrence, qui se traduira au contraire par une baisse des prix.

La poste devra donc impérativement faire des gains substantiels de productivité et un effort de réduction des charges. Cela passe par exemple par l’automatisation du courrier, qui a pris beaucoup de retard : il va falloir automatiser les 130 centres de tri. Il faut aussi moderniser et réorganiser la distribution. De même, un monopole peut se permettre de ne pas respecter les délais de livraison du courrier ; ce ne sera plus le cas pour une entreprise en concurrence. Or La Poste distribue 77% du courrier à J + 1, alors que l’Allemagne ou les Pays-Bas en sont à 95%.

Rappelons simplement que les 50 plus grands clients de La oste représentent un tiers de son chiffre d’affaire courrier : ceux-là n’hésiteront pas une seconde à choisir un autre transporteur du courrier s’il est plus rapide ou moins coûteux. Ce n’est donc pas par la fuite en avant de la hausse du prix du timbre que la poste va répondre à ces nouveaux défis, mais en faisant des efforts de productivité. Les syndicats y sont-ils prêts ? Et la nouvelle direction de La Poste est-elle prête à faire ce qu’il faut ?

Notons que le fait que le prix du timbre relève du gouvernement montre que l’on n’a pas changé de mentalité. Il va falloir que La Poste -et les pouvoirs publics- s’habituent à ce que le prix du transport du courrier soit désormais un prix de marché déterminé par l’offre et la demande et par la concurrence, et non plus une décision gouvernementale. Là aussi, les mentalités ont encore beaucoup de chemin à faire. L’exemple de France Telecom montre qu’il est difficile pour les pouvoirs publics de comprendre que les règles du jeu ont changé. Avec la poste, cela risque d’être encore plus dur car les syndicats y sont encore plus puissants et soutenus par les pouvoirs publics. Et le client n’est encore qu’un personnage de second rang. 

 

 

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