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Le projet DOUSTE-BLAZY de réforme de l’Assurance-Maladie,
que nous avons maintes fois présenté et critiqué, et qui va bientôt entrer
en vigueur lorsque tous les textes auront été voté, a un peu occulté le
reste de l’actualité de la santé et en particulier les mouvements qui
traversent le corps médical. Le sujet est pourtant important, au moment
où l’on s’apprête à discuter d’une nouvelle convention et à la signer. Les négociations seront menées, sur cette nouvelle convention, par les
nouvelles instances de l’Assurance-Maladie avec
les syndicats de médecins. Il s’agit de définir la place et le rôle du
médecin traitant et les nouveaux parcours de soins prévus par la réforme.
Mais il s’agit aussi de décider des tarifs des médecins traitants et des
dépassements d’honoraires que les médecins pourront réclamer aux malades.
Le jeu avec les syndicats médicaux officiels est assez convenu et l’on
ne s’attend pas à une épreuve de force majeure : les syndicats sont
rompus à ce type de négociation et savent se monter « raisonnable »,
c'est-à-dire en fait à céder au diktat des caisses. Mais il y a un petit grain de sable cette fois-ci, que l’on avait bien
entendu monter peu à peu de la base, avec un certain nombre d’actions
dont nous avions rendu compte, telles que des dépassements non autorisés
d’honoraires ou encore des déconventionnements.
Beaucoup de médecins, en particulier chez les spécialistes, ne se retrouvent
pas dans les consignes et négociations syndicales. D’où l’apparition de coordinations, dont la plus importante et la plus
décidée regrouperait 5 000 spécialistes. Cette coordination propose
une première mesure spectaculaire, avec une France sans spécialistes entre
le 6 et le 12 décembre (mouvement comparable à celui des chirurgiens il
y a peu), les spécialistes allant émigrer -pour une semaine, qu’on se
rassure- à Barcelone : 1 000 d’entre eux se sont déjà inscrits. Au-delà de cette mesure symbolique, le plus intéressant et révélateur,
c’est que la coordination demande aux spécialistes de n’adhérer à la future
convention que si elle permet à tous les spécialistes qui le veulent de
passer dans le secteur à honoraires libres et donc de fixer eux-mêmes
leurs honoraires « avec comme seule règle la notion de tact et de
mesure ». Il est vrai qu’il y a déjà de nombreux spécialistes en
secteur 2 à honoraires libres, mais il en reste encore 29 000 sur
un total de 52 000 qui sont en secteur 1 avec des honoraires bloqués.
Beaucoup ne demandent qu’à passer en secteur 2. Etant donné l’orientation technocratique de la réforme en cours, il est
peu probable qu’ils obtiennent d’emblée satisfaction. Mais leur mouvement
de protestation peut avoir un impact pour peu qu’il touche suffisamment
de monde. Or cette question des honoraires est absolument centrale, non
seulement pour les médecins, mais pour le fonctionnement du système de
santé. Ou bien on fait, comme le gouvernement, un choix étatique, en s’enfonçant
chaque jour un peu plus dans une médecine socialisée ; ou bien on
fait un choix en faveur d’une médecine libérée, comme d’une assurance
maladie libérée, reposant par exemple sur la concurrence entre les organismes
d’assurance santé. Et dans ce cas, le pendant logique de cette évolution
dans le domaine des médecins, c’est la généralisation des honoraires libres.
C’est pour cela que cette revendication n’est pas mineure et encore moins
catégorielle ou corporatiste. Elle est le premier pas de la libéralisation
du système de santé et d’un retour à une véritable médecine libérale.
Voilà pourquoi, en première analyse, le gouvernement n’en voudra pas.
Et voilà pourquoi les médecins doivent tenir bon : leur mouvement
représente un des rares espoirs d’évolution de ce système. Sinon, nous
continuerons notre dérive socialisante jusqu’à la faillite finale de l’Assurance-Maladie.
Aux médecins de réveiller leurs malades et de réveiller les pouvoirs publics.
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