LES PAUVRES CHEZ LES RICHES ET LES RICHES CHEZ LES PAUVRES


Madame Lindeman a eu une idée géniale pour réussir un salutaire brassage social : faire habiter les quartiers riches par les pauvres, et attirer les riches dans de nouveaux HLM plus confortables dans les quartiers pauvres. Les Socialistes élus parisiens, de leur côté, tentent d’appliquer la loi des 20% de logements sociaux au niveau des arrondissements. Cette politique de la mixité sociale est-elle aussi bénéfique que ce qu’on veut bien nous le faire croire ?


Les vieilles utopies ont la vie dure. Saint Simon s’amusait déjà, il y a près de deux siècles, à concevoir des habitations qui permettraient la « mixité sociale », chère à l’idéal socialiste. Voilà que, dans la continuité de « la loi des 20 % », les socialistes parisiens appliquent la loi Gayssot, par arrondissement ce coup-ci. La nouvelle municipalité a acquis à cet effet 8 immeubles (pour 299 millions de francs) et loué 3 autres dans les IIIe, Ive Ve, VIIIe et XVIe arrondissements, ce qui représentera à terme 260 logements. Bien sûr, la mesure est populaire. Qui n’a pas fait ce rêve de gens d’origines différentes vivant en harmonie dans un même lieu : apprendre les uns des autres, partager ses opportunités, etc… Pourquoi, en effet, les quartier chics devraient-ils être réservés aux riches ? Et puis, pourquoi pas 20 % par rue ?

En réalité, du temps ou Paris se reconstruisait avec le baron Haussmann, la mixité sociale prenait une forme souple : dans chaque immeuble, les bas étages étaient plus chers, les gens moins fortunés occupant les étages du haut, les bonnes et les étudiants les mansardes. La construction cubique et l’ascenseur ont bousculé tout cela, ainsi que le prix des terrains devenu exorbitant grâce au code de l’urbanisme et autres législations qui ont créé la pénurie foncière.

Enfin la perte de la civilité et de la politesse a détruit les règles qui permettaient à des gens différents de vivre dans l’harmonie. C’est donc en tenant compte de ces changements qu’il faudrait songer à un brassage social, au lieu d’adopter le mode socialiste : dictatorial et utopiste, sans considération des prix et des revenus.

Selon Jean-Yves Mano, adjoint PS de Bertrand Delanoë, la nouvelle politique est « un moyen pour nous de rééquilibrer les choses – certains arrondissements sont presque dépourvus de logements sociaux – et de traiter ainsi les situations difficiles ». Voici donc qu’entre en scène la rhétorique de l’équilibre et de son vilain contraire, le déséquilibre. Avec une obsession de l’égalité, de la moyenne, du gommage esthétique, de toute aspérité, il faut donc pratiquer un rééquilibrage, selon le critère habituellement retenu par les planificateurs urbains. Les socialistes confondent équilibre et harmonie.

Car la mesure risque malheureusement d’avoir plusieurs effets pervers. Le premier est un « effet d’éviction » : les locaux d’habitation accaparés par les municipalités et évincés du marché local ne seront plus disponibles pour celui-ci : les prix vont augmenter d’autant. Cependant, on arguera rapidement que les « riches » peuvent payer. A ceci près qu’il va y avoir des effets de « déversements » (en quantités et en hausse de prix) sur des quartiers moins chics avec des gens au revenu moyen qui vont, eux, en pâtir. Le deuxième type d’effet pervers concerne l’impact du mode de vie « chic » sur les gens modestes. La mixité sociale artificielle compense-t-elle les déficits en éducation, en savoir vivre ? Ne suscite-t-elle pas plutôt envie et jalousie ? N’est-elle pas source de conflits ? Un quartier chic a une infrastructure commerciale et culturelle inadaptée aux nouveaux occupants. Qu’est ce qui va changer, le occupants ou les infrastructures ?

Monsieur Mano, s’offusquant du refus de certains maires de droite, s’indigne : « je crois que certains maires n’ont pas compris que les choses ont changé ». Quelles choses ? Encore une fois, « ce qui a changé », c’est qu’on a décidé d’aborder politiquement le problème. Ce n’est pas à coups de droits acquis qu’on suscite le développement, mais en laissant les gens travailler dans une saine division du travail. Or, ce que l’on constate pour les quartiers pauvres, c’est que des gens au capital humain ou culturel faible n’ont tout simplement pas le droit de travailler à cause du coût du salaire minimum et du poids des charges : personne n’est prêt à payer 11.000 F par mois pour les embaucher. De son côté, la politique d’allocations subventionne la pauvreté.

Le seul moyen de voir disparaître la « fracture sociale », c’est de laisser les gens libres c’est à dire de remettre en route l’ascenseur social, selon l’expression d’Alain Madelin. Cela ne prendra pas moins d’une génération, mais « il faut laisser le temps au temps », disait un président socialiste. Un temps plus long que les échéances électorales, c’est là le problème…

Mots clés : Aménagement du territoire, Capital humain, HLM, Logement.