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DEPENSES
D’ASSURANCE MALADIE : L’EXPLOSION
Selon
les données provisoires publiées par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie
(CNAM), les dépenses de santé ont progressé deux fois plus vite que l’objectif
retenu pour 2002 par le gouvernement et le Parlement.
7,5% de hausse des
dépenses d’assurance maladie
En
particulier, les dépenses d’assurance maladie du régime général de la
Sécurité sociale ont atteint 95,06 milliards d’euros en 2002. Cela représente
une hausse de 7,5% par rapport à 2001. Si l’on tient compte des autres
régimes - et pas seulement du régime général- la hausse serait de 7,2%
ou 7,3%. Or la loi de financement de la sécurité sociale avait fixé un
objectif national de progression des dépenses d’assurance maladie (ONDAM
en langage bureaucratique) de 3,8% : le résultat est donc environ
du double de la prévision.
Cette
progression concerne, à des degrés divers, tous les postes. C’est ainsi
que les dépenses liées aux soins de ville progressent au total de 8,9%
en 2002. Ce sont surtout les dépenses d’indemnités journalières qui ont
explosé, progressant de 14,1%. Le taux de croissance des médicaments fléchit
sensiblement par rapport aux années antérieures avec 8,9% de hausse. La
progression des soins de ville en volume est un peu plus modérée que les
années précédentes mais la revalorisation des tarifs médicaux pour les
généralistes vient gommer ce ralentissement et au total la valeur des
soins de ville progresse plus vite qu’avant.
De
leur côté, les dépenses hospitalières ont enregistré une hausse de 5,5%
dans le secteur public et de 7,9% dans les établissements de santé privés,
tandis que l’augmentation dans les établissements médico-sociaux atteint
9,0%.
La
hausse des dépenses de santé est au total supérieure à celle des années
précédentes, mais la tendance à la progression se poursuit depuis des
années : elle est de 6 à 7% sur les trois dernières années. Ce n’est
donc pas un élément nouveau, même si la tendance s’aggrave.
« Une
grande réforme de la sécurité sociale »
La
classe politique s’est émue de cette situation et le ministre de la santé
a même anticipé sur l’événement en annonçant dès la veille qu’il allait
lancer à l’automne 2003 « une grande réforme » de la sécurité
sociale et en particulier de l’assurance maladie. « Le prochain projet
de loi de financement de la sécurité sociale s’accompagnera de la réforme
de la gouvernance de l’assurance maladie » a précisé J-F MATTEI.
« Je pense que le moment est venu d’une remise à plat de notre système
de santé. Depuis dix ans la pente d’augmentation des dépenses de santé
est à peu prés de 7%, c’est à dire trois points au-dessus de l’augmentation
de notre richesse nationale » Et M.MATTEI insiste : « Je
veux que les gens se sortent de l’esprit que le prix des médicaments n’a
aucune importance. Je veux que les gens aient conscience que c’est leur
argent. Non pas pour les culpabiliser, mais pour les responsabiliser ».
Nous
pouvons aider le ministre à progresser dans sa réflexion en lui rappelant
quelques vérités simples. Tout d’abord le système actuel est celui d’une
étatisation de la médecine d’une part, de la sécurité sociale d’autre
part. La majorité des hôpitaux
sont publics et le secteur privé n’a guère d’autonomie, en particulier
en matière de tarif. Presque toutes les professions de santé ont des tarifs
fixés par la sécurité sociale et imposés par elle lors de « conventions »
où les professions de santé n’ont pas grand chose à dire. Les honoraires
libres ne sont que l’exception et ceux qui les pratiquent sont par ailleurs
pénalisés de diverses façons. Le prix des médicaments est fixé par l’Etat
et nous sommes un des rares pays à ne pas pratiquer dans ce domaine la
liberté des prix.
La
sécurité sociale elle-même est un monopole public obligatoire. Nul ne
peut y déroger. La liberté d’assurance en matière de santé est donc totalement
absente en France. Et les monopoles publics ont toujours les mêmes défauts.
Les usagers n’ayant pas le choix sont prisonniers du système qui ne comporte
aucun élément incitatif pour proposer des formules moins coûteuses ou
de meilleurs services. Au total, le système ne comporte aucun régulateur,
puisqu’aucun mécanisme de marché ne fonctionne.
Le seul régulateur qui est alors envisageable est celui de l’Etat lui
même qui fixe ses objectifs. Mais ceux-ci ne sont pas réalisés et il faut
alors recourir au rationnement des soins, aux restrictions quantitatives
à l’installation dans les professions de santé et à tout un ensemble de
mesures bureaucratiques pour contrôler les dépenses : le monopole
public de la protection sociale et l’étatisation des professions de santé
conduisent tout droit au rationnement des soins. Est-ce la grande réforme
que nous promet M.MATTEI ?
La libéralisation de la
santé
Que
les soins de santé progressent n’est pas en soi choquant. Il est normal
de vouloir mieux se soigner et l’allongement de l’espérance de vie s’accompagne
tout naturellement d’une progression des dépenses de santé. Mais la question
qui se pose est double : cette progression est-elle le fruit de la
dérive étatique du système ou du libre choix des agents décentralisés
à commencer par les malades ? Et les coûts de la santé et de l’assurance
sont-ils fixés arbitrairement par le monopole public ou
sont-ils le fruit d’un processus concurrentiel qui sélectionne peu à peu
les meilleurs ou les moins coûteux, à qualité égale ?
Cela
signifie que la seule réforme envisageable, à laquelle M. MATTEI doit
immédiatement s’attaquer, c’est la libéralisation de la santé. Libéralisation
de l’offre de soins (liberté d’installation des médecins et des cliniques,
liberté des tarifs médicaux et des prix de journée ou des médicaments).
Libéralisation de l’assurance santé. Il suffit pour cela, comme cela existe
à l’étranger, d’en finir avec le monopole de la sécurité sociale en laissant
chacun s’assurer auprès de l’organisme de son choix. Si le monopole était
supprimé, on verrait par sûrement se débrider l’imagination sans limite
des marchés : des formules d’assurance plus sûres ou fournissant
de meilleurs services ou à moindre coût se multiplieraient. Mais chacun
choisirait alors librement, connaissant le vrai coût de la santé et la
concurrence permettrait de choisir les meilleures formules. Libres à ceux
qui veulent rester à la Sécu de payer de plus en plus cher des prestations
de moins en moins importantes en quantité et en qualité.
Le 28 Janvier 2003
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