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L’assurance maladie dérive : les chiffres officiels qui viennent de tomber dépassent les hypothèses les plus pessimistes. Pour 2002, le déficit officiel
est finalement de 6,1 milliards. Pour 2003, la nouvelle prévision du déficit
est de 9,7 milliards d’euros. Résultat : le déficit cumulé pour les
deux années est de 15,8 milliards, pratiquement 16 milliards d’euros.
Et encore les chiffres de 2003 peuvent-ils se dégrader à nouveau selon
certains observateurs. On a connu bien des déficits de l’assurance-maladie,
aussitôt comblés par des hausses de cotisations et des baisses de remboursements,
mais celui-ci constitue un record : cela fait plus de 100 milliards
de francs de déficit en deux ans ! La commission des comptes de
la sécurité sociale ne sait plus à quel saint se vouer, constatant la
dérive inévitable des dépenses. Toutes les mesurettes qui sont prises,
hier sur les produits génériques, aujourd’hui sur le moindre remboursement
de nombreux médicaments, ne changent rien à cette évolution. Et
tous les objectifs bureaucratiques fixés par le Parlement (le fameux « ONDAM »,
objectif national d’évolution des dépenses d’assurance maladie) n’y changent
rien non plus : cette machine est sans régulateur ; elle continue
donc sa course folle. La hausse prévue devait être en 2003 de 5,3%, ce
qui est déjà considérable : elle sera bien au dessus des 6%. En quatre
ans, de 1999 à 2003, les dépenses auront augmenté de 26%… Cette situation s’accompagne
d’une paupérisation des professions de santé, comme le montre le combat
qui se poursuit entre les médecins spécialistes et la CNAM : leurs
honoraires continuent à être bloqués à un niveau très bas, inchangé pour
l’essentiel depuis longtemps. On aura ainsi ruiné les médecins, ruiné
les cliniques et aujourd’hui ruiné le malade sans le moindre résultat
positif. Le ministre de la santé a beau expliquer d’une part que l’augmentation du coût de la
santé est inéluctable, de l’autre qu’il faut mettre fin aux gaspillages
et aux abus, il ne dit ni comment financer les unes, ni comment supprimer
les autres. Pas question par exemple de remettre en cause les fameuses
35 heures à l’hôpital, qui ont entraîné une explosion des dépenses. On
a le sentiment que, tétanisé par ce qui vient de se passer pour les retraites,
le gouvernement hésite à entreprendre la réforme de l’assurance-maladie.
Mais si le problème des retraites était urgent, car il se posera dès demain,
dans deux ou trois ans, celui de l’assurance-maladie, lui, est encore
plus urgent, car il se pose aujourd’hui. Tant qu’on se refusera à voir
la concurrence jouer dans le domaine de la santé en général et de l’assurance-maladie
en particulier, cette machine folle n’aura effectivement aucun régulateur.
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