SANTE : « TOUT CE QUI EST GRATUIT FINIT PAR ETRE GASPILLE »


Qui parle ainsi ? Un ultra libéral ? Non, le très sage ministre de la santé, Jean-François MATTEI. Dans une longue interview accordée le 19 octobre à notre confrère la Provence, il passe en revue divers problèmes de la santé et de l’assurance-maladie.

« Quand il n’y a pas assez d’argent dans le pot commun de la Sécurité sociale, il faut savoir, avant d’y mettre encore plus, où il y a des gaspillages. Les Français dépensent trop pour se soigner. Il ne faut pas leur en vouloir. Ils pensent que c’est gratuit et tout ce qui est gratuit finit par être gaspillé. »

« C’est très joli le tiers-payant, la carte Vitale, mais quand un patient va dans une pharmacie, il peut en avoir pour 20 euros ou 100 euros, il ne sait absolument plus le coût des soins. Il donne sa carte et ça passe à la moulinette ! Il faut prendre des mesures, non pas autoritaires, mais pédagogiques pour que les gens sachent ce qu’ils ont dépensé. Sur leur fiche de paye, leur feuille de pension ou même un relevé de compte trimestriel de l’Assurance maladie qui dirait clairement : Voici ce que vous avez coûté à la Sécurité sociale ».

Bravo Monsieur le Ministre : l’analyse est correcte. Les problèmes des dépenses de santé viennent d’abord du faux sentiment de gratuité et donc de l’absence de responsabilité de tous, à commencer par le malade. Mais si l’analyse est bonne, J.F. MATTEI n’en tire aucune conséquence pratique. A-t-il proposé un texte en ce sens ? Faire apparaître le vrai coût et donc le vrai prix passerait par la concurrence. Or il s’en défend aussitôt. Par exemple à propos des hôpitaux, on lui demande s’il encourage la concurrence public-privé. Réponse : « Les deux secteurs n’ont pas vocation à être concurrents, mais complémentaires. » Certes, il en appelle à la responsabilité. Mais la responsabilité exige la fin de la gratuité et la mise en concurrence des caisses d’assurance maladie et leur ouverture au privé. Veut-il aller dans cette direction ?

En dehors des soins et des médicaments, l’autre vraie question est celle des hôpitaux public. M. MATTEI le sait bien. Il affirme « il n’y a pas de raison qu’une appendicectomie coûte plus cher dans le public que dans le privé ». Mais oui, il y a une raison : c’est justement que dans un cas l’hôpital est public et que rien n’y incite à faire des économies. Il reste donc à Jean-François MATTEI un peu de chemin à faire. Une analyse libérale, c’est bien ; une politique libérale, c’est encore mieux et c’est surtout cohérent avec l’analyse.

M. MATTEI a d’ailleurs eu l’occasion de préciser sa pensée et sa politique peu après, dans l’émission 100 minutes pour convaincre. Notons à cette occasion le sondage paru dans le Figaro du 22 octobre et réalisé par Ipsos. Deux questions méritent toute notre attention.

La première est en deux temps. Si l’on  demande « Diriez-vous que les Français consomment trop de médicaments ? », la réponse est oui à 91%. Mais si l’on demande « Personnellement, avez-vous le sentiment de consommer trop de médicaments », la réponse est non à 87%. Autrement dit, les gaspillages, ce n’est pas moi, c’est l’autre. Bel exemple de système déresponsabilisant.

Deuxième question intéressante : êtes-vous prêt à accepter « une augmentation des cotisations salariales d’assurance maladie », la réponse est oui à 25% et non à 71%. Voilà une bonne base de départ pour une réforme : les Français découvrent que la gratuité, cela coûte cher ; et ils ne sont pas prêts à payer plus pour le monopole public. Reste alors à leur proposer la privatisation et la concurrence. Mais le sondage n’en parle pas. Dommage…

Le 30 Octobre 2002