Le revenu minimum d'insertion : une trappe à pauvreté ?
Bertrand Lemennicier


Le revenu minimum d’insertion, RMI, a été instauré en France en décembre 1988. Il avait pour objet de se substituer à la grande variété d'aides offertes aux pauvres par l'Etat providence. La sédimentation des aides est particulièrement frappante dans le domaine des minima sociaux. La première aide destinée à assurer un revenu minimal fut l'allocation aux adultes handicapés (AAH) en 1972; 1976 voit l'apparition de l'allocation personne isolée (API) suivi en 1988 par le revenu minimum d'insertion (RMI). La mise en place d'un revenu d'existence (allocation universelle) est la prochaine étape. A chaque fois l'introduction de cette nouvelle aide laisse à penser qu'elle va se substituer progressivement aux autres aides catégorielles. Mais l'expérience démontre le contraire.

Le tableau ci-dessous présente les effectifs des bénéficiaires de toutes ces aides de 1990 à 1996

Tableau 1 Effectifs des allocataires des minima sociaux au 31 décembre de chaque année en France métropolitaine, en milliers.
Sources:CNAMTS,CNAF,MSA,SESI,UNEDIC

 

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

Revenu minimum

422

489

575

697

803

841

903

Allocation de parent isolé

131

133

138

145

152

148

149

Allocation aux adultes handicapés

519

533

549

563

578

594

609

Allocation supplémentaire d'invalidité

133

123

113

91

91

87

85

Allocation de solidarité spécifique

307

350

342

395

450

481

516

Allocation d'insertion

104

112

30

21

20

17

16

Allocation supplémentaire de vieillesse

1 183

1 131

1 068

1 058

966

909

860

Allocation de veuvage

15

14.5

14.7

14.5

14.8

14.7

15.6

Ensemble

2814.3

2885.9

2830.5

2985.9

3074.5

3091.9

3156


Les aides qui n'augmentent pas sont toutes liées à des évènements aléatoires : veuvage et allocation adultes handicapés. Les autres ou bien diminuent consécutivement à un phénomène démographique ( vieillissement des bénéficiaires) ou bien augmentent. Celle qui augmente le plus est le fameux RMI. Le revenu minimum d'insertion. Le tableau ci-dessous illustre le succès de cette aide, le nombre de bénéficiaires a été multiplié par plus de 2,5 en 10 ans.

Tableau 2 Effectifs des bénéficiaires du RMI.
Source CNAF et Annuaire des Statistiques sanitaires et sociales p.413-431

Année

Au 31/12

Métropole

DOM

France entière

Taux de croissance du nombre d'allocataires, taux de croissance de la PIB et taux de chômage en %

% de bénéficiaires dans l'aide au delà de deux années

1989

335 675

91 100

426 775

-

-

1990

422 102

88 044

510 146

19.5 ( 2.4) 8.8.

54.2 % (au delà de 1 an)

1991

488 422

93 939

582 361

14.1 (0.8)

-

1992

575 035

96 208

671 243

15.2 (1.2)

-

1993

696 592

96 355

792 947

18.1 (-1.3)

