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En
1999, le rapport CHARPIN avait
dressé un bilan alarmant de la situation future des retraites. Il expliquait,
en effet, que notre système de répartition, compte tenu de l’évolution
démographique et du marché du travail, était voué à des déséquilibres
financiers inéluctables à long terme. Ainsi, le taux de dépendance (rapport
entre le nombre de retraités et celui des cotisants) risquait de s’établir
autour de 80% (voire 90%) à l’horizon de 2040. Face à cela, deux directions
pouvaient s’envisager. Soit
affirmer son attachement pour la répartition, mais en prenant des mesures
draconiennes, telles qu’augmenter les cotisations et retarder l’âge de
la retraite, la réduction des pensions, la banalisation des régimes spéciaux.
Soit basculer progressivement vers un système de retraite par capitalisation,
organisé autour de la constitution des fonds de pension. Le
gouvernement Jospin a préféré pratiquer l’inertie, à moins qu’il ne s’agisse
de l’hypocrisie la plus totale et la plus inconsciente. La
première « non mesure » de l’actuelle majorité a consisté à
abroger la Loi Thomas de 1997 qui introduisait, du moins en théorie, les
fonds de pension. Affichant clairement sur son site Internet son attachement
au système de répartition, le premier ministre a ensuite créé un Fonds
de réserve des retraites censé financer le déséquilibre des retraites
à partir de 2005. Mais le système d’abondement ne peut atteindre cet objectif.
En conséquence, presque « subrepticement », l’actuel gouvernement
a adopté des mesures légales et fiscales permettant la généralisation
de l’épargne salariale (loi Fabius), tout en clamant haut et fort qu’il
ne s’agissait que d’un complément au système actuel, et en aucun cas de
la mise en place de véritables fonds de pension – ce qui est d’ailleurs
exact. Pourtant,
les autres grands pays européens, confrontés à la même transition démographique,
n’ont pas attendu pour s’apercevoir des avantages de la capitalisation.
L’Allemagne, le Royaume- Uni, les Pays-Bas, mais aussi les pays de l’Europe
de l’Est ont déjà engagé de profondes réformes. Les fonds de pension présentent
en effet de nombreux avantages : ils favorisent l’existence d’une
épargne longue qui fait actuellement défaut à l’économie française ;
ils favorisent l’accès des entreprises à des nouveaux fonds propres et
dynamisent les marchés financiers. Certes, ils sont accusés parfois de
déstabiliser les places financières et de constituer des retraites fragiles
et inégalitaires. Premièrement, ces accusations sont largement exagérées,
comme en témoignent les expériences récentes des pays à systèmes de retraite
par capitalisation. Deuxièmement,
L. Jospin souhaite préserver le système de retraite par répartition au
motif qu’il s’agit d’un système de solidarité entre générations, d’une
équité inter-générationnelle. Mais les non-mesures de la majorité génèrent
de plus profonds déséquilibres et des inégalités. Les futurs papy boomers
sont obligés de cotiser aujourd’hui par répartition, tout en étant suffisamment
lucides pour commencer à capitaliser. Cette capitalisation actuelle reste
largement inégalitaire et favorise les salariés des grandes entreprises
à haut revenus. Toutefois, cette inégalité n’est pas attribuable au système
de fonds de pensions, mais plutôt à la volonté de la majorité de les concevoir
uniquement comme des compléments au système de retraite en vigueur. Il
est alors évident que les salariés à revenus moyens ou faibles n’aient
plus la latitude d’épargner. Le
rapport du Conseil d’orientation des retraites vient de confirmer les
conclusions du rapport Charpin, que l’on avait un temps voulu oublier
en les qualifiant « d’alarmistes ». Allons-nous continuer encore
longtemps à nous croire plus malins que les autres pays membres de l’Union
Européenne ! En tout état de cause, rien de concret ne sera mis en
place avant 2002, élections obligent. Il est à remarquer qu’au sein de
l’opposition les esprits ne sont pas plus ouverts que dans le camp socialiste.
Les chiraquiens sont des inconditionnels de la répartition et veulent
« revenir à l’esprit de la création de la Sécurité Sociale en 1945 » !
Les centristes sont bien entendu prudents et partagés sur la question.
Alain Madelin lui-même hésite à aller au-delà de fonds de pension complémentaires,
du moins dans l’état actuel de sa réflexion : on verra si la campagne
le rend plus audacieux. Mots-clés :
Epargne,
Retraite.
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