CONJONCTURE DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 4 OCTOBRE 2003
N° 763:

 

BANQUE MONDIALE : LES SERVICES PUBLICS

NE PROFITENT PAS TOUJOURS AUX PAUVRES


Il y a de tout dans le dernier rapport de la Banque mondiale sur le développement dans le monde (2004). Du bon et du moins bon. Ce qui est bon et lucide, c’est l’analyse sévère des actuels services publics. Dans le tiers-monde « les services publics ne profitent pas toujours aux pauvres ». La Banque mondiale indique que « trop souvent, les pauvres n’ont pas accès à des services publics de qualité et ce dans les quantités requises. Or on ne peut escompter de grandes améliorations dans les conditions de vie des pauvres tant qu’ils ne bénéficient pas d’un plus grand accès à des prix abordables à de meilleurs services de santé, d’éducation, d’eau potable, d’hygiène et d’électricité ».

Manifestement, les monopoles publics n’arrivent pas à organiser cet accès et les plus démunis en sont souvent exclus. Or, « sans de telles améliorations, les maladies et l’analphabétisme continueront d’être le lot de nombreuses couches démunies ». Les effets de ces échecs sont « profonds et durables ». Bref, le service public a des ratés qui pèsent sur les objectifs du millénaire définis par les nations unies pour réduire la pauvreté dans le monde.

La Banque mondiale multiplie les exemples concrets. Au Ghana, des écoles sont inutilisables à la saison des pluies. Au Salvador, des centres de soins existent, mais ils n’ont ni médecins ni infirmiers. En Ethiopie, l’absentéisme est récurrent, comme dans les centres de premiers soins au Bangladesh, où il touche 74% des médecins. Et si les pauvres ont accès quand même aux services de base, leur qualité fait souvent défaut.

Il faut donc encourager les prestataires à servir les pauvres. La Banque mondiale envisage diverses pistes, en particulier de donner aux clients pauvres davantage de pouvoir et de contrôle sur les prestataires de services publics, en développant leur participation ; ou encore d’inciter la puissance publique à récompenser les bonnes prestations et à sanctionner les mauvaises.

C’est là que le rapport de la Banque mondiale, après une analyse pertinente du problème, touche au contraire le moins bon en se trompant sur les solutions. Elle invite en quelque sorte l’Etat, dans la distribution de services publics, à singer un peu le marché. Mais pourquoi ne pas recourir directement au marché ? C’est que la Banque mondiale a des préjugés idéologiques. « Ce serait une erreur de conclure que les pouvoirs publics devraient tout abandonner au secteur privé. Aucun pays n’a pu améliorer la qualité de l’éducation primaire, ni réduire la mortalité infantile sans l’intervention et l’aide du gouvernement ».

Le problème, c’est que c’est faux et cette affirmation n’est qu’un a priori idéologique. La dernière Université d’Eté a montré, à partir de cas concrets –que nous développerons dans quelques semaines- comme celui de l’Inde, qu’en matière d’éducation par exemple le secteur privé -seul- a fait infiniment mieux que le secteur public. Les « services publics » fonctionnent très bien au profit des plus démunis lorsqu’ils sont laissés à la libre initiative du secteur privé. Si ce n’était pas vrai, il n’y aurait qu’à nationaliser chez nous les boulangeries, qui assurent le « service public » de ce produit de base qu’est le pain.