RAPPORT DE LA BANQUE MONDIALE SUR LA PAUVRETE : BIEN PAUVRE !


La Banque Mondiale a publié, mardi 12 septembre dernier, son rapport annuel intitulé « S’attaquer à la pauvreté ». Au-delà du constat qu’un homme sur cinq vit avec moins d’un dollar par jour, ce qui choque c’est que le rapport tient dans l’ignorance la cause principale de la pauvreté : les pays et les régions les plus pauvres sont ceux qui jouissent du moins de liberté économique.


Les faits concernant la situation de la pauvreté dans le rapport de la Banque Mondiale sont mitigés.

En effet, une grande partie de la population mondiale continue à vivre avec des revenus faibles (un homme sur cinq —soit 1,2 milliards d’individus— vit avec moins d’un dollar par jour).

Cependant ce fait, largement médiatisé sans doute pour légitimer plus d’intervention politique et de redistribution vers les pays en développement, n’est pas en soi un fidèle reflet du niveau de vie. Un grand nombre d’économies fonctionnent en autarcie, sans monnaie, sans marché. De plus l’évolution de la pauvreté n’est pas homogène : alors que l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud voient leur nombre de pauvres augmenter respectivement de 60 millions et de 46 millions, la situation de l’Asie Pacifique s’est nettement améliorée (le nombre de pauvres passant de 420 millions à 280 millions).

Ensuite, deux statistiques supplémentaires sont plus encourageantes : dans le tiers monde, l’espérance de vie a augmenté de 20 ans et le taux de mortalité infantile a été divisé de moitié en l’espace de quarante ans.

Enfin ces données doivent être, sans aucun douté, revues à la baisse parce que la Banque Mondiale a redéfini sa conception de la pauvreté en l’élargissant : à la notion de revenu faible s’ajoutent des notions floues et ambiguës comme l’« absence de pouvoir et de voix, la vulnérabilité et la peur ».

Face à ce constat, la Banque Mondiale a développé, en 332 pages, une « nouvelle » stratégie autour de 3 axes :

1) Assurer l’accès des plus pauvres à des services jugés essentiels comme l’emploi (!), les routes (!), l’électricité, l’eau, la santé publique etc. Ce premier axe correspond aux politiques économiques traditionnelles et interventionnistes (soit de l’Etat national, soit des organismes parapublics internationaux), qui n’ont rien donné pour l’instant, si ce n’est gaspillages et corruption.

2) La nouveauté dans le rapport consiste à favoriser la participation politique des catégories les plus défavorisées. Il s’agirait d’une exigence vers plus de démocratie politique. Ce nouvel axe risque d’échouer comme le premier pour réduire la pauvreté. Comme l’a très bien montré le célèbre économiste américain R. Barro (2000 Index of Economic Freedom, Heritage Foundation), il n’y a pas de relation forte entre démocratie et croissance économique. La démocratie en tant que telle, même si elle peut être désirable pour d’autres raisons, n’est ni nécessaire, ni suffisante pour réduire la pauvreté.

3) Créer des mécanismes permettant d’amortir les effets des chocs économiques mais aussi des catastrophes naturelles, des maladies etc. L’impact de telles mesures de compensation ou de consolidation sur la pauvreté est négligeable. Pour s’assurer s’assurer contre les aléas de l’économie, rien ne vaut le développement économique et le marché, avec l’adjonction d’une société civile dynamique mettant en oeuvre la solidarité.

Le plus regrettable c’est que la Banque Mondiale s’attaque une fois de plus aux conséquences et non pas aux causes de la pauvreté. Une occasion de plus a été ratée pour mettre le doigt sur ses véritables origines —que la science économiques modernes a expliquées depuis longtemps et que l’étude de Heritage Foundation confirme (Index of Economic Freedom) chaque année :

- d’un côté, c’est le manque de liberté économique (aussi bien sur le plan intérieur avec comme résultat une absence d’actions entrepreneuriales, que sur le plan extérieur avec des échanges internationaux contrôlés), étouffée souvent par des Etats et des régimes politiques répressifs, qui est l’obstacle majeur de développement économique.

- de l’autre côté, c’est le protectionnisme des pays développés qui condamne définitivement tous ceux, dans les pays pauvres, qui veulent s’en sortir, en fermant l’accès à leur marché aux exportations agricoles et textiles. Ainsi, les droits de douane et les subventions priveraient les pays en développement de 20 milliards de dollars de revenus, soit 40% de l’aide extérieure en 1998. La liberté économique (à savoir des règles de droit qui font respecter les droits de propriété privée et la liberté de contracter) est le facteur principal à l’origine du développement économique et le seul qui permet une réduction massive et durable de la pauvreté. Comme le confirme chaque année l’Index of Economic Freedom, les pays les plus pauvres, sans exception, sont ceux qui respectent le moins la liberté économique. Et si la pauvreté est réduite dans certaines régions ou pays du monde (Asie Pacifique), c’est parce que les régimes politiques ont toléré un peu plus de liberté économique. Laissons les hommes libres d’entreprendre, de travailler, améliorons la qualité des hommes par l’éducation et les incitations du gain.

La seule stratégie à préconiser aux technocrates de la Banque Mondiale devrait être : ne gérez pas la pauvreté, laissez la liberté économique créer la prospérité !

Mots-clés : Développement économique, Liberté économique, Pauvreté.