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CONJONCTURE
DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 28 FEVRIER 2004 N° 784 : |
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« UN MILLION D’ENFANTS PAUVRES EN FRANCE » C’était l’information choc de la semaine
dernière. L’information porte sur un sujet trop grave pour qu’on la néglige.
Et il y a effectivement en France des enfants qui appartiennent à des
familles dans une situation difficile. Mais comment les dénombrer ?
Comment aider leurs parents ? Faute de donner une réponse acceptable
à ces deux questions, cette campagne « d’information » est en
fait une arme de propagande socialiste. Le seuil de pauvreté à 50% du revenu médian Les informations sur « les enfants
pauvres en France» émanent d’un rapport du CERC (Conseil de l’emploi,
des revenus et de la cohésion sociale) ce rapport, confié à Jacques DELORS,
président du CERC, avait été demandé en avril 2000 par le premier ministre
de l’époque, Lionel JOSPIN. Point de départ du rapport : le
« seuil de pauvreté ». Le CERC utilise une notion relative,
c’est à dire que le seuil de pauvreté est défini non en euros (on est
pauvre en dessous de tant d’euros), mais en pourcentage du revenu médian
(qui est tel que la moitié des ménages a un revenu plus élevé que ce revenu
médian et l’autre moitié a un revenu plus faible). Cette notion relative
est très contestable, parce gagner 50% du revenu médian dans un pays pauvre,
c’est être dans la misère, mais 50% du revenu médian dans un pays très
riche, ce n’est pas forcément être pauvre. Mais à quel pourcentage fixer ce seuil
de pauvreté ? Le CERC a retenu 50% du revenu médian. Cela donne,
selon leurs calculs -qui portent sur l’année 1999 (ce qui aurait du inciter
un certain nombre de socialistes à la prudence dans leurs commentaires,
car 1999 c’est la période JOSPIN) « environ un million d’enfants
de moins de 18 ans », soit prés de 8% de l’ensemble. Pour montrer
combien cette notion est peu fiable, il faut savoir que si le seuil avait
été fixé à 40% du revenu médian, le nombre d’enfants pauvres aurait été
de moins de 300 000, soit un taux de 2,2%, tandis que si ce seuil
avait été fixé, comme c’est la règle habituelle en Europe, à 60% du revenu
médian, on aurait trouvé deux millions d’enfants pauvres en France, soit
un taux de 16%. Quel est ce revenu ? Là, les choses
se compliquent. Ce seuil de 50% du revenu médian est de 560 euros pour
une personne seule, soit 650 euros d’aujourd’hui. Mais si l’on veut calculer
le revenu d’un couple avec un enfant, il ne faut pas multiplier ce chiffre
par trois, mais tenir compte des unités de consommation : le premier
adulte est compté pour 1, le second ou un enfant de plus de 14 ans pour
0,5, un enfant de moins de 14 ans pour 0,3. Cela n’est pas propre au CERC,
l’INSEE fait de même. Mais c’est très discutable, même s’il est vrai que
dans une famille il y a « des économies d’échelle » pour les
dépenses. Cela donne par exemple 1.170 euros (soit environ 7.700 francs)
pour un couple avec un jeune enfant et 1365 ( 9.000
francs) pour un couple avec un enfant plus grand. Le rôle du chômage et des charges sociales Ce qui est intéressant ensuite, c’est
de voir pourquoi cette « pauvreté des enfants » existe, selon
le CERC. Quelles sont les familles les plus touchées ? Ce sont celles
dont un membre est au chômage. Mais le CERC ne se pose pas de question
sur les causes de ce chômage, comme si c’était une donnée. Il se contente
de mettre en avant la difficulté qu’il y a à faire garder un enfant et
donc à concilier vie professionnelle et responsabilité parentales, surtout
pour une famille monoparentale. Le problème, c’est de savoir pourquoi
il y a effectivement tant de chômage. Et, comme nous l’avons montré ici
même plusieurs fois, ce chômage vient avant tout du poids excessif de
l’Etat-providence et des prélèvements obligatoires. Or que préconise le CERC pour régler
ce problème ? Par exemple de développer un « service public
local » des offres de gardes d’enfants. Comme si c’était un secteur
à nationaliser d’urgence, alors qu’il est déjà très étatisé. Comme si
le secteur privé était incapable de fournir des places en crèche. Se poserait
peut-être pour certaines familles un problème de financement. Mais d’éventuels
mécanismes de solidarité, ou mieux de déduction fiscale n’imposent pas
de passer par un service public. Ce n’est pas dans ce sens que s’oriente
le CERC, qui voit le remède dans les mécanismes de redistribution. « La
pauvreté des enfants est liée à l’insuffisance de l’ensemble des transferts
attachés à la présence d’un enfant ». Il faut donc instaurer de nouvelles
allocations familiales, dès le premier enfant, et aller « vers
un relèvement substantiel des prestations liées aux enfants, quitte à
introduire une redistributivité accrue du système
de transferts (prestations et réductions fiscales) ». Comme si le
l’Etat- providence était la solution, alors qu’il est le problème. Une présentation « habile » : les enfants sont-ils pauvres ? Parmi les autres critiques à adresser
au rapport du CERC, il en est une fondamentale à nos yeux. Personne n’a
réellement songé à réfléchir à cette conclusion : « des enfants
vivent en dessous du seuil de pauvreté ». La rigueur, et la simple
honnêteté conduiraient à dire : « Il y a des ménages avec enfants
qui ont un revenu inférieur à celui qui représente –conventionnellement-
le seuil de pauvreté ». Un enfant n’est pas pauvre, ni riche, parce
qu’il n’a d’autre ressource ou patrimoine que celui de ses parents. La
télévision nous a régalés de ces bébés suçant leur tétine, ou gigotant
dans leur berceau : représentent-ils des entités économiques ? On a interdit la publicité d’Evian
qui présentait un montage de bébés plongeant allègrement dans une piscine.
En effet il est inhabituel et immoral d’apitoyer ou d’attirer le chaland
en présentant des images de ce type. Mais n’est-on pas en présence de
la même technique ? Dire : « il y a des familles françaises
qui ont des revenus trop modestes, et cela est d’autant plus regrettable
qu’elles ont des enfants en bas âge », c’est une chose, c’est une
constatation. C’est même un « scandale public » en ce sens que
cette situation, à travers le chômage, à travers la Sécurité Sociale,
a pour origine l’intervention publique. Nous ne cesserons de nous battre
pour que ces familles retrouvent leur dignité et un mode de vie suffisant
pour élever leurs enfants dans de meilleures conditions. Mais venir parler‘ « d’enfants
pauvres », alors qu’il s’agit de familles pauvres, c’est un glissement
qui ne doit rien à la sémantique ou à la statistique, mais doit tout à
la propagande. |