53 %

1994

803 303

105 033

908 336

14.5 (2.4) 13.3

-

1995

840 839

105 171

946 010

4.0 (2.0) 11.5

-

1996

903 804

106 668

1010 472

6.8 (1.3) 12.2

52 %

1997

939 310

109 503

1048 813

3.8 (2.2) 12.3

50.9 %

En juillet 1989, en métropole, plus de 280 000 personnes en ont bénéficié. Dans les territoires d’outre-mer, 66015 ont perçu ce revenu, dont 46 157 à la Réunion (à la Réunion, il y a environ 200 000 personnes actives ; 23 % de la population active bénéficie du RMI, contre seulement 1,4 % en métropole à cette date-là). En 1991, trois ans après, on dénombrait 582 361 RMIstes ; en 1993 le chiffre en métropole s’élevait à 696 592 RMIstes. 53% d’entre eux obtienne cette aide depuis les années 1988-89 ! Les gens restaient en moyenne deux ans bénéficiaires de l’aide en dépit des mesures de réinsertion. En fait 10 ans après , entre 7 et 10 % environ des bénéficiaires, en métropole, perçoivent l'aide depuis son origine. En juin 1997 19,2% des allocataires était dans le système d'aide depuis plus de 5 ans. En novembre 1999 on en dénombrait 1 137 191 ménages au RMI. Depuis 1996 le chiffre dépasse le million de ménages. 1 million de ménages font 2 millions de personnes dont 700 000 enfants nous dit le Ministère de l'Emploi et de la Solidarité dans sa rétrospective sur les 10 ans du RMI publié sur Internet et daté de novembre 1998.

Le nombre d'allocataires s'est accru principalement dans la période 1990 -1994 avec un rythme excédant 14% par an. L'arrêt brutal de cette progression accélérée depuis 1995 ne résulte pas de la conjoncture puisque les taux de croissance sont faibles et le taux de chômage continue à s'élever dans la période considérée. Ce ralentissement du nombre de bénéficiaires du RMI est une anomalie qui prend sa source vraisemblablement dans la réglementation et la gestion d'accès au RMI.

En 1989-1991, la population des bénéficiaires du RMI était composée de jeunes, âgés de 37 ans en moyenne. 58 % d’entre eux étaient des personnes seules. Ainsi, 20 % des bénéficiaires sont des femmes dites parents isolés avec enfants. Le reste est constitué par des couples. En 1996 on dénombrait 47,6 % de célibataires et 27 % de personnes divorcées ou séparées. La proportion de femmes seules, avec enfants, atteint le chiffre de 21% en métropole et de 27,7 dans les DOM.

Tableau 3 Le Profil des bénéficiaires du RMI 1996

TYPES DE FAMILLES

% (MÉTROPOLE)

Couples

19,8

Familles monoparentales

21,0

dont Femmes 1 enfant

11,5

Personnes seules

59,3

AGES DE L'ALLOCATAIRE

% (MÉTROPOLE)

25 à 29 ans

26,3

30 à 34 ans

18,2

35 à 39 ans

13,2

71 % des bénéficiaires du RMI perçoivent un revenu supérieur à 1500 F. En général, le bénéficiaire peut cumuler son RMI avec des prestations familiales et l’allocation logement ; au total il perçoit en 1991 un revenu moyen mensuel de 2750 F et en 1996 de 3552 F. Le ratio entre le revenu minimum et le SMIC net est proche de 70 % en métropole et avoisine 77 % dans les DOM.

Tableau 4

Francs 1991 RMI

Prestations
familiales

Allocation
logement

Total SMIC net

RMI en %
du SMIC

Guadeloupe

1617

625

109

2351

3093

76%

Guyane

1788

645

166

2599

3093

84%

Martinique

1596

533

122

2251

3093

73%

Réunion

1715

521

138

2374

3093

77%

Métropole 1991
Métropole 1996

1836
1905

397
447

517
740

2750
3552

4000
5000

68%
71 %

Une femme seule, avec trois enfants ou plus, peut atteindre un revenu de 5300 F. En fait le revenu final moyen des allocataires du RMI en France métropole est de 3220 F en incluant le revenu d’autres activités. Le SMIG net se situe aux alentours de 5500 F en 1996 ce qui nous fait 65% du SMIC. Le minimum vieillesse est à 2700 F, l’API (allocation de parent isolé) à 4000 F avec deux enfants à charge; enfin, un handicapé en milieu protégé peut obtenir plus de 6000 F par mois ! Remarquons au passage l’inégalité des revenus minimaux : il est plus intéressant d’être handicapé ou femme isolée avec enfants et bénéficiaire du RMI, que bénéficiaire du minimum vieillesse.

