LE SCANDALE ABSOLU


Le projet de loi relatif à l'assurance maladie adopté en Conseil des ministres le 16 juin 2004 constitue le scandale absolu. Il le constitue dès l'introduction de l'exposé des motifs où on peut lire :

" La situation de l’assurance maladie est extrêmement préoccupante, comme l’a constaté le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie, installé en octobre par le Premier ministre et réunissant les représentants des acteurs du monde de la santé.

C’est pourquoi le Gouvernement a décidé de mettre en oeuvre une réforme structurelle de l’assurance maladie, en concertation avec l’ensemble des acteurs. Cette réforme vise à sauvegarder notre régime d’assurance maladie, en préservant et consolidant ses principes fondamentaux auxquels le Gouvernement et les Français sont attachés, car ils sont à l’origine de son excellence". 

Comment peut-on être aussi idéologue et aveugle pour dire la chose "la situation de l'assurance maladie est extrêmement préoccupante" et son contraire "ses principes fondamentaux […] sont à l'origine de son excellence" en deux phrases adjacentes. Comment peut-on oser (faire) entériner l'ensemble d'abord par un Conseil des Ministres, puis par le Parlement ! Faut-il comprendre que la faillite actuelle de l'assurance maladie, selon l'expression prononcée déjà plusieurs fois par le ministre Douste-Blazy ces derniers temps, fait partie de son excellence ? Mais, dans ce cas, pourquoi vouloir réformer encore ? La construction comparable, certes moins esclavagiste, du gouvernement Juppé de 1995-97, que curieusement personne n'évoque aujourd'hui, ne devait-elle pas, une bonne fois pour toutes, permettre que l'assurance maladie française reste « la meilleure au monde » et continue à nous « être enviée par le reste du monde » ! 

Quels sont ces principes fondamentaux auxquels le Gouvernement et les Français seraient attachés ? Qui peut avancer les connaître puisqu'il n'y a jamais eu de consultation des Français, depuis le premier jour des ordonnances d'octobre 1945 fondant l'organisation de la sécurité sociale ? Et si cette organisation a volé en éclats (par exemple les "branches du régime général de la sécurité sociale" dont l'assurance maladie ont été refondées en 1967-68, cela s'est fait par ordonnances et ratification par le Parlement du moment, non par les Français ! 

Contrairement à ce que veut le faire croire la propagande actuelle, ce projet de loi n'est pas une réforme de l'assurance maladie, mais bien le lancement par le gouvernement d’une véritable OPA (offre publique d’absorption) sur le marché des produits de recouvrement de la santé – dénommé vulgairement "marché de la santé" pour entretenir vraisemblablement des confusions. Je parle d'Absorption et non pas d'Etatisation car, si cette OPA réussit, ce n'est pas l'Etat qui en sera maître, mais le sommet de la nouvelle hiérarchie imaginée par les technocrates, un sommet qui est aux mains des chefs syndicaux de tous poils. Voilà longtemps que les syndicats voulaient assujettir le « marché de la santé », et les « conventions » médicales nationales passées à partir de 1971 allaient dans ce sens.

Si la loi est votée, les hommes des syndicats auront atteint leur but : ils seront devenus les maîtres du "marché de la santé" sans le moindre vote du peuple, son cheptel sera immatriculé, affilié de force aux organismes dits de "sécurité sociale" désormais non plus à travers la "carte vitale" mais le "dossier médical". 

Ce projet de loi est d'autre part un refus caractérisé de prendre en considération les progrès techniques en matière d'assurance maladie digne de ce nom. S'il monte en épingle qu'il veut tenir compte des progrès en matière d'informatique et de télécommunication relativement au " marché de la santé" avec, par exemple, ce fameux "dossier médical", il conchie les mêmes progrès réalisés par l'industrie de l'assurance en matière de gestion du risque de perte de la santé. Par exemple, il le fait en continuant à obliger les membres du cheptel à verser des cotisations périodiques, en général mensuelles, plutôt que toute autre cotisation de période plus ou moins longue qu'il choisirait, voire une cotisation unique pour une durée de cinq, dix, vingt ou cinquante ans !  Et pourquoi ne le fait-il pas ? Tout simplement, pour des raisons fiscales qui feraient que l'organisation de la sécurité sociale et l'Etat ne pourraient qu'entrer en conflit sur l'imposabilité des cotisations d'assurance maladie. 

Georges Lane

Université Paris Dauphine

21 juin 2004 

 

 

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