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CONJONCTURE
DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 16 SEPTEMBRE 2000 N° 637 : |
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LA PAUVRETÉ, UNE SALE MALADIE
"Les inégalités sociales de santé": sous ce titre
l'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) a
publié un rapport explosif - du moins si l'on en croit les commentateurs.
Une phrase donne la tonalité générale : " A 35 ans, un ouvrier a
une espérance de vie inférieure de 6 ans et demi à celle d'un cadre du
même âge" La santé serait donc une affaire de classe : les travailleurs
pauvres seraient inégaux devant la maladie, la mort, par rapport aux dirigeants
riches. Ce genre de conclusions définitives et manichéennes attire
de notre part deux réserves : - la première : une corrélation statistique est-elle une
explication ? Le lien est-il direct entre "classe" sociale et
santé ? - la deuxième, que n'évoque pas l'INSERM : comment guérir
de la maladie de la pauvreté ? Sur ce dernier point un récent rapport
de la Banque Mondiale est fort significatif. LES MALADIES DE CLASSES Commençons par observer qu'une classe sociale est d'abord
une classe statistique. Les "ouvriers" sont tels parce qu'ils
sont ainsi définis par les statisticiens qui relèvent les données. Mais
les agents de maîtrise Font-ils partie des ouvriers (ce qui a été longtemps
le cas) ou des cadres ? Quelle est la frontière entre "professions
intermédiaires" et les "chefs d'entreprises" ? Y a-t-il des gérants de SARL ou seulement des salariés dans
une catégorie et pas dans l'autre ? Et surtout, quelle est la signification de la classe au point
de vue de la santé ? La moyenne de la classe est-elle significative? Pour
certaines classes (comme les agriculteurs) c'est douteux : on trouvera
beaucoup de centenaires et beaucoup de gens qui meurent jeunes. Mais c'est surtout le message social qui est ambigu. Les
gens sont-ils davantage malades parce qu'ils sont "pauvres"
ou parce qu'ils exercent une activité plus dangereuse pour la santé ? Par exemple, dans le rapport, on voit que les maladies coronariennes
attaquent deux fois plus les employés que les ouvriers, alors que le nivau
moyen de revenu des deux classes statistiques est très voisin. Les mieux
lotis, les cadres, ont-ils des revenus supérieurs à ceux des agriculteurs
ou des chefs d'entreprises ? En allant plus loin dans l'analyse des chiffres et du rapport,
on s'aperçoit que le lien n'est pas direct entre pauvreté et santé. D'ailleurs
il est moins visible dans d'autres pays (comme l'Angleterre). Il y a nombre
de considérations intermédiaires : les habitudes alimentaires, l'alcoolisme
et la tabagie, le niveau de connaissances, etc. Les ascendances familiales
comptent aussi pour beaucoup. On pourrait dire ainsi que les ouvriers
ont une espérance de vie plus faible parce qu'en général ils surveillent
moins leur régime alimentaire, ils sont dans des régions où l'on boit
sec, et on ne va pas volontiers "au docteur". Par comparaison, les cadres moyens, qui ne sont pas des milliardaires,
ont une vie moins risquée et mieux réglée, ce qui explique leur relative
longévité. On trouverait d'ailleurs des différences de même nature à
l'intérieur de chaque classe : c'est donc que le déterminisme social n'a
guère plus de poids que le déterminisme génétique. On dira simplement
que l'environnement et l'hérédité créent des conditions plus ou moins
propices à une bonne santé, mais la part du comportement personnel ne
peut être éliminée. COMMENT GUERIR LA PAUVRETE Là où l'on sera d'accord avec l'INSERM c'est pour dire que
la pauvreté engendre des malnutritions et des conditions d'hygiène défectueuses,
et que la richesse permet (jusqu'à un certain point) de mieux se soigner.
Alors, comment éradiquer les germes de pauvreté ? La Banque Mondiale vient de publier un rapport sur la pauvreté
dans le monde, en mesurant une évolution sur la période 1987-1998.La Banque
s'intéresse à ce que l'on appelle la "pauvreté absolue", avec
deux chiffres de référence : vivre avec moins de 1 dollar par jour, avec
moins de 2 dollars par jour. La Banque Centrale met l'accent sur les différences de revenus
entre les pays les plus pauvres et les plus riches. Il est vrai que ces
dernières années ont vu une croissance extraordinaire en Amérique du Nord
et, à un moindre titre, en Europe. Mais la Banque néglige un fait incontestable
: la zone qui sort actuellement de la pauvreté est la plus imbriquée dans
le processus de la mondialisation, tandis que Afrique et Chine sont toujours
des continents fermés. La conclusion nous semble s'imposer : si l'on veut échapper
et à la pauvreté et à la maladie, il ne faut pas compter sur les grandes
organisations internationales ou les Etats Providence, il faut surtout
miser sur l'économie libre et la croissance qu'elle est capable de soutenir. Et pourtant, l'INSERM, comme la Banque, continueront longtemps
à préférer une philosophie de la lutte des classes, de l'impérialisme
américain, er de l'exploitation capitaliste. Les maladies mentales sont
difficiles à traiter.
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