LE CES VEUT METTRE FIN A LA LIBERTE D’INSTALLATION DES MEDECINS



La profession médicale est sur la sellette : ces pelés, ces galeux d’où viennent tous les maux … Voici un nouvel épisode de l’acharnement thérapeutique sur l’assurance maladie. Il concerne la répartition géographique des médecins et donc leur liberté d’installation.

Un récent rapport du Conseil Economique et Social, venu en discussion cette semaine, permet au gouvernement de tester quelques idées nouvelles, sans avoir l’air de formuler lui-même ces propositions, pour voir les réactions des partenaires sociaux. Ce qui est prévisible en tous cas, c’est la réaction des libéraux, qui seront sans doute scandalisés par les solutions proposées dans ce rapport intitulé « Aménagement du territoire et établissements de santé ».

Le rapport s’interroge sur la nécessité de mettre fin à la liberté d’installation des médecins libéraux. Rien de moins ! Les mesures incitatives « prises récemment » pour favoriser l’installation des médecins dans certaines zones (par exemple des primes à l’installation dans certaines zones rurales ou encore une exonération de taxe professionnelle) ont, selon ce rapport, eu un impact « extrêmement limité ». Nous voulons bien le croire, car ces mesures ne consistent qu’à (mal) mimer le marché : il serait beaucoup plus efficace de laisser par exemple la liberté des honoraires. Les médecins qui s’installent là où il y a trop peu de densité médicale verraient leurs honoraires grimper, ce qui aurait un effet incitatif.

Mais le rapporteur ne raisonne pas comme nous et face à l’échec des mesures « incitatives étatiques », au lieu de songer à des mesures « incitatives libérales », songe à renforcer leur caractère étatique : « Si cela se confirme, il semble opportun de réfléchir (…) à des mesures plus directives (…) ».

Plusieurs pistes sont envisagées. Par exemple l’instauration « d’un conventionnement sélectif des professionnels de santé libéraux, en fonction du choix de l’implantation géographique ». Traduisons : si les médecins ne s’installent pas là où le décidera l’Etat (le plan ?), ils ne pourront être conventionnés. C’est la fin de la médecine libérale.

Autre mesure très libérale : « Il pourrait être envisagé de créer une obligation de service en début de carrière dans les zones les plus défavorisées », une sorte de service public de la santé en quelque sorte. « Il serait possible d’aller encore plus loin et de remettre en cause la liberté totale d’installation dont jouissent actuellement les médecins libéraux (…). Les installations seraient limitées par la création d’une autorisation administrative d’installation basée sur une analyse fine (sic) de l’offre existante et des besoins de santé ». On nage en plein soviétisme.

Mieux encore -et là nous citons littéralement le Figaro, qui rapporte cette information, pour être sûrs de ne pas nous tromper dans l’interprétation- « L’auteur suggère que des communes recrutent, puis salarient des médecins ». Voilà l’enterrement définitif de la médecine libérale (et pas seulement de la liberté d’installation). Même les Anglais n’étaient pas allé aussi loin. Sans doute le système a-t-il été inspiré directement par feue l’URSS.

Bien entendu, le gouvernement a réagi avec précaution : « Ma préférence va bien sûr aux mesures incitatives et aux démarches d’autorégulation que pourrait adopter la profession médicale » a souligné Frédéric de SAINT-SERNIN, secrétaire d’Etat à l’aménagement du territoire. Mais c’est pour ajouter aussitôt que lui-même, Philippe DOUSTE-BLAZY et Xavier BERTRAND seraient « très attentifs » aux constats dressés par le CES. On craint le pire, d’autant que le ministère s’est vanté d’avoir créé et développé à Toulouse des centres de soins intégrés sous l’égide de la municipalité.

Si les propositions du CES pouvaient ouvrir les yeux des médecins libéraux et de leurs syndicats, elles auront servi à quelque chose. Car elles démontrent une nouvelle fois ce que nous ne cessons  de répéter ici même : la liberté, en matière de santé comme ailleurs, ne peut se diviser. Les propositions du CES sont certes scandaleuses, dans la pure logique interventionniste. A partir du moment où les médecins acceptent de céder, par exemple sur la liberté des honoraires, le reste va suivre automatiquement.

La médecine libérale est désormais directement menacée en France. L’honneur des professions de santé sera de résister et de la sauver.

 

Le 7 Juin 2004

 

 

Imprimer cette page