COMMENT DEFENDRE LA MONDIALISATION

Grand succès mondial, l’ouvrage (Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, Plon, 2004) de Johan Norberg est un somme d’arguments pour la défense de l’ouverture économique et des idées libérales. Indispensable.

« A Bombay, l’heure de vérité des alter mondialistes », avait titré Le Monde (16 janvier 2004) à la Une lors de l’ouverture du Forum social. En effet, on ne pouvait pas trouver un titre plus suggestif à ce rassemblement de la « contestation de la mondialisation libérale » dans un pays, l’Inde, pour lequel la mondialisation est une aubaine. Plus de la moitié du PIB indien dépend des exportations et ses dirigeants ne savent plus comment faire pour accélérer les déréglementations : le domaine bancaire, des télécommunications seront cédés à 75% aux compagnies étrangères, celui du pétrole à 100%. Comme environ 500 millions d’Indiens tirent la plus grande partie de leurs revenus des exportations, il est plutôt indécent d’organiser une manifestation « antimondialiste » dans un pays qui dépend de l’ouverture économique. Si Le Monde s’est montré, comme à son habitude, complaisant envers ce Forum (avec à la Une le dessin de Plantu très explicite, montrant un Américain dans l’espace qui se fiche du « reste de l’humanité »), Le Figaro (16 janvier 2004) a osé apporter les preuves de l’importance du libre échange dans la création des richesses et même publier une interview de Johan Norberg sur l’Inde et la mondialisation.

Le livre de ce chercheur suédois est d’abord un plaidoyer pour l’information. Rien de plus nocif que la désinformation étatiste utilisée par les militants étatistes (ATTAC et autres) pour répandre leurs idées. Le cas de la crise argentine de la fin des années 1990 est donné comme un cas typique de manipulation faite par les énergumènes « alter mondialistes ». Pour eux, l’Argentine a été victime du libéralisme. En réalité, malgré les réformes libérales réalisées pendant huit ans, après 1990, lorsque l’économie a crû de 50%, le pays a doublé les dépenses publiques. La proportion de la dette publique est passée de 30% à plus de 50% et toute une classe de bureaucrates s’est enrichie sur le dos du peuple (ce fut aussi le cas au Brésil avant Lula, lorsque les fonctionnaires partaient à la retraite avant 50 ans en touchant une pension 20 fois supérieure au salaire moyen). D’où les dévaluations successives, la crise économique et la fuite des capitaux. Rien à voir avec le libéralisme et la mondialisation. Au contraire, une plus grande ouverture du pays aurait permis la mise en évidence des malversations de l’administration comme cela s’est passé en Indonésie où l’on peut dire que la mondialisation (et la crise financière) a renversé le dictateur Suharto.

Autre exemple concret donné par l’auteur. La fameuse « Révolution verte » tant combattue par José Bové et ses camarades. De nouvelles souches de blé créées dans les laboratoires sont responsables de 75% de la production dans les pays en développement. Dans le sud de l’Inde, on estime que la révolution verte a permis l’accroissement du revenu réel des paysans de 125% en 20 ans. En Afrique, la production du maïs par hectare a augmenté de 40% et a fait reculer la famine dans de nombreux pays. Norberg multiplie les exemples et apporte, statistiques à l’appui, la preuve d’un monde meilleur grâce à la mondialisation. Le nombre de pauvres recule, il y a moins de famines et le monde devient de plus en plus démocratique. Contrairement aux clichés, le monde va beaucoup mieux qu’il y a 20 ans.

L’environnement en danger ? Faux. La mondialisation a obligé de nombreux pays à tenir compte de leur environnement. Depuis que le Mexique a signé l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le pays a été obligé de respecter des normes environnementales qu’elle a ignorées pendant toute son histoire (un autre bienfait de l’ouverture économique réside aussi dans la chute du PRI, le parti socialiste au pouvoir depuis 70 ans). Des statistiques montrent que les pays les plus ouverts sont aussi ceux qui adoptent le plus souvent les technologies les moins polluantes. La pollution n’augmente pas avec la croissance économique : le smog est de moins en moins présent dans les villes américaines (- 50% en 10 ans), Tokyo n’est pas une ville invivable comme l’avaient prédit les chercheurs il y a quelques décennies et le couvert forestier de la planète est en augmentation, de 3 millions de km2 en 40 ans.

Quelles sont les raisons de tous ces progrès ? Pour l’auteur, il n’y a pas de doute, c’est le libéralisme et le libre échange. En effet, comme « le libre marché est l’antithèse d’une société fondée sur les privilèges », la société idéale est celle des droits de propriété, de la liberté d’entreprise et du libre-échange. Il n’y a jamais eu de famine dans un pays démocratique, comme il n’y a jamais eu de guerre entre deux pays pratiquant de libre-échange.  

Bogdan Calinescu

 
 
 

 

 

Pascal Bruckner : Misère de la prospérité Jean-François Revel : L'obsession anti-américaine Raymond Boudon : Déclin de la morale ? Peter Scowen : le livre noir des Etats-Unis Florin Aftalion : La trahison des Rosenberg Serge Raffy : Castro l'infidèle Mondialisation et éthique des échanges Magnus Falkehed : Le modèle suédois Johan Norberg : Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste