PEUT-ON FAIRE DES ECONOMIES SUR LES MEDICAMENTS


Non si l’on veut pratiquer la maîtrise policière des dépenses de santé, administrer les prix et ruiner l’industrie pharmaceutique : le SNIP part en guerre contre cette politique traditionnelle mais accentuée par le gouvernement socialiste actuel. Oui si l’on fait confiance à la liberté des prix en laissant jouer la « maîtrise concurrentielle » qui favorise l’innovation et améliore la qualité des soins.


L’industrie pharmaceutique, par l’intermédiaire de son Syndicat national (SNIP), pense bien s’opposer à la politique du gouvernement actuel. A cet égard, le SNIP a organisé, le mercredi 10 octobre dernier, un colloque avec les parlementaires français, présidé par l’ancien ministre de la santé Claude Evin et sous l’égide de l’actuel ministre délégué à la santé, Bernard Kouchner.

Si les laboratoires se mobilisent, c’est parce qu’ils ne cessent de « se faire plumer » par le gouvernement socialiste. Au-delà du fait que les prix des médicaments sont administrés par les pouvoirs politiques en France, les dernières mesures prévues dans le cadre du plan Guigou et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2002 ont fait « déborder le vase ».

Les recettes de l’industrie pharmaceutique sont doublement affectées.

- D’une part, les sociétés et les laboratoires pharmaceutiques voient leurs recettes diminuées par la baisse des prix. Ainsi, l’été dernier, une centaine de médicaments ont vu leur prix baisser (d’environ 8%) selon le plan Guigou. Si les montants sont importants, la logique perverse des actions du gouvernements dans ce domaine l’est davantage. Les pouvoirs politiques se substituent aux malades et aux médecins pour juger de l’efficacité des médicaments (la baisse des tarifs de produits anciens dont l’effet est jugé « insuffisant » devrait représenter 800 millions de francs). Mais ils baissent aussi les prix de manière arbitraire, quand les médicaments sont efficaces et quand les volumes de ventes sont importants (la baisse des tarifs de médicaments génériques et de médicaments de plus de dix ans devrait représenter 1,5 milliards de francs).

Si les recettes actuelles ont été réduites, les recettes futures des sociétés pharmaceutiques risquent de l’être autant. En effet, le PLFSS pour 2002 prévoit une augmentation des dépenses de médicaments de 3% seulement, alors que l’industrie pharmaceutique anticipait un taux de croissance des ventes entre 6% et 8%. De nouvelles baisses des prix à l’avenir sont donc mathématiquement prévisibles.

- D’autre part, les recettes de l’industrie pharmaceutique sont affectées par une augmentation des taxes et des prélèvements obligatoires. En effet, alors qu’elle a versé en 2000 environ 5% de son chiffre d’affaires sous forme de prélèvements complémentaires spécifiques, elle est de nouveau mise à contribution. Elisabeth Guigou a prévu de majorer d’un point la taxe des laboratoires sur leurs investissements promotionnels (publicité, visiteurs médicaux, colloques etc.), soit plus de 800 millions de francs. La totalité des prélèvements s’élèvera à 5,8 milliards de francs, soit 6% du chiffre d’affaires (d’environ 95 milliards de francs) de l’industrie en France.

Les conséquences de cette politique absurde des socialistes sont facilement prévisibles et tendent toutes à brider l’innovation pharmaceutique en France. Cette innovation est déjà largement menacée par la politique des prix administrés : les médicaments sont lancés à des tarifs inférieurs de 60% aux prix américains. Résultat : les innovations sont lancées d’abord outre-Atlantique et les malades européens et français doivent ainsi attendre un délai moyen de 4 ans pour pouvoir bénéficier des progrès en matière de médicaments. Cependant, une fois les médicaments lancés et le délai du brevet les protégeant expiré, les laboratoires américains voient leurs profits disparaître sous la concurrence des médicaments génériques largement moins chers. La différence entre les deux systèmes est donc bien claire. Des prix de marché libre non seulement stimulent l’innovation, mais s’avèrent aussi vite profitables aux malades et aux compagnies d’assurance privées qui les remboursent. Car les profits réalisés permettent, ici comme ailleurs, d’investir et de découvrir des médicaments plus efficaces et moins chers, sous l’influence de la concurrence. En France, où les prix sont administrés, la politique du gouvernement aboutit à la situation exactement inverse : une innovation bridée et des soins moins efficaces : en rognant sur le prix des médicaments et en donnant la prime aux médicaments anciens, on prolonge les durées de soins, et au lieu de faire des économies, la Sécurité sociale débourse davantage. En matière de santé rien n’est plus coûteux que le bon marché, et même souvent, rien n’est plus dangereux que le bon marché.

En conclusion, alors que les Français sont les premiers consommateurs de médicaments en Europe et parmi les premiers au monde, ils ne vont pas pouvoir profiter tout de suite des progrès - qui s’annoncent révolutionnaires avec le développement de la biogénétique - dans le domaine pharmaceutique. Mais le plus important, à ne pas oublier, est que la politique des prix administrés et les actions du gouvernement actuel - qui sont à l’origine du mécontentement de l’industrie pharmaceutique - sont la conséquence logique du système public de santé et de la maîtrise policière des dépenses de la Sécurité sociale. La maîtrise concurrentielle est bien supérieure à la maîtrise policière. Au-delà d’une libéralisation des prix des médicaments, comme le souhaite Robert Power, président de PhRma (syndicat américain pour l’industrie pharmaceutique) pour l’Europe, il faudra réfléchir à la réforme de la Sécu que les gouvernements successifs s’acharnent à tout prix à sauver. Assurances privées - ce qui n’empêche pas les pouvoirs publics d’aider les assurés à payer leur prime - et innovation pharmaceutique semblent de plus en plus indissociables !

Mots-clés : Industrie pharmaceutique, Santé, Sécurité sociale.

Le 17 Octobre 2001