MICHEL PEBEREAU : « LA MONDIALISATION EST SOURCE DE FORMIDABLES PROGRES »



Les entrepreneurs s’engagent pour défendre l’économie de marché. Nous l’avons souligné les semaines précédentes à partir de textes d’Edouard MICHELIN, de Xavier FONTANET ou de Bertrand COLLOMB. Cette semaine, c’est Michel PEBEREAU, président de BNP Paribas, qui, alors qu’il vient de prendre la tête de l’Institut de l’entreprise, accorde un entretien à nos confrères du Figaro économie.

Remarquant que nos entreprises se sont adaptées et sont devenues compétitives, il précise : « Ce n’est pas le cas de notre territoire national, parce que la sphère publique ne s’est pas adaptée au même rythme : son coût et sa lourdeur pénalisent la croissance et l’emploi. Voilà pourquoi l’Institut a pour priorité de réfléchir sur les réformes nécessaires avec pour thèmes essentiels les dépenses publiques, les prélèvements obligatoires et la réglementation ».

Les entreprises « sont très focalisées sur leur vie interne et ne prennent pas toujours le temps de se préoccuper de l’évolution de la société dans son ensemble. Elles doivent apporter leur contribution au débat. N’oublions pas leur rôle dans la vie de la nation : elles sont la source essentielle à la fois de création de richesses, donc de croissance économique et de progrès social, et aussi de cohésion sociale : les communautés humaines qu’elles constituent sont en effet l’un des lieux de socialisation et d’intégration les plus efficaces, où respect mutuel et liberté d’expression sont la règle ».

 

Après avoir noté en passant- ce qui relance un débat que nous avions abordé il y a quinze jours- que « les manuels scolaires donnent souvent de l’entreprise une image plus proche du XIX° siècle que de la réalité actuelle » et que les enseignants  « manquent d’information », ce à quoi l’Institut de l’entreprise entend remédier, Michel PEBEREAU revient sur les 35 heures : « Chacun doit pouvoir choisir son temps de travail, dans des conditions fixées par les accords entre partenaires sociaux, et dans des limites qui restent définies par la loi ».

 

Il reconnaît également qu’il n’y a plus que de petites minorités pour contester la réalité. Quelle réalité lui demande-t-on ? « Celle de l’économie de marché. Aujourd’hui, en Chine comme en Europe, aux Etats-Unis comme en Russie, tout le monde sait que, pour créer de la richesse, le meilleur moyen est d’utiliser l’entreprise comme acteur et le marché comme régulateur. Entreprise et marché sont des éléments irremplaçables du développement économique qui conditionne le progrès social et le progrès tout court. Prétendre l’inverse, c’est faire comme l’Eglise du temps de Galilée, qui contestait que la terre tourne autour du soleil. L’échec de l’économie centralisée, partout dans le monde, le montre : c’est la conversion au marché qui fait sortir la Chine de la pauvreté».

 

Mais ne faut-il pas craindre les délocalisations ? « Même si elle implique des adaptations parfois difficiles, la mondialisation est source de formidables progrès pour tous les pays qui y participent. Il faut le répéter : les échanges sont sources d’enrichissement pour tous ceux qui y participent. Si le niveau de vie des Français s’est accru au cours du dernier demi-siècle dans des proportions qui n’ont aucun équivalent historique, c’est parce que notre pays s’est ouvert au commerce international. Les délocalisations posent des problèmes, au niveau des personnes et des régions, que notre collectivité doit traiter. Mais elles contribuent à sortir de la pauvreté d’autres pays dans le monde, et à y créer du pouvoir d’achat, donc une demande qui peut, pour partie, s’adresser aux pays industrialisés, et en particulier à la France. Notre problème collectif est donc d’inventer de nouvelles activités à même de se substituer aux anciennes pour orienter vers notre pays une part aussi grande que possible de la demande créée par la croissance mondiale ».

 

Enfin, interrogé sur la politique industrielle, il s’empresse de revenir à l’essentiel, qui est le poids de l’Etat : « Il ne faut être ni trop naïf, ni trop dirigiste… Mais la question est de savoir qu’elle doit être la stratégie de la France pour conserver sa compétitivité. L’Etat doit promouvoir l’esprit d’entreprise et faire en sorte que notre territoire soit plus compétitif. La question est moins celle d’une concurrence entre la France et la Chine qu’entre la France et les autres pays, en Europe et dans le monde, qui ont le même niveau de développement qu’elle. Si le territoire France n’est pas compétitif par rapport à ces concurrents-là, les activités clés partiront chez eux ».

 

« Tout comme nos meilleurs joueurs de foot évoluent dans les clubs étrangers, une bonne patrie de nos meilleurs spécialistes de marchés s’exilent, et il en ira de même pour nos chercheurs. Le poids des prélèvements obligatoires est un vrai handicap pour nous. (…) Les Etats sont eux aussi en compétition, à l’échelon de la planète : il faut éviter que l’excès de réglementations et de prélèvements obligatoires pénalise notre territoire national en termes d’activité, c'est-à-dire d’emplois et de niveau de vie ». On le voit, on est loin de la politique industrielle, telle que l’entendent nos ministres. Toutefois, le nouveau ministre de l’Economie Thierry BRETON, issu du monde de l’entreprise, se déclare favorable à la réduction des dépenses publiques et de la dimension de l’Etat. Ses actes seron-t-ils en harmonie avec les propos de Michel PEBEREAU ?

 

 

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