RETRAITES : QUAND LE PRIVE AIDE LE PUBLIC


Ce n’est pas encore la grande réforme des retraites, prévue pour 2003 (et, à en croire Jean Pierre RAFFARIN, qui restera dans la seule logique de la répartition). Mais c’est peut-être un premier indice de ce qui nous attend. Le dernier rapport sur les comptes de la sécurité sociale révèle en effet un intéressant tour de passe –passe, qui serait passé inaperçu si les administrateurs de la Caisse nationale d’assurance-vieillesse n’avaient découvert l’astuce gouvernementale. 

L’idée est complexe sur le plan technique : il s’agit d’augmenter artificiellement les effectifs de la CNAV ( secteur privé donc). Pour cela, il suffit d’y ajouter les chômeurs, dont les cotisations retraite sont  habituellement prises en charge par le fond de solidarité vieillesse. Cela augmente mécaniquement le poids du privé dans le mécanisme de compensation financière entre les régimes, car il fonctionne sur une base démographique . C’est ce que vient de faire le gouvernement. Résultat : les salariés du privé vont apporter en 2003 une somme de 830 millions d’euros pour aider les fonctionnaires à financer leurs retraites… 

C’était évidemment une mesure qui s’imposait, alors que l’on ne cesse de dénoncer les privilèges du secteur public, par exemple en termes de durée de cotisations et que les salariés du secteur privés ont consenti de nombreux efforts pour essayer de maintenir l’équilibre de leur régime de retraite !  

Or c’est ce secteur privé, déjà « désavantagé » par rapport au public, qui est ponctionné pour accroître les avantages… du secteur public. On comprend que le gouvernement ne se soit pas vanté de ce tour de passe-passe. Cela permet d’augmenter de près de 50% la contribution de la CNAV (secteur privé) qui va passer à 2,9 milliards d’euros, tandis que la charge du régime des fonctionnaires va diminuer de 270 millions d’euros et celle des hôpitaux et des collectivités locales de 13O millions. Selon les Echos du 10 octobre, la présidente de la CNAV, Danièle KARNIEWICZ trouve qu’il « est anormal de voir à nouveau le régime général mis de manière substantielle à contribution, au profit de régimes qui, jusqu’à présent, ne se sont en aucun point réformés ». 

Autre conséquence de cette décision : le fonds de réserve des retraites sera privé de ces 830 millions qui iront au secteur public. Cette décision est inexplicable et les administrateurs de la CNAV se plaignent d’avoir été mis devant le fait accompli, tandis que le gouvernement mettait ainsi à mal le fameux « dialogue social ». A moins que cela ne donne un avant goût de la prochaine réforme des retraites, qui demanderait encore plus au secteur privé pour conserver les privilèges du public. Ou encore, autre explication : le gouvernement cherche à ruiner complètement les retraites du secteur privé pour rendre encore plus nécessaire le passage à la capitalisation. On peut toujours rêver, n’est-ce pas ?