LA POSTE, UN SERVICE PUBLIC EN DECLIN


Pas de chance pour le Président de La Poste, Jean-Paul BAILLY. Le jour même où il présentait, à grand renfort de publicité, le contrat de plan avec l’Etat, proposé par Nicole FONTAINE, ministre délégué à l’industrie, voilà qu’un rapport de la Cour des comptes révélait la situation catastrophique de ce monopole public. Ce rapport soulignait le déclin inéluctable de ce service public et, par contraste, montrait l’irréalisme du contrat de plan. Qu’en est-il de la situation réelle de La Poste ?

 

Un contrat de plan dans la logique des services publics

 

On notera tout d’abord que le plan avait été très laborieux à établir, et qu’il avait même un an de retard : il s’applique à la période 2003-2007 et il est présenté au moment où la première année du plan est presque achevée, avant même d’avoir été signé… La Poste reçoit quelques cadeaux de l’Etat, à commencer par la possibilité de distribuer des crédits immobiliers sans épargne préalable à partir de 2005 : cela sera possible grâce à un établissement de crédit qui sera créé et qui sera détenu à 100% par La Poste : il regroupera l’ensemble de ses activités financières. Un projet de loi sera bientôt présenté en ce sens. L’extension au crédit à la consommation pourra intervenir plus tard ; en tous cas elle n’a pas été écartée complètement. Passons sur le fait que l’on n’est pas sûr que dans ces domaines -comme dans d’autres- La Poste respecte les règles de la concurrence et que son statut public ne lui donne pas des privilèges exorbitants.

Pour le reste, La Poste obtient dans ce contrat de plan un certain nombre d’avantages : c’est ainsi que l’allégement des charges sur les bas salaires a été décidé, le coût en étant supporté par l’Etat (230 millions d’euros). De même, il n’est apparemment pas question de toucher au réseau des 17 000 guichets. Le ministre a été clair : « la présence postale sera maintenue » ; mais en même temps elle a laissé entendre que rien n’était figé : « elle prendra une forme diversifiée ». Autrement dit, on ne sait pas où on va et on ne veut surtout pas inquiéter les syndicats.

Rien n’est prévu sur les sujets qui fâchent et en particulier sur les retraites, si ce n’est le fait que l’Etat prend en charge les retraites au-delà de 2 milliards d’euros. Un « dispositif approprié » sera trouvé pour les comptes de 2005. Mais, comme le souligne Nicole FONTAINE, l’essentiel est que le nouveau régime ne modifie pas les droits des fonctionnaires. Pour le reste, le contrat prévoit quelques vœux pieux et en particulier qu’elle atteindra à l’horizon 2010 « une rentabilité équivalente à celle des meilleures postes européennes ».

 

Une situation d’infériorité dans la plupart des domaines

 

C’est là que, dès le lendemain de la présentation de ce beau projet, la Cour des Comptes a jeté un froid en publiant son rapport sur « les comptes et la gestion de La Poste » pour la période 1991-2002. Et on y trouve les détails les plus accablants pour La Poste, loin de l’irréalisme de ce contrat de plan et de l’autosatisfaction du ministre ou du Président de La Poste. La Poste « doit rattraper de manière urgente son retard » dans l’ensemble de ses activités, si elle veut pouvoir rivaliser avec ses concurrents européens, faute de quoi « elle n’échappera pas à un déclin qui peut être rapide ».

« La Poste est aujourd’hui, par rapport aux concurrents prêts à pénétrer sur son marché, en situation d’infériorité dans la plupart des domaines, les capacités financières, la qualité du service rendu, les résultats ». Or, sous la pression de Bruxelles, l’ouverture à la concurrence va se faire assez vite et sera totale en 2009. La Poste risque alors d’être balayée par ses concurrents. « Ni les résultats, ni l’équilibre entre ses activités, ni la qualité de ses prestations ne la mettent en situation favorable pour affronter cette concurrence ».

En dépit des aides publiques, le résultat financier est quasi-nul, ce qui « ne permet pas à La Poste de mener une stratégie de développement offensive ». La structure de ses activités est fragile, car elle réalise encore 59% de son chiffre d’affaire avec le courrier, qui est pourtant une activité en « déclin prévisible » et rapide (en raison des autres modes d’acheminement des informations). Or ce même courrier ne représente plus que 35% du chiffre d’affaires en Hollande et 31% en Allemagne. Pour leur part, les services financiers « sont menacés de sclérose ».

 

Trois fois trop de bureaux de poste

 

Le réseau des bureaux et d’agences (17 000 points de contact) est « surdimensionné » ; c’est « un handicap majeur », tandis que le nombre de salariés « est un poids » pour la rentabilité : 325 000 agents postaux sont « un poids de masse salariale » qui constitue « indéniablement un handicap de rentabilité » selon la Cour des comptes. Les charges salariales représentent 64% du chiffre d’affaires contre 34% en Allemagne ou aux Pays-Bas. Même une étude interne à La Poste montre qu’avec 6 000 bureaux seulement le groupe ne subirait aucune perte de son chiffre d’affaires et améliorerait fortement son résultat.

La Cour des comptes souligne que le projet de contrat de plan ne prend aucune décision concernant les retraites, qui représentent tout de même une charge de 57 milliards d’euros… Quant à sa clientèle, elle décline et elle est « modeste et vieillissante ». Moins de 75% des lettres sont acheminées à J + 1, contre 90 à 95% dans les autres pays. L’automatisation est faible par rapport à ses concurrents, d’où des coûts élevés et une capacité de service médiocre. Il y a 130 centres de tri, calqués sur une géographie strictement administrative, alors que 25 à 50 suffiraient largement. Le taux d’automatisation est de 50%, contre 100% dans de nombreux pays.

Bref, le rapport de la Cour des comptes (qui n’est pourtant pas un organisme connu pour son ultralibéralisme…) est accablant pour le monopole public. Et pendant ce temps le contrat négocié avec l’Etat continue sur cette merveilleuse lancée et veut préserver les structures actuelles (et le réseau des bureaux surtout). Un monde s’écroule, mais que l’Etat et les vieux monopoles publics continuent imperturbablement leur route. Le grand vent de la concurrence va balayer tous ces archaïsmes.

 


 

 

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