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On assiste en
ce moment à de grandes discussions en France autour de la question des
musées. Chez nous, ils sont habituellement publics et financés sur fonds
publics. Cela va de soi, puisque dans la logique française il s’agit d’un
service public. Lorsque le Louvre a osé remettre en cause le libre accès
aux salles pour les artistes et les enseignants, cela a provoqué un tollé.
Pourtant, il est clair qu’étant donné l’état actuel de nos finances publiques,
le financement public ne suffit pas et le Louvre cherche une plus grande
autonomie financière et se tourne vers les fonds privés. Car il n’y a
pas que la politique de tarification (gratuité, faible tarif ou prix élevé),
il y a aussi et surtout la question des autres ressources. A l’occasion
de ce débat, le Figaro Economie présente un intéressant dossier sur ces
problèmes de financement et rappelle par exemple que le gouvernement BERLUSCONI
envisage désormais une privatisation de la gestion de certains musées
nationaux. Même en France, Le Louvre, qui a 65% de ressources publiques,
a tout de même 35% de ressources privées. Le Louvre gère les 30% de contractuels
(sur un total de 2000 personnes), mais n’a rien à dire pour les 70% de
fonctionnaires. Ce n’est pas encore bien libéral. Ce qui nous
a intéressé dans ce dossier, c’est l’entretien accordé par Jean-Michel
TOBELEM, du cabinet conseil Option Culture, qui a publié un ouvrage sur
le financement à l’Américaine des musées. Il
commence par rappeler qu’européens ou américains, les musées sont en général
à but non lucratif. Mais cela n’empêche pas des différences radicales. « Grosso
modo, les fonds d’origine publique représentent de 60% à 90%, voire plus,
du total des ressources des grands musées européens, alors qu’ils s’élèvent
au mieux à 10% chez leurs homologues américains. A quelques grandes exceptions
près, telles que le Smithsonian Institution,
complexe de musées nationaux de Washington. Quant aux ressources propres, des 10 à 40% que comptent les musées
européens, l’essentiel provient de la vente de billets, d’activités commerciales
et de la minorité du mécénat d’entreprises. Les dons des particuliers
sont faibles, moins au Royaume-Uni, mais particulièrement en France ». C’est la grande
différence avec les Etats-Unis. « En effet, sur l’ensemble des
ressources propres des musées d’Outre-Atlantique,
les dons des particuliers s’élèvent à 85%, provenant pour beaucoup de
personnes très fortunées. Pour le reste, les fonds des fondations représentent
10% et ceux des entreprises 5%. Là-bas, les gestionnaires de musées ont
compris qu’ils ne pouvaient compter ni sur l’argent de l’Etat
fédéral, ni sur celui des Etats ». Bien entendu,
la fiscalité joue un rôle et les incitations fiscales sont très importantes
aux Etats-Unis. Mais ce n’est pas l’essentiel pour Jean-Michel TOBELEM.
« C’est une histoire de mentalité. Dans le pays de prédilection de
TOCQUEVILLE, la relation entre le particulier et la culture est très forte.
Il n’est pas rare de voir des bénévoles s’occuper de l’accueil et de l’information
dans les musées ou de visites guidées ; en Europe, et notamment en
France, le bénévolat dans les musées n’existe guère et les donations des
particuliers en leur faveur sont très faibles ». Evidemment,
avoir des fonds publics ou privés change la manière de gérer. Les fonds
publics peuvent donner l’impression d‘une plus grande sécurité, mais on
dépend d’un seul et unique interlocuteur, l’Etat.
« A l’inverse, le gestionnaire américain qui fait face à plusieurs
donateurs se sent plus libre au quotidien, mais il lui faut dépenser beaucoup
d’énergie pour convaincre les donateurs (entreprise, fondations et particuliers) ». Au total, on sait que ce financement privé n’empêche pas les musées américains d’être parmi les plus importants et d’avoir les plus belles collections, en particulier en peinture. Il y a sans doute plus de Cézanne aux Etats-Unis qu’en France. Ce qui prouve que les « services publics » n’ont pas besoin d’être rendus par l’Etat, mais qu’ils peuvent fort bien l’être en faisant appel au mécénat, parmi d’autres formules. Mais pour se désintoxiquer de la dépense publique, comme disait M. GAYMARD, il faut changer nos mentalités et changer nos institutions et nos incitations. Les Français ne sont pas moins généreux que les autres. Mais là où l’Etat passe, la société civile trépasse.
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