AIDE MEDICALE GRATUITE : MATIGNON RECULE DEVANT LES ONG


Lorsqu’il était ministre, Bernard KOUCHNER, dans sa grande générosité, avait mis en place l’AME –Aide Médicale de l’Etat– permettant aux étrangers en situation irrégulière (donc sans papiers) de se faire soigner gratuitement dans les hôpitaux français.

 

Comme c’était prévisible, les dépenses concernées ont rapidement dérapé. En 1999, date de sa création, ce dispositif avait déjà coûté trois fois plus cher que les 45 millions d’euros prévus initialement et inscrits au budget. En 2002, la facture a été de 241 millions d’euros, contre 61 de prévus dans la loi de finances. Encore faut-il préciser que le gouvernement a dû, dans le collectif budgétaire, payer les dettes laissées dans ce domaine par le gouvernement précédent soit 265 millions. Pour 2003, on a prudemment prévu 238 millions, mais les hôpitaux prévoyaient et demandaient deux fois plus.

Il faut dire que la demande est explosive. En un an, le nombre de bénéficiaires est passé de 75 000 à 154 000. En tout, l’AME représente donc depuis sa création près d’un milliard d’euros. Voilà pourquoi le parlement -et le gouvernement actuel– avaient souhaité mettre fin à cette dérive des dépenses. Comme le souligne dans le Figaro le rapporteur général du budget, Gilles Carrez « Le dispositif fonctionne à guichet ouvert. Il n’y a aucune limite, aucun contrôle de l’ordonnateur. C’est donc un système de totale irresponsabilité. »

Le Parlement a donc voté, avec l’accord du gouvernement, une réforme –bien modeste il est vrai. Un amendement budgétaire avait prévu d’instaurer une participation financière des bénéficiaires pour les inciter à un minimum de sens des responsabilités. C’est le principe du ticket modérateur, appliqué déjà ailleurs. Encore cette « atteinte à la gratuité » ne s’appliquait-elle pas à tous, en particulier ni aux mineurs, ni aux femmes enceintes ni aux personnes atteintes de graves maladies comme le sida. Pour les autres, le ticket modérateur était de 15 euros, comprenant notamment le forfait journalier.

Cette « grave atteinte à la gratuité » avait provoqué une levée de boucliers d’un certain nombre d’ONG, associations promptes à dénoncer les atteintes aux droits de l’homme… quand cela correspond à leur idéologie. Le gouvernement a donc consulté, a fait faire une enquête et a constaté des dérives supplémentaires. Par exemple dans certains départements la délivrance de l’aide n’est pas gérée (comme prévu) par les caisses d’assurance maladie, mais déléguée à des antennes d’actions sociales. Celles-ci ne pratiquent pas les indispensables contrôles de domiciliation, ou d’identité, ou de ressources, et se contentent de déclarations sur l’honneur. De quoi inciter aux abus.

Dans ces conditions on aurait pu s’attendre à un durcissement du dispositif ou du moins à l’application stricte du texte instaurant un ticket modérateur.

Que croyez-vous qu’il arriva ? Sur la recommandation du secrétaire d’Etat à la lutte contre l’exclusion, Dominique VERSINI, Matignon vient de décider que la réforme… serait annulée. Exit donc le ticket modérateur, retour à la gratuité totale qui avait provoqué les dérives observées ces dernières années.

Ce recul est incompréhensible, en un moment où dépenses publiques et déficits budgétaires explosent. Ainsi le rapporteur du budget à l’Assemblée déplore que « le discours de rigueur budgétaire du gouvernement ne soit pas suivi d’une volonté réelle (…). A chaque fois qu’il s’agit d’entrer dans le détail, que ce soit pour l’éducation nationale, les retraites ou cette fois-ci l’AME, on renonce à maîtriser les dépenses ». M.G. CARREZ a raison.

Le 26 Mars 2003

 

 

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