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MERCI IL SE
PORTE BIEN !
Certes, on pouvait se dire aussi qu’en pratique le monopole de l’ANPE est déjà largement battu en brèche. Il y a longtemps qu’on trouve des sociétés d’intérim, des organismes de placements, ou de petites annonces sur internet. Il semble que seulement 40% des offres passaient par l’ANPE. C’était donc plus une mise en conformité du droit avec la réalité qu’une véritable révolution. Mais il était clair, et c’était l’élément positif, que l’on allait pouvoir assister de manière légale à l’explosion de l’offre de services dans ce domaine. La concurrence jouant à plein, l’ANPE sera bien obligée d’abandonner ses pratiques obsolètes et inefficaces –quel chômeur a vraiment trouvé du travail grâce à elle- et va devoir se bouger comme le feront les sociétés privées, cabinets de recrutement en tête. Il s’agit de diversifier les opérateurs pour rendre plus fluide le marché du travail. Les demandeurs d’emplois vont pouvoir être mis en contact avec un plus grand nombre d’offres, et ils pourront ainsi, mieux informés, trouver du travail plus vite. Le nombre de chômeurs à un moment donné sera diminué d’autant. Les syndicats ont donc hurlé, expliquant que les organismes privés allaient faire une sélection parmi les chômeurs et ne s’occuper que de ceux qui sont rentables, alors que le service public, comme chacun le sait, s’occupe de tous. Mais le sommet a été atteint par le SNU-ANPE : « La fin du monopole augmentera la précarité de personnes qui, tout en travaillant, resteront pauvres. Le retour au travail ne signifie pas forcément la fin de la pauvreté ». Sic. En clair, il faut mieux garder le service public et ses chômeurs plutôt que de laisser le secteur privé trouver des emplois. A vrai dire, le gouvernement faisait preuve de beaucoup de timidité dans son projet. Les entreprises d’intérim ne pouvaient pas entrer directement sur ce marché ; elles devaient créer des filiales qui ne se seraient occupées que du placement à temps plein ; les sociétés de travail temporaire auraient souhaité, ce qui était logique, pouvoir proposer à leurs clients dans une même agence des CDI, des CDD et des missions d’intérim. Ce ne sera donc pas possible et elles auront du mal à créer des filiales partout où elles ont déjà des agences : le coût serait sans doute prohibitif. Elles risquent alors de ne pas desservir les villes plus petites, où le marché est trop étroit. De même rien n’est très clair en matière de financement. Le directeur de l’ANPE a déclaré que cet organisme ne s’interdit pas de proposer des prestations payantes aux entreprises. Mais du coup continuerait-il à percevoir les fonds publics ? Et si oui, ceux-ci seraient-ils accessibles aux organismes privés, afin que la concurrence ne soit pas biaisée ? On pouvait donc trouver dans ce projet des incertitudes et des atermoiements qu’il fallait lever. Mais voilà, les syndicats ont hurlé à la mort du service public (c’est un plaisir inégalé). Mais ce plaisir n’a duré que deux jours. Le troisième jour, on apprenait que le projet de suppression du monopole de l’ANPE était reporté in extremis : alors qu’il figurait dans le texte examiné par le Conseil d’Etat, dans le cadre du projet de loi sur le dialogue social, voilà qu’il n’est plus là au moment de la présentation en conseil des ministres. Il faut bien se rendre à l’évidence : tout ce qui peut ressembler à une réforme (bien grand mot dans le cas d’espèce) est immédiatement mis au panier dès le premier froncement de sourcil syndical. N’est-ce pas M. RAFFARIN qui disait « des réformes, encore des réformes, toujours des réformes ». Il doit y avoir une erreur quelque part…
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