Les bénéficiaires du RMI sont-ils réellement pauvres? Mesurée en termes de biens de consommation la pauvreté absolue des RMIstes tranche singulièrement avec l'idée que l'on se fait des personnes en difficulté. L'enquête du CERC de 1990 nous renseigne sur le taux d'équipement des bénéficiaires du RMI. Le tableau ci dessous confirme ce que l'on sait déjà sur ce type de mesure de la pauvreté.

Tableau 5 Taux d'équipement des bénéficiaires du RMI

En%

Bénéficiaires du RMI 1990 CERC

Ensemble des ménages (1988)

Réfrigérateur

85.6

98

Congélateur

35

41

Machine à laver

66.9

86

Lave vaisselle

4.8

28

Téléphone

61.7

90.2

Téléviseur

81

94

Magnétoscope

18.7

28.8

voiture

28.6

75.5

Propriétaire ou accédant

6.9

50

Locataire

51.2

42

Loisirs et culture

6

11.6

Font du sport

8.2

18.9

Les chiffres parlent d'eux-mêmes, surtout si l'on prend conscience de l'âge moyen des RMIstes inférieur à 40 ans. Par ailleurs, la part des sans abris parmi les RMIstes est faible moins de 10% des effectifs.

L'effet pervers de cette aide prédit par les économistes peut être décelé si l'on se reporte aux territoire d' Outre Mer (DOM). Dans les départements d’outre-mer, on dénombrait en 1989 71567 RMIstes ; en 1993 le nombre atteignait 93 939 et en 1996 106 668. Le niveau général des prix à la Réunion ou aux Antilles (comme dans le Nord-Pas-de-Calais) n’est pas le même qu’en métropole ou à Paris alors que le montant nominal du RMI est presque le même (80% de celui en métropole) Le revenu réel redistribué aux pauvres du Nord ou des DOM-TOM, est bien supérieur à celui d’un autre département. Ces derniers l’ont bien compris puisque l’on observe une proportion de 30 % de la population active bénéficiant de l'aide dans les DOM contre 2,5% en France métropolitaine. Cette différence dans les chiffres n’est pas anormale. Si les prix du panier de biens locaux consommés par la ménagère dans les DOM TOM sont environ trois fois inférieurs au prix français, cela signifie qu’un revenu minimum garanti équivalent en France avoisinerait en moyenne 7000 F. C’est le salaire d’un cadre A dans la fonction publique ! Avec un tel revenu non salarial, à quel salaire ce cadre A désirerait-il travailler pour sacrifier son loisir et quel emploi pourrait-il trouver à ce salaire désiré compte tenu de sa qualification ? Lui aussi serait RMIste. Les RMIstes eux-mêmes, pour 60 % d’entre eux, estiment que le seuil de pauvreté pour une famille avec 2 enfants est situé entre 5100 F et 10 000 F par mois ! Vivre correctement à Paris pour une famille avec deux enfants suppose un revenu familial d’au moins 30 000 F par mois. Pourquoi le montant du RMI n’est-il pas de 30 000 F par mois ? Quel jugement de valeur le législateur porte-t-il sur les pauvres pour estimer qu’avec 5100 F par mois ils peuvent vivre décemment ? Dans le fond, le législateur sait très bien qu’à 30 000 F par mois même les professeurs d’Université n’hésiteront pas à devenir des RMIstes! C'est toute l'ambiguïté de ce type d'aide.

Deux reproches fondamentaux sont faits au revenu minimum :

-l'éligibilité, il y a plus de pauvres qu'anticipé consécutivement à la hausse du revenu non salarial qui incite les gens, qu'ils soient pauvres ou riches, à demander davantage de loisirs, entrent alors dans le programme d'aide des ménages qui ont des revenus au dessus du seuil de pauvreté,

-la durée dans le programme d'aide, le revenu non salarial augmente aussi le salaire minimal exigé pour rentrer sur le marché du travail ce qui, pour un salaire offert donné, diminue l'incitation à rentrer sur le marché du travail.

La figure ci-dessous illustre le fonctionnement du premier effet pervers.

