LE FEUILLETON DE L’ASSURANCE MALADIE SE POURSUIT


Alors que le gouvernement poursuit inlassablement sa route pour « sauver la Sécurité Sociale », il est bon de revenir de temps en temps à l’essentiel et de comprendre pourquoi, avec le plan de réforme envisagé par DOUSTE-BLAZY, on sera loin du compte.

Ce plan est le dix-septième depuis 1975. Monsieur DOUSTE-BLAZY a beau déclarer au Figaro que c’est « la réforme de la dernière chance », prenons le pari que si ce plan est adopté tel quel, un dix-huitième plan de sauvetage interviendra avant l’élection présidentielle, à moins que des gouvernants plus avisés renoncent enfin à « sauver la Sécurité Sociale ».

Mais la crise actuelle est sans précédent. Ce n’est pas d’un déficit dont il s’agit, mais d’une situation de quasi-faillite. Pour l’instant, le déficit cumulé à la fin de 2004 devrait être de 32 milliards d’euros. Et cela se produit après des années ininterrompues de déficit, même pendant les années de forte croissance économique : ce n’est pas un problème conjoncturel dû au ralentissement, comme on le dit souvent, mais un problème structurel comme le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie a dû lui-même le reconnaître.

Comment le président de la République a-t-il pu déclarer en juillet « Nous avons un système qui est un bon système, ce qui veut dire qu’il n’y a pas à le réformer ». Il suffit « de l’adapter »…Et cela avec un système qui perd 23 000 euros par minute !

Ce déficit est payé à crédit grâce à la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) qui devait disparaître en 2009 et continuera au moins jusqu’en 2027 : nos enfants paieront demain les dépenses maladies que nous faisons aujourd’hui. Encore un bel héritage à leur transmettre. Mais si l’on voulait se contenter de financer le déficit cumulé jusqu’en 2004, il faudrait augmenter la CSG de plus de 3 points.

Les Français travaillent 28 jours par an pour financer la seule assurance-maladie. Sont-ils certains qu’avec l’équivalent de cette somme, ils ne trouveraient aucune assurance privée rendant un service au moins aussi bon ? Cela mériterait pour le moins réflexion.

Au rythme actuel, le déficit annuel sera de 27 milliards en 2010 et de 66 milliards d’euros en 2020. Or rien de sérieux n’est fait pour changer la nature du système dans le plan gouvernemental actuel. Le déficit ira donc croissant de manière exponentielle. L’écart entre la progression des dépenses et des recettes est actuellement de trois points et n’a jamais été aussi important. Rien n’est prévu pour le réduire.

En face de ce constat implacable, n’importe qui de rationnel dirait : il faut donc changer de système. Mais le président le trouve excellent. La classe politique est convaincue que c’est le meilleur du monde. Et Philippe DOUSTE-BLAZY en rajoute en déclarant « les syndicats sont des partenaires que je respecte d’autant plus qu’ils sont tous attachés à la sécurité sociale ». Voilà donc le critère absolu du bien et du mal dans notre pays (même la commission sociale de l’épiscopat est d’accord) : être attaché à la sécurité sociale, voilà le bien suprême. Critiquer le système actuel, c’est être rejeté dans les ténèbres extérieures. Et le ministre surenchérit : «  On ne peut plus attendre pour sauver notre héritage social le plus précieux ».

Voilà où nous en sommes. Que leur faut-il ? Que les Français travaillent 365 jours par an pour l’assurance-maladie ? Que le déficit dépasse le montant de l’impôt ? Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas. Le bilan est pourtant sans appel. Le système est en faillite ; il faut le changer. Et pour cela changer carrément de trottoir, au lieu de chercher la solution, comme le disait Jacques GARELLO, sous le réverbère. Il est plus que temps d’essayer autre chose. C’est du simple bon sens.

Le 7 Juin 2004

 

 

 

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