![]() |
||||||||||||
|
|
||||||||||||
|
France Télécom, Wanadoo, Pages jaunes : l’Etat achète, revend, rachète et reste le maître. C’est une bien curieuse opération à laquelle est en train de se livrer France Télécom. Alors qu’on s’attendait à une privatisation, elle procède au rachat de Wanadoo de manière telle qu’elle reste une entreprise nationalisée. Wanadoo était la filiale Internet de France Télécom, qui détenait déjà 70,6% du capital. France Télécom souhaite maintenant racheter les 29,4% restants, répartis pour l’instant dans le privé. Pour ce faire, France Télécom a procédé à une offre publique sur les titres, d’un montant de 3,9 milliards d’euros. En contrepartie, elle va donner soit du cash (55%), soit des actions de France Télécom, (45%) qui vont ainsi passer dans les mains d’actionnaires privés. France Télécom cédera les actions de Wanadoo à 8,86 euros, alors que le cours d’introduction en Bourse, payé par les premiers actionnaires de Wanadoo, était de 19 euros. Ceux-ci vont apprécier la perte de valeur de plus de la moitié de leurs actions…. L’opération a été calculée au millimètre près pour que l’Etat, qui possède 51,68% du capital de France Télécom, en détienne entre 50 et 51% (exactement 50,15%) c'est-à-dire de quoi en garder le contrôle et garder l’entreprise dans le giron public. Elle évite de justesse la privatisation, pourtant autorisée par la loi depuis le début de l’année. Et l’Etat de procéder à des manipulations astucieuses pour que cela se fasse sans problèmes et sans peser sur la trésorerie de France Télécom, déjà totalement surendettée. Par exemple, France Télécom prévoit la mise en Bourse des Pages jaunes pour récupérer 2,1 milliards destinés au rachat de Wanadoo, mais en veillant bien à ne mettre sur le marché qu’entre 30 et 49% du capital des Pages jaunes, pour en conserver le contrôle public. Qu’une entreprise, surtout surendettée comme France Télécom, trouve le besoin de se réorganiser, nous n’y trouvons rien à redire : il faut bien qu’elle s’adapte face à la pression de la concurrence. Mais que l’Etat fasse tout pour que l’entreprise reste publique, cela dépasse l’entendement. Cela aurait pu être l’occasion d’une perte de la majorité pour l’Etat et à partir de là l’Etat n’aurait plus eu qu’à vendre le reste, n’étant plus majoritaire. Cela aurait en outre bien arrangé les finances publiques. Mais cela aurait été surtout un geste politique clair en faveur de la privatisation et de la concurrence, qui est forcément faussée entre une entreprise publique, qui peut tout se permettre avec le parachute de l’Etat, et des entreprises privées qui, elles, sont soumises aux lois du marché et de la concurrence. Le gouvernement a préféré rester dans la ligne colbertiste. Il bichonne « son » champion national par tous les moyens, quitte à tuer la concurrence. Et si Bruxelles mettait un jour son nez dans ces petits arrangements à la française ?
|
||||||||||||