Portons sur l’axe vertical le revenu ou la consommation et sur l’axe horizontal le loisir ou les activités autres que le travail salarié. Le seuil de pauvreté en termes de biens de consommation ou de revenu est jugé être égal à 0M*. Prenons deux individus µ et f . Ce dernier est capable de travailler et d’obtenir un revenu réel 0d en contrepartie d’un travail salarié égal à T°L*. Ce revenu réel en termes de biens de consommation est supérieur au seuil de pauvreté 0M*. En revanche l’individu µ ne travaille pas pour une raison quelconque (chômage, handicap ..) et consacre donc son temps au loisir ou à des activités autres que le travail salarié ( activités domestiques) mais se retrouve en dessous du seuil de pauvreté en termes de biens de consommation. Ce dernier bénéficie alors d’une aide égale à 0M* lui permettant de consommer le panier de biens jugés minimal dans la société où il vit. L’aide est faite pour lui. Mais alors l’individu f se porte éligible à l’aide car il obtient une satisfaction plus élevée en renonçant à travailler, en bénéficiant de l’aide et en consacrant son temps aux loisirs ou à des tâches autres qu’un travail salarié. Le programme d’aide incite des non « pauvres » à se déclarer « pauvres ».

Supposons maintenant qu’il y ait 3 % de personnes dans l'incapacité de travailler dans la population (handicapés, personnes âgées sans ressources). Ils vont se situer après l'aide au point I*. Admettons qu’il y ait 10 % de gens en a. Le programme d’aide aux pauvres va concerner non seulement ceux qui normalement auraient bénéficié de l’aide (3 % de la population) mais aussi ceux qui normalement devraient en être exclus : les 10 % situés en a. Au lieu de 3 % de gens en situation de pauvreté permanente le programme révèle que 13 % de la population se trouve dans une telle situation de quasi pauvreté ! C'est le phénomène d'éligibilité ou de risque moral du programme d'aide.

La pauvreté transitoire se transforme en pauvreté permanente .si la durée passée dans la situation de pauvreté est artificiellement maintenue au dessus de la durée optimale par des mesures d’assistance à la pauvreté.

Quel que soit l’événement qui amène un ménage dans une situation de pauvreté, il n’est pas rationnel pour ce ménage d’en sortir le plus tôt possible. En effet la question que se pose le ménage est la suivante quels sont les gains permanents attendus à sortir activement de cette situation comparé au coût d’opportunité transitoire que le ménage supporte pour chercher à s’en sortir. Appelons le coût d’opportunité à chercher à s’en sortir. Il est constitué par l’ensemble des démarches qu’il faut faire pour retrouver un emploi et/ ou un mari permettant de sortir de la pauvreté. Ce coût à la date t dépend de l’âge, a, de l’individu et du nombre , m, de mois passé dans cette situation de pauvreté. Appelons l’ensemble des ressources et de la satisfaction que l’on retire des activités autres qu’un travail salarié légal ( loisir, étude, production domestique, travail illégal etc.) dont on sera privé en quittant la situation de pauvreté.

La valeur présente du gain net obtenu de la situation de pauvreté , est égal à :

1)

Le bénéfice attendu en quittant la situation de pauvreté maintenant , en t, plutôt que le mois prochain, en t+1, est de :

2)

La décision d’avancer la sortie de la situation de pauvreté dépend :

i. du gain supplémentaire attendu en restant « pauvres » ,

ii. de la perte de revenu futur permanent en retardant d’un mois supplémentaire cet effort pour sortir de la pauvreté,

iii. de l’effet de ce retard sur le coût d’opportunité à s’en sortir.

Le gain attendu permanent à sortir d’une situation de pauvreté correspond à un retour à un emploi ou une situation stable au dessus du seuil de pauvreté. Les gains et les coûts à prolonger son statut de pauvre varient avec le nombre de mois passé dans la situation de pauvreté et l’âge de l’individu.

