ASSURANCE-MALADIE : GRANDE NEGOCIATION OU GRAND SOIR ?



Philippe Douste-Blazy n’est plus très populaire auprès des médecins. Sa grande réforme de l’Assurance-Maladie n’a aucune chance d’enrayer la dérive financière, puisqu’elle ne s’en prend pas aux racines du mal, un système public monopoliste et bureaucratique, éliminant toute liberté et toute responsabilité du patient. Mais il y a toujours une façon de « sauver la Sécu » : c’est de faire payer l’addition et aux assurés et aux prestataires de soins. C’est ce qui apparaît clairement dans la « négociation » que les caisses conduisent avec les professions médicales.

La « grande négociation » s’est ouverte ; mais au vu des premières informations, ce qui aurait pu être la grande négociation de la liberté, avec la généralisation des honoraires libres, semble tourner au grand soir, avec l’étouffement des honoraires libres existants !

Cette négociation conventionnelle est menée tambour battant ; elle a officiellement commencé fin novembre et elle doit être achevée pour le 1er janvier. Il s’agit de négocier une nouvelle convention tenant en particulier compte de la réforme de l’Assurance-Maladie de la loi du 13 août 2004. Il faut en effet intégrer dans la convention le médecin traitant, le dossier médical personnel, le parcours de soins coordonnés, etc.

En avant-première, le conseil de l’Union nationale des caisses d’Assurance-Maladie a approuvé des « orientations pour la négociation », présentées par son directeur Frédéric VAN ROEKEGHEM. Cela permettra aux caisses de border la négociation et d’éviter tout dérapage non souhaité. Les caisses ont ainsi reçu successivement la CSMF, la FMF, MG France, le SML et Alliance, les cinq syndicats médicaux. Ensuite, un grand séminaire commun à tous a été organisé début décembre.

Parmi les grands thèmes de la négociation, il y a d’abord la « coordination des soins » que les caisses souhaitent « encadrer ». La loi prévoit que dès le 1er janvier sera mis en place un système de médecin traitant, habituellement un généraliste. Il faudra se rendre chez lui pour les soins de premier recours. Ce médecin pourra alors recommander une ou plusieurs consultations complémentaires auprès de spécialistes.

Mais le patient ne sera pas obligé de suivre ce parcours de soins coordonnés, c'est-à-dire de passer par le médecin traitant. Initiative dangereuse : « il est clair toutefois que la prise en charge de la collectivité dépendra effectivement de l’expression du choix effectué par le patient de choisir ou non un médecin traitant ». En clair, si on passe par ce médecin traitant, on aura droit à des tarifs opposables (c’est-à-dire remboursés par la Sécu) alors que si on s’adresse librement à un spécialiste, on sera moins bien remboursé et on paiera en toute hypothèse plus cher.

Ces deux dispositions concernant la « coordination » peuvent avoir pour conséquence de rendre le processus plus cher, puisque la consultation du généraliste est une étape dont le patient pourrait se passer, mais qui sera obligatoire s’il veut être bien remboursé !

Le deuxième thème important de la majoration concerne les médecins du secteur II, ceux à honoraires libres. Cela représente un tiers des spécialistes (dont 57% des médecins parisiens). On sait qu’ils ont des tarifs supérieurs en moyenne de 30 à 50% aux tarifs conventionnés. C’est la liberté des prix, qui devrait à nos yeux être généralisée à tous les médecins qui le veulent.

Or c’est le chemin inverse qu’on prend. Selon l’UNCAM, « il apparaît opportun de proposer aux médecins de secteur II de souscrire une option de coordination, les incitant à exercer une partie de leur activité sur la base des tarifs opposables ». Traduction de ce charabia : on proposera aux médecins à honoraires libres de pratiquer des tarifs… conventionnels, c'est-à-dire bloqués et fixés par la Sécu. Autrement dit, alignons le secteur II sur le secteur I et non l’inverse ! C’est le grand soir des honoraires libres. Demain, tous aux mêmes tarifs !

Et pour que le choix soit parfaitement biaisé, l’UNCAM récompensera ceux qui renoncent aux honoraires libres en prenant en charge partiellement leurs cotisations, comme elle le fait déjà pour les médecins en secteur I. Voilà sans doute les choix libres comme les aime l’UNCAM. Si vous ne faites pas le bon choix, vous serez punis.

Autre motif d’inquiétude : la perte d’autonomie des régimes complémentaires, assureurs et mutuelles. Pour l’instant, ceux-ci remboursent comme ils le souhaitent. Ils  peuvent compléter   les  tarifs  Sécu,  même  en cas d’honoraires libres. L’UNCAM a peur que sa démarche de coordination soit remise en cause, car l’efficacité de cette démarche « peut être considérablement réduite si les organismes complémentaires annulent le différentiel par la modulation de leurs garanties ». Conclusion tirée par Le Figaro « Mutuelles et assureurs sont donc invités à moduler aussi leurs remboursements en fonction de l’adoption ou non d’un parcours de soins ».

Voilà des négociations bien parties : moins de liberté tarifaire pour les médecins ; moins de liberté pour les assurances et les mutuelles. Cela nous promet une convention vraiment libérale. Il reste peu de temps pour réagir.

Le 15 Décembre 2004

 

 

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