DESERTIFICATION MEDICALE EN FRANCE


 

C’est un rapport alarmiste sur la démographie médicale que la commission médicale présidée par le Professeur Yvon BERLAND, Président de l’université de la Méditerranée, vient de déposer sur le bureau du ministre de la santé, Philippe DOUSTE-BLAZY. La France va manquer de médecins et tout particulièrement de généralistes.

Mais surtout le rapport BERLAND souligne les disparités régionales qui existent et qui se creusent entre les villes et les cantons ruraux, comme entre le Nord et le Sud. L’Ile-de-France attire généralistes et spécialistes, avec 456 médecins pour 100 000 habitants, contre 256 en Picardie. Il en va de même en Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec une densité double de celle de la Picardie pour les spécialistes.

Selon ce rapport, les raisons du risque d’une désertification médicale sont plurielles, avec notamment des changements de comportement par rapport aux générations précédentes. L’exercice rural est très prenant et comme la profession s’est fortement féminisée, beaucoup de femmes médecins n’admettent pas les contraintes que cet exercice implique. « Les plus jeunes médecins, qui sont et qui seront de plus en plus des femmes, souhaitent consacrer du temps à leur vie familiale et avoir une vie sociale identique à celle de leurs congénères », affirme le rapport.

Plusieurs solutions sont proposées, dont certaines sont immédiatement acceptées par le ministre. Celui-ci, en particulier, souhaite augmenter peu à peu le nombre d’étudiants en médecine  « en 2006 et dans les années suivantes » pour lutter contre ce manque de médecin, car « on ne peut pas laisser la situation se dégrader ». Car le ministère n’avait anticipé jusque là ni l’évolution de la demande de soins, ni l’allongement de la vie humaine, ni même le prochain départ en retraite des médecins !

Mais cela ne suffira pas. Il faudra des solutions incitatives, pour pousser les médecins à exercer dans les « zones médicales défavorisées ». L’organisation des études de médecine sera modifiée pour « fidéliser les étudiants de deuxième cycle dans la région où ils font leurs études ». Des incitations financières existent déjà et devront être mieux connues et surtout développées. « Je vais demander à la caisse d’Assurance-Maladie de lancer une campagne d’information » déclare le ministre. On peut lui faire confiance pour mettre en place une usine à gaz, avec toutes sortes d’incitations plus ou moins technocratiques.

Le rapport insiste, au plan financier, sur un élargissement des dispositions contenues dans la loi sur les territoires ruraux, qui prévoit des indemnités d’études et de projet professionnel pour ceux qui s’engagent à exercer pendant au moins cinq ans dans une zone déficitaire, ainsi qu’une aide financière portant sur la taxe professionnelle, la taxe foncière, les charges fiscales et sociales pour ceux qui s’installent. Tout cela risque d’être fort complexe et d’organiser des distorsions de concurrence artificielles.

Cette analyse appelle de notre part deux remarques. Tout d’abord, il faut rappeler que c’est l’Etat qui a mis en place les systèmes de numerus clausus. Car l’Etat sait prévoir l’avenir, surtout à long terme ! Et comme toujours, il s’est trompé, car il faut environ dix ans pour former un médecin et donc quand on fixe un numerus clausus à l’entrée, il a des effets sur le terrain dix ans plus tard.

Mais surtout ce qui nous inquiète, c’est l’usine à gaz qu’on nous prépare : des aides ici, des subventions là, des exonérations ailleurs, des incitations ici ou là, fiscales, sociales ou administratives. Or nous connaissons un système qui règle en douceur et avec précision ce genre de problèmes : c’est le marché et en particulier ce sont les prix -ici les honoraires- libres. S’il y a pénurie de médecin dans telle ou telle zone, les honoraires vont monter et cela va inciter de jeunes médecins -et peut-être de moins jeunes- à s’installer dans ces régions où l’on a besoin d’eux. Sans liberté des prix, les marchés ne fonctionnent pas, car il n’y a ni information transmise, ni incitation.

On a pu apprécier par le passé l’erreur de ces politiques technocratiques. A en juger par les réactions du ministre au rapport BERLAND, ce n’est pas le chemin de l’ajustement par le marché que va prendre la médecine française. Les médecins y perdront un peu plus de libertés, sans que le problème de la désertification ne soit résolu. Pour régler le problème de la démographie médicale, il faut que la médecine rompe avec le socialisme.

 

Le 1er Juin 2005

 

 

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