Si est strictement positif pour tout t +1 > à t , l'individu s'efforce de quitter le seuil de pauvreté dès maintenant et ne reporte pas sa décision à plus tard. Une telle situation survient quand:

1. la subvention dont il bénéficie en restant pauvre en t+1 est inférieure à celle qu'il perçoit en t,

2. le gain attendu sur le marché du travail en retardant sa sortie du seuil de pauvreté diminue (il perd le goût du travail ou ses compétences deviennent obsolètes, ou encore la conjoncture est plus défavorable ou bien la compétition des nouveaux arrivants sur le marché du travail est plus vive etc. ) ,

3. le coût de faire des démarches pour s'en sortir s'élève (lassitude, ou stigmatisation du fait même que l'individu prolonge son statut de pauvre) .

Il va sans dire que si l’on observe l’inverse, le pauvre a intérêt à rester pauvre ou à prolonger son statut de « pauvre ». Cela arrive quand :

1. la subvention perdure d’une période sur l’autre ou lorsque l’on quitte une subvention on devient éligible à une autre d’un niveau égal ou supérieur,

2. l'individu peut bénéficier d’une formation qui améliore ses compétences futures

3. les démarches pour trouver un emploi sont subventionnées par le contribuable ou faites par d'autres eux- mêmes subventionnés par l'Etat.

C’est très exactement ce que l’on observe. Ceci explique la durée assez longue dans l'aide en dépit de taux de sortie relativement élevés du RMI.

Le tableau ci dessous représente les taux d'entrée et de sortie du RMI depuis 1993 et le suivant donne la répartition des bénéficiaires selon l'ancienneté dans le dispositif. Pour l'année 1996

Tableau 6 taux d'entrée et de sortie du RMI

Années

Effectif total

entrées

sorties

Insertion dans emploi subventionné

Insertion dans emploi réel

1993

792 947

301764
38.0%

181603
23 %

96100

67800
37%

1994

908 336

382058
42%

268393
29.5%

110000

92100
34.3%

1995

946 010

362830
38.3%

326012
34.4 %

104600

110300
33.8 %

1996

1010 472

397412
39.3 %

332950
32.9%

115700

117300
35.2 %

1997

1048 813

422834
40.3 %

365405
34.8 %

107300

129700
35.4 %

Les taux d'entrée au RMI ne cessent de croître sur la période et sont proches de 40 %. Les taux de sortie se sont accrus et avoisinent les 35%. Une grande partie des taux de sorties du RMI est artificielle puisque seulement un tiers de ces sorties consiste en des emplois dans le secteur privés dont on ne sait même pas s'ils ne sont pas subventionnés par le contribuable, les autres sorties vont vers des emplois non marchands et donc dans le secteur public ou associatifs largement subventionné par l'Etat.

On peut rappeler ce que conclut une enquête de l'Insee auprès de 10 000 allocataires en septembre 1997, puis en janvier et février 1997 . Les contrats d'insertion vers les contrats emploi solidarité (CES) par exemple favorisent la sortie du dispositif RMI mais n'augmentent pas sensiblement les chances d'accès aux emplois ordinaires à temps plein ou temps partiel.

Par ailleurs le faible taux de signature des contrats d'insertion s'explique par le fait que tous les allocataires ne font pas face aux mêmes coûts ou gains attendus pour sortir de ce dispositif d'aides. Les plus de 50 ans et ceux qui n'ont jamais fait d'études sont ainsi deux fois plus nombreux parmi les non-signataires de contrats que parmi les signataires. En revanche, on trouve davantage de jeunes et de diplômés parmi les signataires de contrats, ils n'ont pas besoin de se former et leurs gains sur le marché du travail courent sur une plus longue période. Les travailleurs sociaux peuvent aussi préférer concentrer leurs efforts sur les plus employables, en raison des difficultés à promouvoir la réinsertion des personnes les plus âgées, qui cumulent souvent de nombreux handicaps : illettrisme, mauvaise santé.

