LES SPECIALISTES FAVORABLES AUX HONORAIRES LIBRES


Les négociations se poursuivent entre les syndicats médicaux et l’assurance maladie. Mais elle prennent maintenant un tour imprévu. Alors que les généralistes s’étaient battus l’an dernier pour la revalorisation des honoraires (la consultation à 20 euros), tout en restant dans le cadre des honoraires conventionnels, voici que les spécialistes prennent un autre chemin et réclament « des espaces de liberté tarifaire , sinon rien ».

 

Cette revendication est soutenue par une large majorité de spécialistes. Selon un sondage Ipsos publié par le Quotidien du médecin, 35% seulement des spécialistes se sont déclarés favorables à l’accord qui avait été négocié (et qui prévoyait quelques revalorisations et surtout un système compliqué de tarifs différenciés selon les circonstances) et 49% y sont opposés. Et lorsqu’on demande aux médecins spécialistes s’ils veulent des espaces de liberté tarifaire, 85%, soit la quasi unanimité, répondent oui  : un chiffre jamais atteint dans les précédentes enquêtes. Enfin 48% des praticiens déclarent appliquer des dépassements d’honoraires, soit de manière illégale, soit en jouant sur les exigences particulières du malade, qui leur laissent une petite marge de manœuvre.

Mais la caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) ne l’entend pas de cette oreille et elle a saisi la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DCCRF) pour « entente illicite »et « atteinte à la concurrence ». Elle menace les médecins des pires chantages s’ils poursuivent dans cette voie. La Mutualité française pour sa part « s’insurge contre ce mouvement de désobéissance civique » et menace de « publier la liste des médecins se mettant hors la loi pour apporter une transparence vis-à-vis des assurés sociaux ». Ces accusations sont absurdes, c’est le tarif conventionnel qui devrait être attaqué pour entente illicite, puisqu’il impose le même tarif à tout le monde (on se souvient d’ailleurs qu’il y a quelques années, la bataille des prix des carburants déclarée par Leclerc avait été dénoncée comme « contraire à la concurrence »).

Comme la CNAM, notre ministre de la santé n’a pas semblé apprécier. Il n’est « pas favorable à l’utilisation excessive du dépassement d’honoraires ». C’est d’autant plus surprenant que le même Jean-François MATTEI ne cesse d’appeler chacun à la responsabilité et de rappeler que la santé a un coût et que chacun doit en supporter sa part : manifestement, la responsabilité pour le ministre ne passe pas par la liberté des prix.

Les syndicats médicaux semblent avoir évolué avec les médecins eux-mêmes. La fédération des médecins de France, qui n’avait pas signé l’accord pour les généralistes, se déclare favorable à la réouverture du secteur 2, à honoraires libres, pour y accueillir de nouveaux médecins. La CSMF et le SML assurent désormais qu’il n’est pas question pour eux de signer un texte conventionnel (pour les spécialistes) s’il ne comporte pas la possibilité d’exercer au moins une partie de leur activité en dehors des tarifs officiels de la sécurité sociale. Même de nombreux médecins du secteur 1 (à honoraires conventionnels) pratiquent de plus en plus des dépassements d’honoraires « illégaux » pour obtenir gain de cause, par exemple si les malades veulent un rendez-vous rapide ou encore certains horaires (après 17 heures) ou certains jours (le samedi).

La CSMF se fait même plus précise : « L’accord du 10 janvier n’est pas satisfaisant, mais dans la mesure où l’assurance maladie n’a pas les moyens financiers de rémunérer notre temps et notre valeur, il faut des espaces de liberté tarifaire pour 30% à 40% des actes des médecins. Tous les Français ont un portable, ils peuvent bien payer un peu plus leurs soins ».

La liberté des honoraires pour tous les actes (donc sans fixer de quotas) est en réalité la seule façon de permettre d’équilibrer l’offre et la demande de soins, comme cela se fait sur n’importe quel marché. Chaque situation est un cas d’espèce et il est absurde de vouloir uniformiser les tarifs en les enfermant dans un carcan. Mais cela ne signifie pas pour autant que les malades vont devoir payer ce « dépassement » ; cette réforme doit s’accompagner d’une autre plus radicale, qui est la liberté de choisir son assureur en matière de santé. Si la concurrence jouait dans ce domaine aussi, on verrait les propositions de meilleur remboursement se multiplier et ce sont les meilleures compagnies privées qui prendraient en charge la diversité des situations tarifaires. Mais le marché est pour la Cnam -et pour le ministre- quelque chose de trop compliqué. Ils préfèrent l’usine à gaz des systèmes étatiques et des monopoles publics.

Le 5 Mars 2003

 

 

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