REFORME DE L’ASSURANCE MALADIE :

MATTEI NOUS FAIT MARCHER


De mauvais esprits pourraient mal interpréter notre titre. Nous n’avons jamais voulu suggérer que la réforme de l’Assurance-Maladie mise en chantier par notre ministre de la santé était une galéjade, une blague marseillaise. Nous sommes (presque) sûrs du contraire : ce sera du sérieux, du durable, de l’ultra-libéral.

Non : nous faisons simplement référence aux conseils que le Docteur MATTEI donne aux Français malades de leur Sécu. L’éminent praticien a cru bon de rappeler à propos du déficit de l’Assurance-Maladie qu’il est dû en grande partie à l’insuffisance de notre activité physique. Après avoir indiqué qu’en général nous devions « manger équilibré et en bonne quantité ». Il a également recommandé de manger plus de fruits et de légumes.

Après avoir ainsi mieux mangé, nous devons aussi nous bouger et pratiquer « au moins l’équivalent de 30 minutes de marche rapide chaque jour ». Or nous regardons la télévision, lisons, utilisons un ordinateur, conduisons une voiture, toutes activités sédentaires qui prennent de plus en plus d’importance et dans lesquelles notre corps dépense trop peu d’énergie. Par exemple nous passons en moyenne plus de deux heures par jour devant la télévision.

Le ministre a rappelé ces chiffres et lancé une grande campagne avec le ministère de la santé, dont il a la charge, et l’institut national de prévention et d’éducation pour la santé et l’assurance maladie. Cette campagne expliquera par exemple que les pantoufles, la télévision et le canapé sont des « activités à hauts risques ». Des affiches vont nous inciter à prendre l’escalier « recommandé pour la santé » et, dans les transports en commun, on sera incité à…finir le trajet à pied.

M. MATTEI n’a pas ménagé, dans sa conférence de presse, les conseils personnels « par exemple, si au lieu de prendre l’ascenseur, vous montez l’escalier, ça vous compte sept minutes » de marche. De même, a expliqué le ministre, décidement très en forme, en descendant une station plus tôt du métro, on peut ajouter dix minutes de marche.

Bref le ministre a insisté sur ces fameuses trente minutes de marche rapide quotidienne. Et il a ajouté quelques conseils bien sentis sur la nécessité de diminuer la consommation de graisses, de sucre et de sel. Voilà un ministre qui n’hésite pas à descendre dans le concret. Merci pour la consultation gratuite.

Mais faut-il s’en féliciter ? L’intervention du Ministre est ambiguë. Car si les médecins de famille, voire des parents pourraient utilement donner ces conseils, M. MATTEI n’est pas notre médecin de famille. Il est ministre. Est-on absolument sûr que ce soit le rôle de l’Etat et d’un ministre en particulier que de conseiller aux habitants des grandes villes de descendre du métro avant la dernière station pour faire un peu de marche et de monter les escaliers plutôt que de prendre l’ascenseur ?

Est-ce la meilleure méthode pour responsabiliser les Français, qui, effectivement, doivent prendre leur santé en charge ? Ou est-ce l’amorce d’un Etat totalitaire qui vous ôte jusqu’au devoir de penser, qui pense pour vous et bientôt vous enlèvera même la peine de vivre et de respirer. A quel degré d’infantilisation des Français est-on tombé ? A quel niveau est tombée la vie politique et quelle opinion nos ministres se font-ils de leur fonction ? Et cela tient-il lieu de réforme de la sécu ? Ce n’est même plus de l’Etat-Providence ni de l’Etat de l’assistance ; c’est désormais l’Etat-nounou au mieux, l’Etat totalitaire au pire. Car le célèbre MAO avait, lui aussi, rendu la culture physique et la danse obligatoires pour les Chinois au lever du jour, pour mieux se préparer au travail citoyen.

 

Le 25 Février 2004

 

 

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