|
Le mauvais feuilleton
des rapports entre la Caisse Nationale d’Assurance
Maladie et les médecins se poursuit. Le scénario est toujours le même
chaque année. C’est la sécurité sociale qui fixe les tarifs conventionnés
du secteur 1 et elle accorde les augmentations au compte-goutte, à condition
que les médecins soient bien sages, passant
par là où le veut la CNAM ! Les négociations
de ces dernières semaines ne dérogent pas à cette règle. Les médecins
généralistes (le débat précédent portait plutôt sur les spécialistes)
réclament une hausse immédiate des honoraires de 1 euro sur la consultation
(qui passerait de 20 à 21 euros), puis une hausse de 2 euros de plus (soit
23 euros) en 2007. Les syndicats de médecins sont plus que raisonnables,
parce que un euro de plus c’est presque ridicule,
et un acte médical à 21 euros, c’est bien faible par rapport au
tarif de nombreuses professions, et même à la rémunération du plombier
polonais. On a presque honte pour les médecins de les voir ainsi faire
la manche. Cette modération syndicale est bien mal récompensée.
La réponse de la CNAM est claire : c’est non pour l’instant. Tout
au plus envisage-t-elle la hausse d'un euro pour le mois de novembre au
plus tôt. Mais à une condition : qu’ils tiennent leur promesse de
faire des « économies ». La CNAM leur avait enjoint de réduire
les dépenses de 998 millions d’euros, or ils n’en seront « qu’à »
815 millions fin mars – fureur de la CNAM ! Une revalorisation
en novembre devrait donc s’accompagner d’autres mesures d’économies :
les médecins devraient s’engager à diminuer le nombre d’actes ou les prescriptions
(au détriment de leur liberté) ou les arrêts maladie, etc.
C’est toujours le même piège :
l’aumône d'un euro vaut bien la perte totale de la liberté des médecins.
C’est la maîtrise comptable qui conduit au rationnement des soins. Les médecins
vont-ils céder ? Cette fois-ci, il semble que certains d’entre eux
et certains syndicats, face à l’échec de ces négociations, ne soient pas
prêts à céder leur liberté pour un plat de lentilles. Ils menacent d’engager
des actions s’ils n’obtiennent pas satisfaction. Ils envisagent d’appliquer
les honoraires stricts au cours de leurs premières 35 heures de travail ;
puis, au-delà de 35 heures, d’appliquer un complément d’honoraires, pour
« exigence particulière du patient », peut-être (c’est à voir)
remboursé par les mutuelles et assurances. La CSMF elle-même affirme avoir
« été menée en bateau » et propose une grève des gardes. Nous trouvons
très positif que les médecins réagissent et nous comprenons leur colère.
Mais il nous semble que la logique des syndicats, même contestataires
et en pointe sur ce sujet, reste malheureusement liée au monopole des
caisses. Ils veulent faire plier les caisses, mais en restant dans des
tarifs réglementés, car la menace d’une hausse des honoraires au-delà
de 35 heures n’est pour eux qu’une arme de dissuasion.
Mais d’autres médecins envisagent d’aller beaucoup plus loin et
de dénoncer la convention. Or le fond du
problème nous semble là. Encore une fois, c’est la liberté médicale qui
est en jeu ; c’est le principe même d’une profession libérale. Tous
les médecins qui le veulent devraient pouvoir passer en secteur II et
appliquer des honoraires libres, comme dans n’importe quelle profession :
les prix administrés appartiennent au passé. Et les médecins devraient
donc s’émanciper des caisses sur ce terrain. Au delà, ils
devraient s’attaquer au monopole de la Sécu et demander l’ouverture de
la sécurité sociale à la concurrence et le libre choix de nos assurances
santé. La concurrence de la protection sociale rendrait aux médecins leur
véritable liberté. Et aussi leur dignité.
Le 1er Mars 2006
|
||||||||||||