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Nous avons dit il y a un mois, à propos du gouvernement CDU-SPD d’Angela MERKEL, tout le mal que nous pensions de la politique menée par la coalition de centre-gauche, en particulier à propos des hausses d’impôts. Cependant, même fortement inspiré par les sociaux-démocrates, le gouvernement actuel de l’Allemagne mène une politique plus libérale que le gouvernement français, ce qui, à vrai dire, n’est pas très difficile. Mais demeure une différence radicale entre la France et l’Allemagne : celle-ci est un pays fédéral, et les Lander y disposent d’une bien plus grande autonomie que nos régions, leur autorisant des initiatives hardies. Le Land de Hesse, deux semaines après avoir inauguré la première prison allemande partiellement privée, vient de décider de privatiser une de ses cliniques universitaires, l’équivalent de nos centres hospitaliers universitaires (CHU). L’appel d’offre a été emporté par le groupe de cliniques privées Rhön-Klinikum AG, devenu ainsi numéro un du secteur. La transaction s’est élevée à 640 millions d’euros, le Land ne conservant que 5% du capital . Ce CHU n’est pas un établissement de seconde catégorie, puisqu’il compte, en deux cliniques, fusionnées depuis juillet, 2 260 lits et 9 500 employés. En outre, cet établissement est réputé pour la qualité de ses services et de sa recherche. Déjà, des cliniques communales ont été régulièrement privatisées en Allemagne, mais c’est la première fois que l’une des 35 cliniques universitaires allemandes passe au secteur privé. Le symbole est donc important. Un porte-parole du Land explique qu’il y a plusieurs motifs à cette décision. Tout d'abord, la nouvelle réforme des retraites va peser sur les établissements et en particulier sur les plus grosses cliniques, dont les forfaits par lit ne permettent pas de compenser la hausse des coûts : autant se débarrasser de la charge sur le secteur privé. De plus, par manque de recettes, le Land s’est révélé incapable d’investir dans la clinique depuis 1993 ! Une nouvelle fois, la preuve est faite que le propriétaire public est un mauvais actionnaire, alors que le secteur privé, grâce à la rigueur de sa gestion, sait trouver les financements nécessaires. Il apparaît également que cette privatisation est excellente pour l’emploi, bien mieux protégé par la privatisation que si l’entreprise était restée dans le secteur public. Ce qui est également intéressant et souligné par les observateurs, c’est que cette opération sera suivie de nombreuses autres et qu’elle annonce, comme le soulignent Les Echos, « un véritable boom des privatisations médicales en Allemagne ». La part du chiffre d’affaires des cliniques privées devrait passer de moins de 10% en 2003 à 35% en 2015. Dans cette opération, ce qui est remarquable c’est l’absence totale de préjugé de la part des autorités locales allemandes. En France, on a observé toutes sortes de contorsions idéologiques pour réaliser la privatisation des autoroutes, avec toutes les précautions oratoires et la démagogie voulues. Ailleurs, on privatise sans complexe, parce qu’on sait que le secteur privé gère mieux (simple problème de privatisation des droits de propriété) et qu’il est capable d’apporter les financements nécessaires au développement des entreprises. A l’étranger, on ne se préoccupe pas de savoir si l’entreprise privatisée appartient « au service public » : on sait que le service du public, qui est la seule chose qui compte, est, lui, mieux assuré par les actionnaires privés. Et cela qu’il s’agisse d’un CHU, d’une clinique, d’une prison, des chemins de fer ou de la poste. Imaginons un instant (hypothèse d’école il est vrai) qu’en France un gouvernement « de droite » ait décidé de privatiser un Chu : on imagine la réaction de la CGT, de toute la gauche et des bonnes âmes de la droite sensibles aux réactions syndicales : oser privatiser la service public et en l’occurrence le secteur de la santé, quelle provocation de la part d’ultra-libéraux. En Allemagne, pourtant très influencée par les sociaux-démocrates et le modèle rhénan, cela paraît tout naturel et ne suscite aucune réaction hostile, pas même syndicale.
Le 6 Janvier 2006
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