BIT : « LES FAILLITES ET LES EXCES » DE LA MONDIALISATION



Le rapport du Bureau International du Travail sur « la dimension sociale de la mondialisation » est promis à une grande publicité : politiquement très correct, il sera politiquement bien exploité. Le Monde l’a d’ailleurs déjà fait, annonçant dès sa première page : « Les riches profitent plus ».

Bien entendu, cela commence par un air connu : « Le potentiel de la mondialisation est immense, mais… ». Autrement dit la mondialisation serait une bonne chose si elle n’était pas libérale et si elle était régulée. Car telle qu’elle est, elle « génère des déséquilibres entre pays et à l’intérieur des pays. Pour la vaste majorité des hommes et des femmes, la mondialisation n’a pas répondu à leurs aspirations, simples et légitimes, à un travail décent ». Bref « ces déséquilibres sont moralement inacceptables et politiquement intenables ».

Ainsi, le rapport, intitulé « une mondialisation juste », ne remet pas en cause la mondialisation, mais lui adresse tellement de critiques qu’on se demande ce qu’il en reste. C’est en quelque sorte un rapport « altermondialiste ». Mais que reproche le BIT à la mondialisation ? « La mondialisation pousse les entreprises à être plus compétitives ; ce qui pèse sur les salaires et entraîne des fusions » et souvent des licenciements. C’est bien connu ; tous les efforts de compétitivité des entreprises passent par une baisse des salaires, qui n’ont cessé de diminuer chez nous depuis deux siècles…

Mais il y a plus grave : la privatisation des services publics comme l’eau, l’électricité, les services de santé, imposée par les politiques des pays industrialisés et les institutions internationales « aggravent la pauvreté ». Tandis que, bien entendu, comme l’expérience glorieuse des pays socialistes l’a montré, les nationalisations favorisent la richesse de tous ! L’exacerbation de la concurrence mondiale conduit « les employeurs à remplacer des emplois décents par du travail informel, intermittent, à la tâche, sans aucune sécurité ». Si chacun pouvait être fonctionnaire, quel bonheur…

L’ouverture des flux de capitaux a rendu le système financier instable et vulnérable. Le BIT regrette sans doute le bon temps du contrôle des changes, où le système financier était si stable… Les organisations internationales ont conduit « à amputer le financement de l’éducation et les dépenses sociales. Sans surprise, l’Afrique paie le plus lourd tribut à ce processus de libéralisation ». Enfin, bien entendu la mondialisation a favorisé les activités transfrontalières illégales ; évasion fiscale, montée en puissance des réseaux criminels, traite des êtres humains, commerce sexuel, trafic de drogue… Ouf … N’en jetez plus. Il ne manque que le sida !

Mais il existe une solution : « Il y a un grave déficit démocratique au cœur du système. Les marchés mondiaux se sont développés sans que se développent parallèlement les institutions économiques et sociales nécessaires pour qu’ils fonctionnent sans à-coups et équitablement ». On aura connu l’influence croissante des multinationales, l’affaiblissement des syndicats, la concentration du pouvoir et de l’argent, les inégalités aggravées, alors qu’une bonne gouvernance publique supprimerait tous ces maux. Heureusement, une réaction aura lieu car la direction actuellement suivie par la mondialisation suscite « de plus en plus de préoccupations ».

En pratique il faudrait des règles plus équitables pour le commerce international (comme s’il pouvait exister plus équitable qu’un commerce libre), l’investissement, la finance, les migrations : en clair une bonne et solide planification étatique. Avec en prime des normes fondamentales de travail et de protection sociale minimale, ce qui permettrait… de faire exploser le chômage dans les pays pauvres. Et puis un contrôle parlementaire accru. Avec l’aide des Nations Unies et autres organisations internationales, on pourrait utilement redresser la gouvernance mondiale.

Pourquoi accorder une si grande place à un rapport aussi contestable ? Parce qu’il est présenté dans la grande presse comme scientifique ; parce que toute la classe politique va le reprendre pour fustiger les excès de la mondialisation libérale, en écho aux discours altermondialistes ; parce que le politiquement correct est repris dans les salons parisiens par l’élite snob ; et parce que demain cela servira de guide à nos enfants dans les écoles, tout comme aujourd’hui le journal Le Monde et autres manuels inspirés de la même idéologie. Or, il faut que quelqu’un leur dise que les graves misères qui existent dans le monde proviennent du refus du libre échange universel ; non d’un excès de liberté, mais d’une insuffisance de celle-ci. Ce n’est pas le marché qui ruine l’Afrique, ce sont les Etats. Et il est criminel de faire croire le contraire, car on enfonce ces pays dans la misère.

 

 

 

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