L'accès à l'emploi à temps plein est aisée pour les allocataires de moins de 30 ans. Par contre seulement 3% des plus de 50 ans trouve un emploi. De même 19% des allocataires ayant atteint un niveau d'études supérieures, contre 3% de ceux ayant quitté leurs études au niveau du primaire en obtienne un. Ceux qui n'ont jamais fait d'études et qui connaissent des problèmes d'illettrisme restent aussi, en moyenne, quatre fois plus longtemps au RMI (38 mois) que les plus favorisés (10 mois). Enfin, les allocataires masculins sortent plus souvent vers des emplois à plein temps que les femmes. Ce profil confirme l'analyse proposée ci dessus.

Tableau 7 Répartition des bénéficiaires du RMI selon l'ancienneté dans le dispositif 1996
Source CNAF

Répartition

Effectifs

%

Moins de 6 mois

152028

17.2

De 6 mois à 1 an

117796

13.4

De 1 à 2 ans

167116

18

De 2 à 3 ans

128215

18.9

De 3 à 5 ans

236708

14.5

Plus de 5 ans

118397

26.8

Total

882047

100


La durée dans le RMI est particulièrement élevée puisque plus de 40% des RMIstes reste dans le dispositif au delà de 3 ans et plus d'un quart au delà de 5 ans. C'est en cela que la pauvreté transitoire devient permanente. Rappelons que l'âge moyen des RMIstes est inférieur à 40 ans. Les taux d'entrée élevés comme les taux de sortie élevés qui concernent essentiellement les plus jeunes masquent le phénomène prédit par la théorie économique : celui de la trappe à pauvreté.

La seule façon de résoudre ce dernier problème est de verser une dotation en capital aux individus jugés « pauvres » dont le montant rapporte sur le marché financier un revenu égal au seuil de pauvreté. C'est ce qui est pratiquer pour les prestations compensatoires ou les indemnités de licenciement. En revanche pour éliminer le premier problème, celui de l'éligibilité, deux propositions ont été faites. L'une par le Prix Nobel Milton Friedman dans les années 1960 : l'impôt négatif, l'autre par les philosophes tel Van Parijs (1995) : l'allocation universelle.

Examinons d'abord l'impôt négatif . Reportons nous à la figure suivante.

L'idée sous jacente à l'impôt négatif consiste à faire la remarque suivante. Les bénéficiaires du RMI sont taxés à 100 %. En effet ils ont le choix entre travailler ou bénéficier de l'aide mais pas de faire les deux. Si le bénéficiaire pouvait toucher le RMI et fournir un travail dont les revenus compléteraient son allocation de base sans perdre l'aide dont il bénéficie il serait moins incité à renoncer à un travail salarié. En admettant le même niveau d'aide que dans la figure précédente l'individu f va bénéficier de l'aide mais ne renoncera pas totalement à un travail salarié. Il se situera au point g. Il augmente son temps de loisir mais travaille quand même pour compléter son allocation de base. Ce privilège de pouvoir cumuler une rémunération salariale avec l'aide cesse dès que le revenu obtenu atteint un certain seuil fixé arbitrairement au seuil de pauvreté. C'est ce qui se passe aujourd'hui avec le RMI. Celui-ci est calculé compte tenu de la taille de la famille. Imaginons un couple avec deux enfants . Le revenu minimum est de 5254 F. Le mari trouve un emploi rémunéré au mois pour une somme de 2000 F. Pendant les 3 premiers mois il cumule le RTMI avec le revenu du travail et gagne 7254 F. En revanche les mois suivants on va lui retirer les prestations familiales 687 F, le forfait logement 743 F et on va prélever 50 % de son salaire moyen perçu sur les trois premier mois: (2000 /3).50% font 333F. Au total l'allocation n'est plus que de 3491F auquel s'ajoute les 2000 F de son salaire soit la somme de 5491 F. Evidemment l'impôt prélevé sur le RMIste est encore très haut (50%). Ceci explique le peu d'incitation à travailler et à se réinsérer. Normalement le cumul de l'aide et d'un travail salarié doit générer un revenu suffisant pour inciter l'individu à prendre un emploi salarié et l'allocation doit diminuer de manière progressive pour ne pas subventionner le loisir. Ceci implique d'accepter de cumuler le revenu et l'aide jusqu'à un seuil qui excède le seuil de pauvreté.

