|
PORTO ALEGRE : ERREURS, SILENCES ET MENSONGES
Lors du Forum social mondial de Porto Alegre,
les dirigeants politiques français, de gauche comme de droite, se sont
retrouvés pour célébrer les vieilles thèses gauchistes
sur le refus du libre-échange et de la mondialisation. Erreurs, silences
et mensonges : l'analyse de Jacques Garello dans la Nouvelle Lettre. Il y a des degrés dans l’égarement politique. Reconstituer l’internationale socialiste autour du thème de l’anti-mondialisation, c’est le premier degré : je comprends que le franchissent avec enthousiasme tous les nostalgiques du mur de Berlin, tous les trotskistes, staliniens, maoïstes, léninistes et castristes dont l’histoire a balayé les fallacieuses prétentions, les criminelles réalisations. Le deuxième degré, c’est la croisade contre le capitalisme, le marché, le libre-échange mondial, qui mobilise tous les adversaires du progrès, de la concurrence, toutes les corporations, tous les politiciens dont le fonds de commerce est la xénophobie, et plus particulièrement l’anti-américanisme. Mais le troisième degré me paraît particulièrement infâme : c’est celui qui prétend libérer les peuples de la pauvreté, qui prêche le tiers-mondisme au nom de la justice sociale mais qui en réalité enferme deux tiers de l’humanité dans le ghetto de la misère et de la haine. Cette lamentable entreprise
est fondée sur cinq erreurs, savamment cultivées, et sur deux silences,
volontairement gardés. Cinq erreurs Cinq erreurs, cinq fausses idées sur la mondialisation : - la mondialisation est une menace pour l’économie nationale : en réalité elle est un simple élargissement de la concurrence et à ce titre elle révèle les mérites et les faiblesses des producteurs en lice, elle remet en cause les monopoles et les positions privilégiées obtenus par le soutien des gouvernements, au détriment des consommateurs et usagers nationaux ; - la mondialisation détruit les cultures locales et les communautés : au nom de cette croyance les Français ont imposé leur « exception culturelle ». C’est oublier que la culture est ce qu’en font les individus et qu’une culture est d’autant plus vulnérable qu’elle ne s’enracine pas dans des valeurs intellectuelles, morales et spirituelles. Il est trop facile de faire porter à la mondialisation le chapeau du déclin, du laisser-aller et de l’irresponsabilité - la mondialisation est un combat inégal, la concurrence n’est pas loyale entre peuples de niveaux de développement différents. Cet argument est utilisé paradoxalement dans les deux sens : tantôt on accuse les pays pauvres de « dumping social » en reprochant aux entreprises de sous-payer la main d’œuvre, tantôt on nie aux pays pauvres toute chance de se faire une place dans la compétition parce que leur économie est « dans l’enfance » et ne peut se mesurer à celle des pays riches ! En réalité, l’échange est par définition inégal, il est le fruit logique des différences dans les conditions de production. C’est la pratique de l’échange et le jeu de la concurrence qui finissent par rendre les compétiteurs plus homogènes, obligeant chacun à être plus performant la mondialisation fait courir des risques à la planète : c’est une vision malthusienne des ressources « naturelles » et de la pollution, comme si les hommes étaient dans l’incapacité de renouveler les ressources par leur créativité, et comme si les régimes étatistes et marxistes n’avaient pas été les plus grands pollueurs et destructeurs de l’histoire. - la mondialisation
engendre spéculation et instabilité : si les dix dernières
années ont été marquées par quelques crises spectaculaires, il faut y
voir avant tout la marque des erreurs commises tant par les Etats et les
banques centrales que par les organismes internationaux, notamment le
F.M.I. et la Banque Mondiale. Derrière les crises intervenus dans la zone
pacifique, en Russie, au Brésil et aujourd’hui en Allemagne, il y a toujours
la collusion entre des politiciens et des financiers, des corruptions
et des mafias, des spéculations véreuses. A partir de ces cinq erreurs,
on bâtit tout un mythe de la catastrophe mondialiste.
