MEDECINS SPECIALISTES : ATTENTION AU PLAT DE LENTILLES



Nous avions suivi avec beaucoup d’intérêt, en raison de l’importance des enjeux, le bras de fer qui avait opposé avant l’été les médecins spécialistes libéraux à l’assurance maladie. L’élément le plus nouveau, c’est que les médecins, leurs coordinations et même les syndicats, poussés par la base, en étaient venus non à réclamer une hausse des honoraires, mais plus de liberté, en particulier sur le plan tarifaire. Au minimum ils réclamaient un espace de liberté tarifaire, même pour les médecins du secteur 1. Mais, bien entendu, la résistance des caisses et, au delà, du gouvernement avaient empêché tout accord. Dans ces conditions, les médecins semblaient tenir bon et certains n’hésitaient pas à franchir un pas encore plus radical en demandant leur déconventionnement, pour en finir avec la dictature de la sécurité sociale.

Les choses semblent évoluer à nouveau en cette rentrée, mais pas forcément dans la bonne direction.  L’un des syndicats, la CSMF, a poursuivi la dialogue avec les caisses, en particulier, il faut le dire, sous la pression insistante du ministre de la santé. Les caisses avaient réussi à faire revenir la CSMF à la table de négociation pour chercher à l’enfermer dans la logique des honoraires négociés, donc fixes.

Les deux parties sont parvenues à un accord, qui doit être soumis à Jean-François MATTEI, lui demandant de l’intégrer dans le règlement conventionnel minimal qui régit, en l’absence de convention, les relations entre la sécurité sociale et les médecins spécialistes. Mais cet accord ressemble bien à un maigre plat de lentilles. D’abord, il ne concerne que 9 600 praticiens libéraux sur 33 000 spécialistes conventionnés en secteur 1. Ce sont des spécialistes cliniciens (dermatologues, endocrinologues, gynécologues,…), par opposition aux spécialistes techniques (radiologues, cardiologues,…) qui, eux, n’obtiennent rien. Mais les premiers n’obtiennent pas grande chose, puisque le tarif de la consultation passerait de 23 à 25 euros. Par ailleurs, une revalorisation est également envisagée pour les psychiatres, neuropsychiatres et neurologues, la consultation passant de 34,30 à 37 euros.

En contrepartie de cette « revalorisation » acceptée et de ce retour aux honoraires fixes, les caisses prendraient partiellement en charge les primes d’assurance professionnelle des spécialistes et une partie de leurs cotisations sociales. Les spécialistes, pour leur part, s’engagent à prescrire davantage de génériques, à participer aux accords de bon usage des soins, aux contrats de bonne pratique, etc… Et surtout ils s’engagent ainsi implicitement à abandonner leur revendication de liberté des honoraires. Autrement dit, ils gagnent fort peu sur les tarifs et perdent beaucoup en liberté. Or le combat du printemps nous avait semblé, chez la plupart des médecins, non un combat pour une revalorisation des honoraires, mais un combat pour la liberté, ce qui est tout à fait différent. Les médecins vont-ils abandonner ? Une capitulation de leur part serait suicidaire et surprenante.

Le 10 Septembre 2003

 

 

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