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CONJONCTURE
DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 14 OCTOBRE 2000 N° 641 : |
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ANNULER LA DETTE DES PAYS PAUVRES : OUI, MAIS...
Il y a une belle unanimité pour annuler la dette des pays
les plus pauvres. Le Pape Jean Paul II en a fait une obligation jubilaire,
les experts du Trésor américain pensent qu'il vaut mieux effacer les ardoises,
les adversaires de la mondialisation à Seattle ou à Prague ont manifesté
en ce sens. Il existe maintenant au Congrès américain une initiative
du Président CLINTON, HIPC, Heavily Indebted Poor Countries Initiative,
qui propose d'exonérer 32 pays, ce qui représenterait un montant de 27
milliards de dollars ; dans quelque temps, 10 autres pays devraient bénéficier
de cette remise de dettes. Il semble donc que l'on soit parti pour la gloire, et qu'une
fois la dette annulée, ces pays du Tiers Monde n'auront plus aucun souci
à se faire. Le problème est qu'ici comme en France on se demande que faire
de cette aubaine, comment dépenser l'argent de la "cagnotte". Si on efface la dette, on va pouvoir recommencer à demander
des crédits à la Banque Mondiale, au FMI et aux autres. Dès qu'il a appris
qu'il bénéficiait du HIPC, le président de l'Ouganda a demandé un prêt
de 32 millions de dollars pour l'achat d'un jet transatlantique. Le Secrétaire
du Trésor américain a rassuré un sénateur américain qui s'inquiétait :
pas un sou de la remise de dette ne serait pris pour financer cet achat
! D'autre part, il restera assez d'endettement pour empoisonner
l'avenir des pays pauvres. Il a été calculé que pour honorer leurs nouveaux
engagements de rééchelonnement de la dette, les pays devraient avoir un
taux de croissance de l'ordre de 8 à 12 % pendant vingt ans. S'ils réalisaient
cette performance, ils n'auraient plus besoin de la Banque Mondiale. D'OU VIENT L'ENDETTEMENT
? Pour être assuré que la remise de la dette soit efficace,
il faut commencer par s'interroger sur l'origine de cet endettement. Une
étude du Cato Institute proposée par Ian Vasquez rappelle que 97,5 % de
la dette remise a pour origine des prêts aux gouvernements. La Commission présidée par Alan MELTZER, économiste monétariste
bien connu (et grand amateur de Paris où il a séjourné dix ans), a été
investie par le Congrès de la mission d'apprécier le rôle joué par la
Banque Mondiale et le FMI dans l'endettement du Tiers Monde. Le rapport
est accablant : ces organismes internationaux ont distribué des fonds
dans n'importe quelle condition. Il apparaît entre autres que ces pays
emprunteurs auraient pu emprunter sur le marché financier mondial mais
ne l'ont pas fait, puisqu'ils trouvaient des capitaux à bon compte auprès
de la Banque Mondiale. De la même manière, ces pays seraient en mesure
de rembourser. Pour les quatre plus gros emprunteurs (représentant 70
% de la remise de dette) le remboursement les priverait d'une proportion
de leur capital national comprise entre 2 et 5 %. Pour les plus modestes,
ce taux est de 17 %. De la sorte, s'entendre dire que c'est l'endettement qui
ruine le Tiers Monde est une contre-vérité. Ce qui ruine ces pays, c'est
le gaspillage des fonds par les pouvoirs publics. CHANGER LA METHODE Le jubilé passe encore. Mais si l'on apure les comptes du
passé, c'est évidemment pour changer la manière d'être. La remise de la dette aurait un sens si elle s'accompagnait
d'un retour à des disciplines qui sont celles du marché financier mondial.
Ce que la commission MELTZER reproche aux organismes internationaux est
de s'être substitués, pour la raison évidente de voir grossir et leur
budget et leur pouvoir, aux mécanismes traditionnels de financement. Cette
tradition aurait sélectionné des entreprises prospères plutôt que des
gouvernements incapables, et auraient retenu le critère du profit plutôt
que celui de la diplomatie. Mais qui se charge de surveiller le FMI et
la Banque Mondiale ? Comme le fait remarquer le Wall Street Journal (12 Octobre)
les braillards de Seattle et de Prague s'en prennent au commerce libre
et aux marchés mondiaux, et rendent le capitalisme responsable de la pauvreté
du Tiers Monde. Ils feraient mieux de s'en prendre à la racine du mal,
et aux vrais fossoyeurs des pays pauvres : leurs gouvernements respectifs,
puissamment aidés par les finances publiques nationales ou internationales. |