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Puisque l’altermondialisme ne peut se prévaloir sérieusement d’aucun
argument économique, social, écologique ou moral, seules deux catégories
de personnes peuvent y adhérer : les ignorants, et les idéologues.
Passe encore qu’une grande partie de la population soit ignorante, victime
de la désinformation et de l’inculture grandissantes. Mais on admet moins
cette ignorance de la part de personnalités éminentes, qui prétendent
gouverner le pays sinon la planète. Quant aux idéologues, ils voient dans
l’altermondialisme une revanche historique sur le capitalisme
qu’ils honnissent, ils reconstituent l’Internationale communiste. On peut
enfin retrouver le plaisir de chanter cette fameuse Internationale, sans
crainte de s’entendre parler des goulags, des génocides, de Staline, Pol
Pot, Mao et autres bienfaiteurs de l’humanité. L’Internationale redevint
l’hymne du socialisme à visage humain ! Je n’ose pas croire que par
simple calcul électoral des hommes politiques qui ne partagent pas cette
idéologie de la mort puissent admettre l’altermondialisme.
Je reste
donc, pour l’instant, sur la thèse de l’ignorance, fût-elle coupable voire
scandaleuse. Qu’ignorent donc ces alliés objectifs des marxistes revanchards ?
Ils ignorent
des évidences économiques : la mondialisation définie comme le libre-échange
mondial et total, est source de prospérité pour tous, et en particulier
pour les pays les plus pauvres. Quand on mesure l’écart entre riches et
pauvres, il se réduit quand les pauvres bénéficient d’une économie ouverte
au commerce international, il augmente quand ils se replient sur eux-mêmes.
Les « économies émergentes » (Ouest Pacifique) sont celles qui
acceptent les règles de la liberté économique. Aucune surprise à cela :
la concurrence oblige chacun à la performance, la liberté permet d’innover
et de tirer parti du potentiel humain considérable de ces pays (même quand
ils n’ont aucune ressource naturelle –c’est le cas de la Corée par exemple).
Faut-il donc, une fois de plus, rappeler la distance entre les deux Corée,
naguère les deux Allemagne, comme aujourd’hui l’île Maurice et la Réunion,
le Maroc et l’Algérie ? Une autre évidence devrait ébranler les tenants
(naïfs) de l’altermondialisme : ce sont
les pays qui ont reçu l’aide publique la plus massive qui se trouvent
aujourd’hui en ruines. Il vaut mieux faire confiance au commerce qu’à
l’aide (« not aid, but trade »).
Ils ignorent
aussi les retombées sociales : la mondialisation permet à des peuples
entiers d’accéder au savoir, d’améliorer le niveau de vie de tous, de
scolariser les enfants. Si dans les pays pauvres les salaires sont très
inférieurs à ce qu’ils sont dans les pays riches, ce n’est pas l’effet
de l’exploitation ni d’une concurrence déloyale. C’est d’une part que
le niveau de la productivité est très faible pour l’instant, c’est d’autre
part la possibilité d’amorcer une longue ascension sociale qui conduira
ces travailleurs à se qualifier, à envoyer leurs enfants à l’école, de
sorte que la génération suivante aura un savoir-faire qui lui permettra
de toucher des salaires plus élevés. Dans les pires des cas toucher un
salaire de survie est mieux que ne pas survivre. Dans l’autre sens de
nombreux travailleurs des pays riches ont des revenus très supérieurs
à ce que leur productivité et leur qualification autoriseraient :
il ne faut pas s’étonner si à la longue ils sont exclus du marché mondial
du travail par ceux qui font de vrais efforts et rendent de vrais services.
Ils ignorent
encore les vraies raisons des menaces sur l’environnement : elles
proviennent non pas du commerce international et de la surconsommation
d’énergie, mais des initiatives politiques qui ont tué la propriété privée,
la responsabilité et donnent une prime au pillage par les trafiquants
et les nomenklaturas. Ce sont les pays socialisés et les économies planifiées
qui engendrent les pires dégâts, c’est le marché des droits de propriété
qui fournit la solution.
Ils ignorent
enfin les changements de mentalités dans le sens d’une compréhension entre
les peuples. La mondialisation crée des solidarités entre des gens que
tout pourrait séparer, depuis la distance jusqu’à la culture. Elle apprend
la diversité, la complémentarité aussi. En affaiblissant les Etats, la
mondialisation dépolitise les relations internationales.
Peut-être
est-ce la seule chose qu’ils n’ignorent pas : ils pressentent que
désormais la mondialisation va les obliger à compter avec les étrangers,
réduira leur marge de manoeuvre en interdisant les manipulations monétaires,
budgétaires, fiscales, réglementaires, et condamnera les administrations
et entreprises publiques trop onéreuses et mal gérées. Chant du cygne
de l’Etat Providence.
Voilà d’ailleurs
où convergent les intérêts de la classe politique et des idéologues. Ils
cultivent en commun la religion de l’Etat, ils rejettent la libre concurrence,
ils n’aiment pas le capitalisme qui a le tort de donner aux hommes la
liberté d’exercer leur droit à l’initiative, et qui met tous les efforts
au service de la communauté. Eux et eux seuls veulent penser le futur,
eux et eux seuls veulent organiser la vie en société. Leur rêve commun :
l’Etat mondial. La mondialisation du pouvoir leur fait moins peur que
la perte de pouvoir. Tous d’accord : anti-capitalistes, alter-mondialistes !
Jacques
Garello
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