SAUVER LA CNAM OU SAUVER LES MALADES ?


Il y a presque un an, dans le cadre de la « grande réforme » était signée une convention entre la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie et les syndicats de médecins libéraux. Un an plus tard, il est temps de faire les comptes et un nouveau cycle de négociations vient de s’ouvrir : rien de nouveau sous le soleil ; la CNAM veut accroître les économies sur les prescriptions, tandis que les médecins réclament une revalorisation des honoraires.

La négociation risque d’être longue et de ne pas aboutir avant plusieurs mois. Il faut dire que certains aspects de la convention actuelle ne sont toujours pas réglés. Certains médecins souhaitent la création d’un nouveau secteur optionnel, qui donnerait davantage de liberté tarifaire aux médecins du secteur 1 (mais pas une totale liberté comme dans le secteur 2). La CNAM ne veut en aucun cas en entendre parler. Une nouvelle fois, nous voyons comment le piège s’est refermé sur les médecins, puisque les honoraires dépendent du bon vouloir des caisses. Seule une liberté tarifaire totale permettrait de sortir de cette situation.

Mais pourquoi les caisses ont-elles de telles exigences ? C’est que le contexte financier n’est pas bon. Le gouvernement s’est en effet engagé, compte tenu de l’ampleur des déficits publics, à réduire le déficit de l’Assurance Maladie en 2006 à 6,1 milliards d’euros contre 8,3 milliards cette année. Pour cela, la caisse ne voit de solution que dans la limitation des dépenses. C’est ainsi que pour les soins de ville, la hausse autorisée devrait être de 0,9% seulement (ils augmentent actuellement d’au moins 2,2% entre janvier et octobre et de 4,2% pour le total des dépenses d’Assurance-Maladie).

Les médecins seront donc en première ligne pour réaliser des économies. Or l’objectif de réduction de 998 millions des dépenses en 2005 est loin d’être atteint ; il ne le sera sans doute qu’au deux tiers en fin d’année. Et on va demander aux médecins d’en faire encore plus. Et cela dans l’ambiance qu’on imagine, puisqu’on demande aux médecins à la fois une stabilisation de leurs honoraires et une réduction du nombre d’actes ! Sans cela l’objectif ne serait pas atteint et en juin prochain, le « comité d’alerte » imposerait de nouvelles mesures, encore plus draconiennes. De toutes façons le chantage est permanent : on demande aux médecins de réduire leurs actes et leurs prescriptions et de faire des économies ; et c’est seulement s’ils atteignent l’objectif d’économies que l’on pourra discuter de la revalorisation des honoraires.

Encore ne s’agit-il que des médecins. Le même problème se pose pour les dentistes, les infirmiers, les kinésithérapeutes, etc. Dans toutes les professions, les syndicats libéraux commencent à se poser des questions. Mais la principale question est celle-ci : pourquoi les caisses ont-elles dans le collimateur les professionnels libéraux, alors que les soins de ville n’ont progressé que de 2,2% en 2005 et surtout les honoraires des médecins et dentistes de… O%. Au contraire les dépenses des établissements publics ont augmenté de 6,2% pour les dix premiers mois de l’année ! Serait-il politiquement incorrect de se poser des questions sur la gestion de l’hôpital public, ou est-il politiquement plus facile de dénoncer les libéraux en les montrant du doigt et en faisant des économies sur leur dos ?

Il y a longtemps que nous savons que la Sécurité Sociale est perdue. Une réforme radicale aurait dû être entreprise, allant dans le sens de la décentralisation, de la concurrence, de la liberté tarifaire, de la responsabilisation de chacun, de la privatisation. Tout cela est exclu, car politiquement incorrect. Il ne reste donc que la fuite en avant ; hausse des cotisations et réduction artificielle des dépenses : des malades de moins en moins bien remboursés ; des médecins de plus en plus enfermés dans des contraintes administratives ; le rationnement des soins est au bout de cette logique : on s’en approche déjà avec les objectifs fixés pour chaque secteur de dépense.

Quant aux libéraux, il y a également longtemps que nous les avons mis en garde. Ils ont voulu jouer le jeu de la convention, des tarifs opposables, etc. car ils sont de bonne foi. Mais c’était oublier que leur partenaire public est sans foi ni loi. Les médecins se trouvent aujourd’hui soumis à l’arbitraire des caisses. Et comme les caisses sont aux abois, compte tenu du déficit, elles sont prêtes à tout. On doit ruiner les médecins, pour « sauver » la Sécurité Sociale. Question de fond : qui soigne les malades, les médecins ou la CNAM ?

 

Le 21 Décembre 2005

 

 

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