POSTE : « UNE INTERPRETATION ULTRALIBERALE »




La Poste était à l’ordre du jour la semaine dernière, parce que l’Assemblée Nationale examinait un texte, déjà voté il y a un an par le Sénat, sur la régulation des activités postales et parce que les syndicats, utilisant en France la seule méthode qu’ils connaissent, avaient répondu à ce texte par une grève qui a ouvert le feu des grèves à répétition de ce mois de janvier. Cela a également été un grand moment de désinformation, le porte-parole du parti socialiste dans ce débat, François BROTTES, ayant déploré « l’interprétation ultralibérale » de la directive européenne par le gouvernement RAFFARIN. Et le PS de déposer 17 000 amendements, autant que de bureaux de poste ! Qu’en est-il exactement ? Rétablissons la vérité.

Il y a en fait trois aspects différents dans ce texte. Le premier vise simplement à transposer en droit français les directives européennes de 1997 et 2002. Ici, loin d’être une interprétation ultralibérale, la position du gouvernement français est d’appliquer a minima, et avec retard sur nos voisins, la directive européenne. Nous y étions obligés et nous n’avons guère fait de zèle. Le texte prévoit donc la libéralisation progressive du courrier, pour les plis de plus de 100 grammes à partir de 2003 et pour ceux de plus de 50 grammes en 2006. Il s’agit certes d’une ouverture appréciable à la concurrence, mais nous ne faisons qu’appliquer strictement et en traînant les pieds le texte européen, alors que nombre de nos partenaires ont déjà ouvert totalement leur courrier à la concurrence. Quoi qu’en disent les socialistes, nous sommes donc moins libéraux que la plupart de nos voisins, notamment sociaux-démocrates.

Deuxième volet du texte, la réorganisation du réseau. Partout -comme nous l’avons montré dans un article précédent à propos de la Suède, l’ouverture à la concurrence s’accompagne d’une modernisation du réseau : de nombreux guichets non rentables sont fermés, tandis que d’autres sont remplacés par des points postes chez les commerçants par exemple. L’usager n’y perd pas, car les horaires d’ouverture, en particulier, sont plus amples. La Poste française doit donc s’adapter.

Or là encore il s’agira d’une adaptation a minima. En effet, le texte prévoyait que pas plus de 10% de la population d’un département ne pouvait se trouver éloignée de plus de 10 kilomètres des plus proches accès au réseau. Cela aurait pu réduire le nombre de guichets de 17 000 à environ 7 000. Or le gouvernement a souhaité ramener cette distance à 5 km, ce qui garantirait légalement 14 000 points de contact, ce qui est sans équivalent à l’étranger. On voit mal où est l’ultralibéralisme. Et on oublie un peu vite qu’une grande partie des guichets actuels n’est pas rentable, n’ouvre que quelques heures par jour ou par semaine, et ne rend qu’un faible service. Le réseau doit s’adapter aux évolutions de la clientèle. Ce n’est pas par des limitations légales de ce type (5km maximum) qu’on y arrivera : on reste dans la logique étatique et bureaucratique. On se croirait revenu au temps de la révolution où les limites d’un département étaient fixées par le nombre d’heures de cheval nécessaires pour atteindre la préfecture.

Mais le troisième volet est le plus intéressant. Il s’agit de la création d’une banque postale, pouvant concurrencer les banques ordinaires, y compris par les crédits immobiliers sans épargne préalable et bientôt (2006) par les crédits à la consommation. Oui, mais voilà : cette banque sera  une  filiale à  au moins 51% de La Poste. Elle sera donc une nouvelle banque publique, au moment où toutes les autres banques ont été privatisées. D’où leur fureur bien légitime. Car la banque postale publique bénéficiera de nombreux privilèges, y compris le monopole (avec la caisse d’épargne) du livret A défiscalisé. Elle conservera ses « missions d’intérêt général » et aura seule accès aux guichets des 17 000 points de La Poste : un réseau à bon marché… Selon le PDG du Crédit Agricole « La Poste n’a jamais respecté la concurrence » et elle « jouit de privilèges considérables et de l’exonération de la taxe professionnelle ». Et les facteurs pourront continuer à porter de l’argent au domicile des clients. Etrange conception de la concurrence. Pourquoi, demande par exemple le président de la Fédération Bancaire Française, Daniel BOUTON, développer une banque publique ? Et pourquoi ne pas la privatiser, sans privilège ? Il n’en est pas question, selon le gouvernement : ni privatisation de La Poste, ni privatisation de la banque postale. « Ce n’est pas dans l’esprit du projet de loi » a dit M. GAYMARD, ministre des finances. (« Je ne pense pas que la banque postale doive être privatisée, non plus que La Poste »). De l’ultralibéralisme, en effet. Cela méritait bien une grève pour la défense du service public. Quelle désinformation…

 

 

 

 

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