Cette construction n’est pas là par hasard. Elle est, je le répète,
bien venue politiquement parce qu’elle donne une nouvelle jeunesse au
marxisme éculé et défait, elle légitime le protectionnisme voulu par les
groupes de pression, elle entretient et alimente la haine contre le capitalisme
et le diable américains. Deux silences Il est tout aussi scandaleux de passer sous silence ce que représente la mondialisation, et pour nos propres intérêts, et plus encore pour le développement des pays pauvres. Les Français n’ont cessé, à ce jour, de tirer profit de la croissance des échanges internationaux. L’ouverture des frontières européennes a permis de faire jouer une concurrence élargie, et d’augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs sur les produits importés grâce à une baisse de ces prix à un rythme annuel de quelque 5 %. C’est beaucoup plus que toutes les augmentations de salaires qu’on ait pu obtenir. Les avantages obtenus en tant que consommateurs ont eu peu à peu leur prolongement dans nos activités de producteurs. La concurrence élargie nous a amenés à imaginer de nouveaux procédés, à nous tourner vers de nouvelles activités, à créer de nouvelles entreprises et de nouveaux emplois. Le mérite du commerce international n’est pas, comme on le dit trop souvent, de « spécialiser » les pays : aujourd’hui on produit n’importe quoi n’importe où et les économies, loin de se spécialiser, se diversifient – surtout dans le domaine des services. Le vrai mérite des échanges est de nous obliger à nous aligner sur les meilleurs, à innover, et ainsi à être des artisans de progrès. Voilà qui est sans doute à l’origine des oppositions au libre-échange : c’est une remise en cause des routines, des mauvaises habitudes, des subventions et des soutiens artificiels – autant d’anomalies qui ne s’étaient instaurées que par la complaisance des pouvoirs publics. La mondialisation est une
formidable libération des énergies, une formidable contestation des privilèges
indûment acquis : voilà pourquoi elle dérange, voilà pourquoi les
parasites et les paresseux lui sont opposés. Mais on ne dira pas cela
à Porto Alegre. Pas plus que l’on ne dira que la mondialisation est la
seule vraie chance pour les pauvres de s’en sortir. Aujourd’hui, l’observation
du Tiers Monde est sans équivoque. Sont entrés dans la voie d’un développement
rapide les pays dans lesquels la liberté économique est enfin reconnue
(Hong Kong, Singapour, le Salvador, Panama, le Chili, la Thaïlande, Costa
Rica), leur croissance par tête a été de 2,5 % par an au cours de la dernière
décennie. A l’autre bout les pays sans liberté (Somalie, les Congo, la
Sierra Leone, le Ruanda, Madagascar, l’Algérie) ont eu une chute du produit
par tête de 1,5 % par an pour la même période. Evidemment ces chiffres,
qui sont connus de tous les professionnels, ne sont jamais évoqués ;
il vaut mieux entonner le refrain du commerce mondial qui appauvrit et
des inégalités croissantes entre les peuples. Certes les inégalités se
creusent, mais dans un sens bien précis : s’appauvrissent les peuples
qui ne s’intègrent pas au réseau mondial des échanges, parce que leurs
gouvernements n’en veulent pas. Car la mondialisation représente un risque
de bouleversement politique, elle exige une libération des peuples, la
mise en valeur des talents personnels, le développement du « capital
humain » : tous changements qui pourraient déstabiliser le pouvoir
établi. Que les dictateurs et les partis totalitaires au pouvoir dans les pays du Tiers Monde luttent de toutes leurs forces contre la mondialisation, je les comprends bien. Mais je trouve lamentable que, par complaisance, par démagogie, mais plus souvent encore par idéologie et par haine du capitalisme, des hommes politiques se fassent les complices de l’oppression et trahissent les peuples les plus pauvres de la planète en leur prêchant l’anti-mondialisation. Il y a là un aveuglement,
un comportement criminel, que rien ne saurait excuser. Il est vrai que
les chefs de cet orchestre rouge en ont fait aussi une position avantageuse :
les Bové, les Cassen, les Attac, reçoivent des subventions de tant de
budgets publics qu’ils peuvent bien vivre, ils ont droit en prime à la
considération des principes qui nous gouvernent et si l’Elysée et Matignon
ont refusé de recevoir le commandant Massoud, Bernard Cassen, lui, a droit
à l’orfèvrerie des dîners officiels. La misère du monde se déguste mieux
dans les plats dorés de la République Française. Mots-clés : Libre échange, Mondialisation,
Pauvreté,
Tiers
monde. |