ASSURANCE MALADIE : RIEN NE VA PLUS


Une réforme peut en cacher une autre. Alors que les esprits sont focalisés sur la question des retraites, voilà que l’assurance–maladie fait parler d’elle : les dépenses explosent, les déficits atteignent des records et le gouvernement croit régler le problème en abaissant le taux de remboursement de certains médicaments. Ici non plus, pourtant, il n’échappera pas à la nécessaire réforme : briser le monopole, responsabiliser l’assuré.

 

7,5% de hausse des dépenses de santé

 

Que l’assurance-maladie soit malade, on le sait depuis longtemps et les négociations qui viennent d’échouer entre les médecins spécialistes et les caisses d’assurance maladie n’en sont qu’un symptôme parmi d’autres. Mais c’est surtout le dérapage des dépenses de santé qui attire l’attention. Le gouvernement fixe, depuis des années, un objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM), voté par le Parlement. Pour 2003, l’objectif fixé avait été jugé très laxiste, puisque la hausse autorisée des dépenses était de 5,3% pour l’année.

Or la réalité, une fois de plus, a dépassé ces prévisions. Selon les chiffres provisoires publiés par la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie (CNAM), sur un an à la fin mars, les dépenses de santé ont progressé de 7,5%. Tous les postes sont concernés. Ainsi, les soins de ville (médecine libérale) comprenant les honoraires médicaux et paramédicaux, mais aussi les médicaments et les indemnités journalières, ont progressé de 8,1% en un an. Dans cet ensemble, les seuls honoraires médicaux (alors même que ceux des spécialistes n’ont pas encore été revalorisés) augmentent de 8,9% ; les médicaments progressent moins vite (5,4%), mais paradoxalement c’est là que le gouvernement va concentrer son effort d’économie. Quant à l’hôpital public, qui reste le premier poste de dépenses, il progresse encore de 6,3%, les cliniques de 6% et les établissements médico-sociaux de 10,8%.

Ce dérapage des dépenses va se faire sentir sur le déficit de l’assurance-maladie, qui va en progressant. Les chiffres les plus divers circulent et il faudra attendre les prévisions officielles de la commission des comptes de la Sécurité Sociale pour y voir plus clair. Cependant on notera que les estimations les plus fiables font état d'un déficit cumulé pour 2002-2003 se situant entre 13 et 16 milliards d’euros : de toutes façons, quel que soit le chiffre retenu, le système est en train d’exploser, et plus vite encore que celui des retraites.

 

Déremboursement de nombreux médicaments

 

Le gouvernement semble avoir enfin pris conscience du problème et il annonce une première série de mesures. La plupart concernent les médicaments. On sait déjà que depuis quelques mois il pousse les médecins, en contre partie de la revalorisation des honoraires des généralistes, à prescrire de plus en plus de médicaments génériques : ceux-ci étant moins chers, il en espère une économie, qui servira à financer la hausse des honoraires des généralistes.

Mais Jean-François MATTEI a voulu aller beaucoup plus loin en décidant -par un texte publié discrètement au cours du week-end de Pâques- de publier une liste de 617 médicaments dont le taux de remboursement va passer de 65% à 35%. Officiellement, cela s’explique par le fait que le service médical rendu par ces produits est jugé « modéré » et non pas « majeur ou important ». Cependant certains de ces médicaments sont très courants (le Zyrtec pour les allergies, le Zovirax pour l’herpès, le Voltarène pour les inflammations) et constituent souvent « le noyau dur de la pharmacopée française, les médicaments qui sont le plus prescrits par nos médecins généralistes », comme le souligne Jean-Pierre DAVANT, Président de la Mutualité française.

Mais on peut s’interroger, comme le fait le Président de la CSMF sur la solution retenue (rembourser à 35%) : « il faut aller beaucoup plus loin que cela, rembourser ou dérembourser; un médicament s’il est utile, doit être remboursé, un autre qui l’est moins ne doit pas l’être ». M. MATTEI semble avoir entendu le conseil et il vient d’annoncer qu’au cours des deux ans à venir il allait totalement dérembourser 650 autres médicaments à service médical insuffisant.

Beaucoup sont très sceptiques sur cette mesure. Certains soulignent que les médecins vont changer leurs prescriptions et que si un médicament n’est plus remboursé, ils vont en prescrire un autre, qui, lui, sera pris en charge par la Sécurité Sociale. Les 400 millions d'économies attendues ne seront pas au rendez-vous.

 

En finir avec le monopole public de l’assurance-maladie

 

Au delà de ces observations contingentes, on doit souligner que l’erreur de ces mesures est une erreur de fond. Qui paiera ? En partie le malade et, pour l’essentiel les mutuelles et autres assurances complémentaires. Mais celles-ci ont déjà annoncé qu’elles allaient compenser cette hausse des dépenses par une hausse des cotisations. Cette fois-ci c’est l’assuré bien portant qui paye. D’une part le gouvernement se trompe de cible. Il s’attaque à un poste qui est l’un des moins importants de la sécu et qui progresse moins que d’autres. De plus le secteur de l’industrie pharmaceutique est économiquement très fragile, en particulier en raison des prix fixés par les pouvoirs publics qui empêchent les laboratoires de réaliser des marges suffisantes pour pouvoir développer plus encore leurs efforts de recherche de nouveaux médicaments.

D’autre part le gouvernement ne veut pas s’attaquer au cœur du problème et en particulier à la question des hôpitaux publics ; ni au cœur du système : puisqu’il s’accroche au monopole public de la Sécurité Sociale. Dans cette logique, il n’y a pas vraiment de solution et c’est pour cela qu’on va de mesurette en mesurette, avec toujours le même effet : d’un côté plus de cotisations, de l’autre moins de remboursements. Il faut sortir de ce cercle vicieux en remettant en cause le système lui-même : c’est une réforme libérale qui s’impose, pour la médecine (honoraires libres par exemple) comme pour l’assurance maladie : seule la concurrence des systèmes d’assurance peut provoquer les économies dont on a besoin. Seul le libre choix par l’assuré de son assureur et de la couverture qu’il désire le rend réellement responsable. A rester dans la logique du monopole public et des « droits sociaux », on ne peut que s’enfermer dans une impasse.

Le 6 Mai 2003 

 


 

 

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