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L’EURO BAT EN RETRAITES
La formidable pression que fait peser le vieillissement de la population sur des pays comme la France, où aucune mesure n’a été prise pour y faire face, risque fort de provoquer une dégénérescence de l’Euro… Aussi, le conseil des ministres des finances des quinze a-t-il exhorté le gouvernement à entreprendre une réforme de son système de retraites. R. HUE veut y voir une ingérence intolérable de Bruxelles dans la campagne électorale française, or il s’agit plus simplement d’assurer la viabilité à terme de la monnaie européenne, menacée par l’explosion des déficits budgétaires et sociaux. Conception, gestation, naissance de la monnaie européenne… tout s’est finalement bien passé, les eurosceptiques en ont été pour leur frais ! Il est probable pourtant que l’avenir proche leur donnera raison. L’euro risque fort, dans les années prochaines, de subir une dégénérescence ou plus brutalement d’être balayé par la formidable pression fiscale et para-fiscale que fait peser sur les pays européens le vieillissement des populations. A partir de 2005, les premières générations du baby-boom démographique des années 50-60 vont prendre leur retraite, entraînant une chute brutale du ratio actifs/inactifs et, dans le même temps, la durée effective de leur retraite aura quasiment doublé. Ces futurs retraités, plus nombreux et vivant plus longtemps, auront accumulé un montant considérable de créances sur les générations à venir, du fait des systèmes de retraites publics par répartition. Des projections à long terme ont permis de calculer que les dépenses publiques liés aux retraites, qui représentent d’ores et déjà un pourcentage important du PIB, 10 % dans la plupart des pays européens, allaient continuer à grignoter 3 à 5 points de PIB et même peut être davantage jusqu’en 2030, ce qui représente une pression de prélèvements obligatoires insoutenable pour les générations futures. Cette montagne de dettes n’est pas intégré à l’heure actuelle dans le volume de la dette publique des Etats, ni dans leur déficit. Pourtant les enjeux financiers qu’elle représente sont sans commune mesure avec ceux des quelques dixièmes de points de dérapage qui sont aujourd’hui au centre des querelles entre partenaires européens. Que va-t-il advenir des pays, qui, faute d’avoir pris à temps les mesures nécessaires, seront dans l’incapacité de faire face aux créances de leurs retraités ? Ils se verront contraints d’abandonner l’euro ; l’union monétaire volera en éclats… sauf si la banque de Francfort accepte de multiplier considérablement les signes monétaires, on assistera alors à de forts glissements de la monnaie européenne, à sa dégénérescence. Aussi tous les pays européens ont-ils commencé à prendre les dispositions indispensables, notamment les règles touchant à l’accès aux régimes publics, et ont surtout développé les retraites privées sous forme de capitalisation et fonds de pension. Tous les pays, sauf la Grèce et la France. Pendant plus de vingt ans,
ce problème a été nié par les gouvernements français successifs. Il a
fallu attendre 1993 pour qu’E. BALLADUR décide, dans la moiteur du mois
d’août, d’allonger la durée de cotisations du secteur privé, la faisant
passer de 37,5 années à 40 années. Depuis plus rien… Faux, objecteront
les Jospiniens, un fond de réserves a été mis en place en 1999, le F2R,
qui, grâce aux recettes de la privatisation des Caisses d’Epargne, à diverses
autres taxes, aux fruits de la vente des licences d’UMTS etc., devrait
disposer en 2020 de 152,4 milliards et permettre ainsi d’atténuer les
déséquilibres d’un système de répartition dans lequel Jospin semble avoir
décidé de s’enfoncer. Deux ans après sa création, ce fonds n’est plus
qu’un mirage, « un château en Espagne », non seulement ces 152 ,4
milliards d’euros ne représentent que la moitié du déficit du système
des retraites du secteur et n’incluent
pas celui du secteur public (entre 600 et 700 millions d’euros) mais,
en plus, le fonds s’est vu priver du produit de ses recettes futures,
pour assurer le financement de la RTT, puis pour celui de l’allocation
d’autonomie des personnes âgées, enfin on sait ce qui est advenu de la
vente des licences d’UMTS. De combien dispose le F2R aujourd’hui ?
L’information sur ce point est rare, on en est réduit à des supputations :
entre 6 et 7,6 milliards d’euros. Avec un taux d’actualisation
de 5% il faudrait, pour atteindre les 152,4 milliards d’euros promis,
affecter chaque année 11 milliards…une somme inimaginable en l’état actuel
des finances de la France. Le « tout répartition »
persiste donc en France et inquiète Bruxelles par les conséquences qu’il
est susceptible d’avoir sur l’union monétaire. Aussi « au nom de
l’euro.. » le conseil des ministres des finances a-t-il exhorté le
gouvernement français à entreprendre une réforme de son système de retraites.
Il l’a fait dans un avis rendu sur le plan de stabilité de la France pour
les années 2003-2005, un plan, faut-il le préciser ici, caduc avant même
d’avoir été appliqué ; fondé sur des hypothèses de croissance irréalistes,
il ne pourra pas permettre l’assainissement budgétaire promis. Le gouvernement
Jospin met en danger l’Euro ! Il met en danger l’équilibre des générations.
Il se contente de gérer et de reporter les problèmes –et leur solution-
à l’après-élection. Mots clefs : Euro, Dépenses publiques, Retraites.
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