Mais même avec l'impôt négatif ou une variante de celui-ci, il existe toujours par construction une discontinuité au point où l'aide est retirée. Cette discontinuité attirera encore des gens "non pauvres" à se porter éligibles à l'aide. C'est en cela que l'impôt négatif n'élimine pas le phénomène d'éligibilité.

Une proposition plus radicale consiste alors à supprimer le problème d'éligibilité en offrant à tous à partir de 18 ans un revenu non salarial équivalent au seuil de pauvreté parfaitement cumulable avec un travail salarié. C'est le principe de l'allocation universelle.

Examinons brièvement l'allocation universelle. L'impact de ce type d'aide est simple. L'aide provoque un effet de revenu réel à la hausse qui pousse tous les jeunes à demander davantage de loisirs et donc à offrir moins de temps sur le marché du travail. Cette allocation universelle est une version extrême de l'impôt négatif. Elle se présente graphiquement de la manière suivante:

Les individus au dessus du seuil de pauvreté bénéficie tous de l'aide comme ceux qui sont en dessous. L'individu f va se situer en g. Il consommera plus de biens 0f et prendra plus de loisir 0L**.

La critique essentielle faite à tous ces programmes d'aides aux pauvres divers et variés ne repose pas sur leurs effets pervers en tant que tel mais sur leur coût d'opportunité. En effet, il faut financer les programmes d'aides. Or qui paie ? Le contribuable. Le tableau suivant représente le coût du dispositif d'aide aux RMIstes pour l'année 1997

Tableau 8 Dépenses liées au RMI en 1997 en milliards de francs.

 

Etat

Conseils généraux

total

Allocation RMI

24.5

Mesures -Emploi

6.6

Créances de proratisation DOM

0.82

Frais de gestion du dispositif

0.25

Majoration aide au logement

1

Aide médicale

0.4

Crédits d'insertion

4.46

Assurance personnelle

2.9

Aide médicale

3.2

Total (métropole et DOM)

33.63

9.889

43.52

Total en %

77

23

100

Source : Les 10 ans du RMI , Ministère de l'emploi et de la solidarité nov.1998 Internet

44 milliards de francs mesure le coût du RMI, ce qui fait 44 000 F par ménage RMIste aidé. N'existe-t-il pas d'autres manière moins coûteuse d'aider les personnes en difficulté ? Le contribuable n'aurait-il pas fait un meilleur usage de cet argent prélevé par la coercition que de maintenir sous dépendance des adultes encore jeunes ? C'est tout le débat entre la charité publique et celle privée. Les uns prétendent que sans cette aide 2 millions de personnes dont 700 000 enfants seraient condamnés à vivre d'expédients avec une dégradation considérable des conditions de vie et d'habitat. Ils dépendraient de la seule charité privée dont on présume qu'elle ne pourrait améliorer leur sort. Les autres prétendent que c'est la charité publique qui crée l'ampleur du problème. Sans elle le nombre de pauvres seraient moindre et la charité privée amplement satisfaisante pour résoudre le problème. Imaginons après le Bug de l'an 2000 mille que les français soient privés de télévision. Les français resteraient-ils 5 heures par jour devant un appareil qui n'émet plus ? Ils trouveraient d'autres distractions. Avant 1950 personne ne regardait la télévision, or que l'on sache nos aînés savaient se distraire, ils jouaient aux cartes, à des jeux de société, lisaient écoutaient la radio etc. La disparition de la charité publique ne veut pas dire qu'il n'existerait plus rien en matière d'aide aux pauvres.

Voir : allocation universelle, taxe des pauvres, .