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« Quand il n’y a pas assez d’argent dans le pot
commun de la Sécurité sociale, il faut savoir, avant d’y mettre encore
plus, où il y a des gaspillages. Les Français dépensent trop pour se soigner.
Il ne faut pas leur en vouloir. Ils pensent que c’est gratuit et tout
ce qui est gratuit finit par être gaspillé. » « C’est très joli le tiers-payant, la carte Vitale,
mais quand un patient va dans une pharmacie, il peut en avoir pour 20
euros ou 100 euros, il ne sait absolument plus le coût des soins. Il donne
sa carte et ça passe à la moulinette ! Il faut prendre des mesures,
non pas autoritaires, mais pédagogiques pour que les gens sachent ce qu’ils
ont dépensé. Sur leur fiche de paye, leur feuille de pension ou même un
relevé de compte trimestriel de l’Assurance maladie qui dirait clairement :
Voici ce que vous avez coûté à la Sécurité sociale ». Bravo Monsieur le Ministre : l’analyse est correcte.
Les problèmes des dépenses de santé viennent d’abord du faux sentiment
de gratuité et donc de l’absence de responsabilité de tous, à commencer
par le malade. Mais si l’analyse est bonne, J.F. MATTEI n’en tire aucune
conséquence pratique. A-t-il proposé un texte en ce sens ? Faire
apparaître le vrai coût et donc le vrai prix passerait par la concurrence.
Or il s’en défend aussitôt. Par exemple à propos des hôpitaux, on lui
demande s’il encourage la concurrence public-privé. Réponse : « Les
deux secteurs n’ont pas vocation à être concurrents, mais complémentaires. »
Certes, il en appelle à la responsabilité. Mais la responsabilité exige
la fin de la gratuité et la mise en concurrence des caisses d’assurance
maladie et leur ouverture au privé. Veut-il aller dans cette direction ?
En dehors des soins et des médicaments, l’autre vraie
question est celle des hôpitaux public. M. MATTEI le sait bien. Il affirme « il
n’y a pas de raison qu’une appendicectomie coûte plus cher dans le public
que dans le privé ». Mais oui, il y a une raison : c’est justement
que dans un cas l’hôpital est public et que rien n’y incite à faire des
économies. Il reste donc à Jean-François MATTEI un peu de chemin à faire.
Une analyse libérale, c’est bien ; une politique libérale, c’est
encore mieux et c’est surtout cohérent avec l’analyse. M. MATTEI a d’ailleurs eu l’occasion de préciser sa
pensée et sa politique peu après, dans l’émission 100 minutes pour convaincre.
Notons à cette occasion le sondage paru dans le Figaro du 22 octobre et
réalisé par Ipsos. Deux questions méritent toute notre attention. La première est en deux temps. Si l’on demande « Diriez-vous que les Français
consomment trop de médicaments ? », la réponse est oui à 91%.
Mais si l’on demande « Personnellement, avez-vous le sentiment de
consommer trop de médicaments », la réponse est non à 87%. Autrement
dit, les gaspillages, ce n’est pas moi, c’est l’autre. Bel exemple de
système déresponsabilisant. Deuxième question intéressante : êtes-vous prêt
à accepter « une augmentation des cotisations salariales d’assurance
maladie », la réponse est oui à 25% et non à 71%. Voilà une bonne
base de départ pour une réforme : les Français découvrent que la
gratuité, cela coûte cher ; et ils ne sont pas prêts à payer plus
pour le monopole public. Reste alors à leur proposer la privatisation
et la concurrence. Mais le sondage n’en parle pas. Dommage… |