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Après une longue négociation, et comme l’avaient fait les généralistes il y a plusieurs mois, les spécialistes viennent de se mettre d’accord avec la caisse nationale d’assurance maladie sur la revalorisation des honoraires et la participation des caisses aux primes de responsabilité civile. Quatre des cinq syndicats de médecins libéraux ont signé l’accord, qui clôt ainsi huit mois de négociations. Pour le président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), il s’agit d’un « texte important. Il permettra notamment de bâtir un système conventionnel pour l’ensemble du corps médical », car les spécialistes étaient dépourvus de convention depuis 1998. Bien entendu, J-F MATTEI, ministre de la santé, s’est
réjoui de cet accord et salue dans un communiqué l’esprit de responsabilité
qui a prévalu au cours de cette longue négociation. On nous permettra de ne pas partager cet enthousiasme
général et de trouver cet accord bien discutable, au moins sur ses deux
mesures principales. La première a trait à la flambée des tarifs d’assurance
en responsabilité des médecins spécialistes et en particulier des gynécologues-obstétriciens
et des chirurgiens. L’assurance-maladie prendra en charge les deux-tiers
des primes d’assurance des médecins libéraux du secteur 1 dont les primes
annuelles sont d’un niveau égal ou supérieur à 1000 euros. Et l’an prochain,
en 2004, la prise en charge sera reconduite à condition que les médecins
aient souscrit leur contrat d’assurance dans le cadre d’un dispositif
collectif que les partenaires sociaux doivent élaborer d’ici au 31 mars.
On notera : 1 - que les médecins du secteur 2 à honoraires libres
ne sont pas concernés par cette prise en charge. 2 - qu’elle ne s’attaque
pas au fond du problème, qui est, comme nous l’avions expliqué, la conséquence
de la loi KOUCHNER sur les droits des malades. 3 – qu’il y a de quoi s’inquiéter pour la condition
posée de souscrire des contrats dans le cadre d’un dispositif collectif.
Tout cela ne semble pas très libéral. L’un des syndicats
a fait observer qu’une meilleure solution aurait consisté à permettre
aux médecins de répercuter la hausse des primes sur leurs tarifs, c’est
à dire d’étendre les honoraires libres. C’est justement la question des honoraires qui retient
le plus l’attention : c’est la deuxième série de mesures de cet accord.
Tout d’abord la consultation sera portée au 1er février 2003
de 22,87 euros à 23 euros : on admirera la progression qui, effectivement,
est spectaculaire… Mais le dispositif prévoit surtout des tarifs majorés
dans certains cas. Ainsi, à partir du 31 mars, les consultations pourront
être revalorisées de 3 euros dès qu’elles nécessiteront un examen « approfondi ».
Il s’agit des consultations qui comportent un examen clinique complet
d’une durée supérieure à 20 minutes. A vos chronos ! En outre, la
consultation sera portée à 40 euros, mais on ne sait pas à partir de quelle
date, lorsque le malade sera adressé par un médecin généraliste pour avis
d’expert. On remarquera que l’accord essaie d’envisager différents
cas possibles. Mais, comme tout système bureaucratique, il prévoit un
nombre limité de cas possibles et ne peut prévoir toute la subtilité des
nuances de la réalité. Que se passera-t-il par exemple lorsque le malade
sera envoyé par un autre spécialiste consulter quelqu’un d’une autre spécialité
- et non par un généraliste ? C’est là que l’on pourrait suggérer
aux caisses –et aux médecins- une solution beaucoup plus simple :
recourir au marché, au lieu d’essayer de le singer. Avec des honoraires
libres, il est possible de laisser chaque médecin fixer ses tarifs « avec
tact et mesure », suivant les différents cas de consultation rencontrés :
on est sûr d’épouser alors exactement tous les contours d’une réalité
complexe. Mais nos bureaucrates préfèrent inventer des systèmes farfelus,
qui ne parviennent jamais à la cheville de ce que le marché aurait pu
spontanément réaliser. En conclusion et pour l’essentiel, ce n’est pas de
quelques cadeaux dont les médecins –et le système de santé en général-
ont besoin, mais c’est tout simplement de liberté, à commencer
par celle des tarifs. Le malade, pour sa part, a lui aussi besoin de liberté,
à commencer par celle de choisir son régime d’assurance. Manifestement
ce n’est pas le chemin choisi en France. On préfère maintenir notre système
bureaucratique, quitte à le rendre chaque jour plus complexe en essayant
de prévoir l’imprévisible.
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