DEMAIN, LA REFORME DES RETRAITES ?


Le Gouvernement l’a promis : 2003 sera l’année de la réforme des retraites. Trop de choses l’ont sollicité en 2002, mais en 2003, c’est promis, le gouvernement va enfin ouvrir le dossier .Pour effectuer les plus petits changements possibles ou pour se résigner à l’inéluctable passage à la capitalisation ? On le saura bien vite, mais deux éléments récents plaident en faveur d’une réforme profonde.

Le premier élément nous vient de Bruxelles. La Commission, tout en considérant que les retraites n’étaient pas de sa compétence, vient de tirer la sonnette d’alarme à destination des Quinze, et tout particulièrement de la France. Elle rappelle que dans l’état actuel des systèmes (par répartition) la question des retraites est une véritable « bombe à retardement » : l’arrivée à l’âge de la retraite des générations nombreuses du baby-boom de l’après-guerre et l’arrivée sur le marché du travail des générations creuses qui ont suivi font que, dans la logique actuelle, les finances publiques vont littéralement exploser. Il faudra donc prendre des mesures radicales et changer de logique.

Selon les calculs de la Commission, ce sont les Français qui partent le plus tôt à la retraite, accentuant les déséquilibres : alors que les Portugais partent en moyenne à 64,5 ans, les Irlandais à 64,3, les Danois à 63,6, les Suédois et les Anglais  à 63,2, les Français sont retraités à 58,1 ans, soit 5 ou 6 ans plus tôt. Dans ces conditions, ou bien les Français acceptent une hausse explosive des cotisations – ce qui est politiquement impensable, ou bien, comme le dit avec pudeur la Commission, « de nouvelles réformes de grande ampleur sont nécessaires », car à politique constante « le financement du système des pensions dans les décennies à venir n’est pas garanti ». Alors que nous persistons dans l’erreur en nous accrochant au système de répartition et en refusant les fonds de pension, tous nos voisins, y compris les Allemands, pourtant inventeurs du « modèle rhénan » qui a tant inspiré nos dirigeants, passent plus ou moins rapidement à la capitalisation.

Le deuxième élément nous vient d’Outre Manche. Les Anglais ont déjà modifié leur système au cours des dernières années, mais ils continuent à faire preuve d’imagination et d’audace. Andrew SMITH, ministre en charge des retraites et des pensions, vient de déclarer au nom de son gouvernement : « Il faut en finir avec l’approche inflexible et dépassée de la retraite. Nos propositions permettront à ceux qui le souhaitent de travailler plus longtemps s’ils le désirent ». De la sorte, si son plan est adopté, l’âge légal de fin d’activité pour les salariés , fixé jusque là à 65 ans, sera supprimé dans le secteur privé ( pour le secteur public, il passerait de 60 à 65 ans). La cessation d’activité se fera au gré de chacun, librement. Le gouvernement espère que  beaucoup prendront leur retraite plus tard et continueront à cotiser.

Sans doute de telles dispositions ne suffiront-elles pas à résoudre complètement les déséquilibres engendrés à ce jour par les errements passés. Mais les Français devraient réaliser que nos voisins, quelle que soit la couleur politique de leurs dirigeants, ont abandonné les a priori idéologiques. Ils pourraient alors accepter, voire souhaiter, cette vraie révolution qui consisterait à laisser chacun libre de choisir l’âge de départ à sa retraite. Impensable direz-vous ? Non point : nécessité fait loi.