LA RETRAITE APRES 40 ANNUITES : OUVRONS LE DEBAT !


A 6 mois d’échéances électorales capitales, le PCF se déchaîne. Les députés communistes proposent en effet un amendement de taille au projet de loi Sécu pour 2002 : le départ en retraite pour tous les salariés pouvant justifier de 40 annuités, sans avoir à attendre l’âge légal de 60 ans ! Si leur projet relève davantage de l’utopie que de la réalité, le PC va cependant faire pression sur le gouvernement pour l’obliger à ouvrir le débat de la future réforme globale des retraites. Hélas, ce n’est pas un débat sur une proposition chimérique dont ont besoin les Français, c’est d’un vrai débat sur l’avenir des retraites par répartition où la réflexion l’emporterait sur la stratégie.


Mercredi 17 octobre, les députés présents à la Commission des Affaires Sociales de l’Assemblée ont approuvé à l’unanimité l’amendement communiste au projet de loi de Sécu 2002, réclamant la possibilité d’accéder à la retraite à partir de 40 annuités. De la sorte, les salariés ne seraient plus obligés d’attendre 60 ans pour se retirer du marché du travail. Les individus concernés sont ceux qui sont entrés dans la vie active très jeunes, exerçant souvent des emplois pénibles. Ils seraient près de 815.000 à pouvoir ainsi profiter d’une telle mesure.

Imaginons un instant que cet amendement soit adopté par le Parlement : le coût brut de la mesure pour la CNAV (Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse) serait de 50 milliards de Francs (7,62 milliards d’Euro) la première année ; il augmenterait ensuite les années suivantes avant de baisser à partir de 2010, selon les calculs effectués par le Ministère de l’Emploi. La masse financière engagée serait telle qu’elle porterait certainement un coup fatal aux entreprises et aux possibilités de croissance de l’activité économique de la France.

Cependant, rassurons-nous, s’il existe au moins un consensus dans la sphère politique, il est d’ordre institutionnel. Tout le monde reconnaît que cet amendement est irrecevable : les parlementaires n’ont en effet pas le droit d’augmenter, d’eux-mêmes, les charges de l’Etat. Est-ce à dire pour autant que l’utopique ambition des communistes ne marquera pas les esprits ?

Hélas non. En se promenant Jeudi rue de Grenelle, on pouvait entendre qu’une telle mesure, engageant un tel coût, ne « peut pas faire l’objet d’un simple amendement à la loi de Sécu mais doit constituer le ‘pilier’ d’une future réforme globale des retraites ». Une réforme qui, en permettant à nos concitoyens de partir plus tôt à la retraite, obligerait les entreprises à embaucher massivement et susciterait ainsi une augmentation de la consommation globale. En somme, une réforme « efficace pour créer des emplois », dixit Henri Emmanuelli, dans la plus pure tradition malthusienne d’un emploi rare à se partager.

Mais le gouvernement Jospin est bien obligé de tenir compte des ingénieuses idées de sa majorité ; n’est-ce pas la gauche plurielle unie qui doit venir à bout de l’opposition en mai prochain ? En refoulant sans ménagement les interventions diverses et variées des rouges et des verts, le gouvernement ne parviendrait à rien d’autre qu’à se condamner à perdre.

Néanmoins, ce qui semble le plus marquant à travers cette nouvelle chimère économico-politique, c’est l’audace dont nos gouvernants font preuve. Ils nous font croire qu’ils ouvrent le débat des retraites, qu’ils sont près à la réforme du siècle ! Qu’en obligeant les salariés à travailler moins longtemps, ils donnent les outils à la France pour recouvrer une santé de fer ! En somme, ils nous font croire que c’est en accablant les entreprises que le chômage disparaîtra ! Que c’est en subventionnant la consommation que la croissance s’élèvera !

Le vrai débat sur les retraites reste cependant à ouvrir. Il faudra pour cela contourner l’écueil de la pensée unique et isoler la réelle problématique. Comment songer à un avenir quelconque pour nos retraites par répartition  ? Imaginons la réforme inverse : une procédure qui ferait que, progressivement, la capitalisation remplace la répartition. Sur plusieurs décennies, les individus épargnaient en vue de leur cessation d’activité. Les entreprises auraient alors accès à un volume d’investissement sans précédent, qui leur permettraient d’accroître leur compétitivité et de créer richesses et emplois. Quant à l’Etat, il n’a plus la lourde charge de financer les retraites et peut vaquer à d’autres occupations.

Alors, à quand la vraie réflexion ? Il est vrai qu’en période électorale, il vaut mieux être démagogue que de chercher à faire réfléchir les électeurs et leur offrir un vrai choix.

Mots clés : Capitalisation, Chômage, Croissance, Répartition, Retraite.