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Les généralistes se sont heurtés
au veto de la sécurité sociale en matière d’honoraires. Contre la promesse
d’une hausse des honoraires de…un euro, dans plusieurs mois, ils ont accepté
de diminuer leurs prescriptions : la perte de leur liberté pour un
éventuel plat de lentille. Mais maintenant à quelle sauce vont
être mangés les spécialistes après la réforme DOUSTE-BLAZY, et en particulier
la mise en place du médecin traitant ? On dispose désormais d’informations
fiables sur l’évolution des dépenses d’assurance-maladie à fin janvier
2006, après un mois d’application de la réforme. C’est un peu court pour
en tirer des enseignements définitifs, mais la tendance s’annonce bien
claire. Globalement, pas de changement notable : les dépenses d’assurance-maladie
progressent toujours, en l’occurrence de 3,9%
en un an : c’est un peu moins rapide qu’en décembre (4,4%).
Mais il y a plus intéressant :
en comparant janvier 2006 à janvier 2005, on s’aperçoit que les honoraires
médicaux et dentaires diminuent de 1,3% en données brutes et surtout de
7% en données corrigées des variations saisonnières (données corrigées
des jours ouvrés). Cette baisse spectaculaire vient avant tout d’une diminution
des consultations des médecins spécialistes. En revanche, l’activité des
généralistes est restée assez stable, mais comme leurs honoraires n’ont
pas été revalorisés, ils ne sont pas mieux lotis. Voilà les premiers effets de la
mise en place du médecin traitant et notamment de la baisse des remboursements
pour les patients consultant directement les spécialistes sans passer
par le médecin traitant. Les généralistes n’ont pas eu plus de consultations,
mais les malades ont renoncé à voir certains spécialistes plutôt que de
devoir faire un passage de plus chez le généraliste (médecins traitant :
passage obligatoire si l’on veut un remboursement plein) ou de devoir
aller directement chez les spécialistes (en étant donc moins remboursé). Comment interpréter cela ?
Du point de vue de la CNAM, il est probable qu’elle se réjouisse, puisque
le nombre de consultations diminue : vision strictement comptable
du problème de la santé. Du point de vue des médecins, c’est une perte
sèche : on a dissuadé certains malades d’aller les voir. Mais du
point de vue du malade, qui est le plus important, quel est le gain ?
L’idée était qu’ils consultent davantage les généralistes pour éviter
des visites inutiles chez de nombreux spécialistes, pour de petites pathologies.
Or ils n’ont pas plus consulté leur généraliste et ils ont moins consulté
de spécialistes : leur santé s’en trouve-t-elle améliorée ?
Cela n’a pas empêché les prescriptions
de croître rapidement : médicaments et analyses sont en hausse de
4,8%. Il n’y a toujours pas de régulateur dans le système, puisque la
gratuité est la règle, et on aura ruiné les médecins sans sauver pour
autant la sécu. LA CNAM attendait une baisse de 3% des prescriptions :
sauf à empêcher de force les médecins de soigner leurs malades, on ne
voit pas comment elle y arrivera. Mais tout cela n’est que de la poudre
aux yeux. Car, pendant qu’on amuse la galerie avec le médecin traitant,
le paiement de 1 euro sur les consultations, les prescriptions médicales,
etc., on détourne l’attention de l’essentiel : les dépenses
des hôpitaux, qui représentent la plus grande part de la facture en matière
de santé, ont, elles, progressé de 4,8%. Voilà l’essentiel. Et là rien
n’est fait. Parce que c’est autrement plus facile de refuser aux médecins
de revaloriser leurs honoraires ou de chercher à détourner les malades
pour qu’ils n’aillent pas aussi souvent chez leur spécialiste que de s’attaquer
au vrai problème de la santé, celui des
hôpitaux. Ceux-là même qui, comme nous l’avons rapporté il y a quelques
mois, de l’aveu même du directeur de la santé sous François MITTERRAND,
ont gardé une gestion soviétique. Mais là, c’est un tabou. Alors gageons
que la CNAM va préférer continuer à s’en prendre aux médecins. C’est tellement
plus courageux ! Quant aux assurés ils ont perdu toute maîtrise de leur santé. On leur impose une assurance très coûteuse qui leur ôte le droit de se faire soigner par qui ils veulent et quand ils le veulent.
Le 15 Mars 2006
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