LIBERTE ECONOMIQUE


QUELQUES REPERES

Nous prenons malheureusement rarement conscience à quel point la liberté économique est un facteur essentiel pour le développement, la croissance et donc notre prospérité à tous.

L’Europe et la Chine…

Rappelons-nous pourtant que ce qui a fait le « miracle européen » au Moyen Age et à la Renaissance, c’est la relative liberté économique, permise par une diversité, une concurrence institutionnelle entre Etats ou principautés sur un territoire européen fractionné. A l’inverse, la Chine qui était très largement en avance sur l’Europe au tournant de l’ancien millénaire, a stagné (le célèbre « problème de Needham », du nom de l’historien) durant le millénaire qui suivit. Son avance technologique ne lui a servi à rien parce que le pays était verrouillé par une administration centralisée et spoliatrice qui interdisait en définitive toute activité entrepreneuriale de grande envergure et a donc freiné l’esprit d’entreprise, l’accumulation de capital et la croissance de la richesse. 

 Etats-Unis, Royaume-Uni, Irlande…

Les miracles américain ou britannique dans les années 80, ou le miracle irlandais aujourd’hui ont pour cause ultime le regain de liberté économique, promu par des libéraux. Il est souvent de bon ton de cracher sur « Miss Maggie » : ses détracteurs oublient que depuis 1945 les politiques socialistes, des travaillistes comme des conservateurs, avaient mis le pays état de délabrement avancé : en 1979, le Royaume-Uni est le dernier des pays industrialisés. La libéralisation, la libération du pays s'imposait comme une évidence. L’adaptation a été parfois difficile du fait de la mentalité de "droits acquis" distillée par les syndicats et les politiques pendant des décennies, mais même le travailliste Tony Blair n’a pas remis en cause les victoires de la liberté économique réinstaurées par Margaret Thatcher et le résultat est là aujourd’hui : à populations équivalentes il y a 24 millions d’emplois privés au Royaume –Uni contre 17 en France (selon l'Ifrap), un taux de chômage moitié moindre et une croissance bien plus vivace. Nos jeunes partent à Londres... et l'on se demande pourquoi ?

Liberté économique, entrepreneuriat et prospérité

En fait la réponse est simple : le lien entre prospérité et croissance économique d’un côté et liberté économique de l’autre est évident. Plus de liberté économique signifie une souplesse de créativité et d’ajustement de la part des entrepreneurs mais aussi des salariés, qui conduisent à plus de production de biens et services, donc à plus de revenus qui permettent encore plus de production etc. La liberté économique permet d’entrer dans un cercle vertueux de « causation cumulative » générant la prospérité et réduisant la pauvreté. Toute réduction de liberté économique signifie immédiatement un carcan supplémentaire sur le dos des entrepreneurs et donc, du fait d’un problème de coût ou de moindres incitations, la réduction de leurs activités et donc aussi des opportunités des salariés, et donc, en définitive, de la prospérité. Le développement vers la prospérité dépend largement de ce que les économistes appellent les institutions. La qualité des institutions peut se mesurer à l’aune du degré de liberté économique qu’elles permettent.

Les indicateurs de liberté économique

L’évaluation de la liberté économique est donc cruciale pour comprendre les problèmes contemporains. Cependant comment justement définir, évaluer la liberté économique ? Il s’agit de mesurer les différentes composantes institutionnelles qui peuvent rentrer en compte lorsque l’on parle de liberté économique. Les restrictions à la liberté de faire commerce avec l'étranger, le poids des réglementations, le poids de la fiscalité, la corruption... sont autant d'éléments qui vont à l'encontre de la liberté économique... Les différentes composantes sont pondérées et agrégées pour donner un indice synthétique de liberté économique. Deux instituts essentiellement se sont assignés cette tâche cruciale depuis plus d’un dizaine d’années maintenant : le Fraser Institute au Canada et la Heritage Foundation aux Etats-Unis.

 Le Economic Freedom of the World Index du Fraser Institute :

Cet indice repose sur 5 critères généraux:

1. Taille de l’Etat (dépenses publiques, pression fiscale et part des entreprises publiques)
2. Structure juridique et protection des droits de propriété (indépendance judiciaire, protection de la propriété intellectuelle, interférence du pouvoir militaire dans le politique, intégrité du système juridique)
3. Qualité de la monnaie (croissance de la masse monétaire des cinq denrières années, variabilité de l’inflation sur les cinq dernières années, taux d’inflation récent, liberté des comptes bancaires en devises)
4. Liberté du commerce international (barrières tarifaires et non tarifaires, taille effective sur taille potentielle du secteur ouvert au commerce international, différence entre taux de change officiel et du marché noir, contrôle du marché international des capitaux)
5. Réglementations du crédit (taux de banque privée, concurrence bancaire internationale, étendue du crédit au secteur privé, contrôle des taux d’intérêt), du travail (impact du salaire minimum, pratiques d’embauche et de licenciement, part de la masse salariale dont le salaire est fixé de manière centralisée, indemnités de chômage, conscription militaire) et des entreprises (contrôle des prix, poids de la réglementation, temps alloué aux démarches administratives, facilité à monter une entreprise, paiements irréguliers)

Selon le rapport 2006, en 2004 la France occupe le 24ème rang mondial en terme de liberté économique, loin derrière la Suisse, les Etats-Unis, l’Irlande le Royaume-Uni, la Canada, les Pays-Bas, l’Allemagne, le japon ou le Portugal….

L’Index of Economic Freedom de Heritage :

Cet indice repose sur 10 critères généraux:

1. Politique commerciale (taux moyen pondéré de protection tarifaire, barrières non tarifaires, corruption des services de douanes)
2. Charge fiscale de l’Etat (taux marginal le plus haut de l’impôt sur le revenu, taux de l’impôt sur les sociétés, variation annuelle des dépenses de l’Etat en pourcentage du PIB)
3. Intervention de l’Etat dans l’économie (dépenses de l’Etat en pourcentage du PIB, part des entreprises nationalisées, part des revenus de l’Etat provenant des entreprises nationalisées et de l’immobilier public, production économique de l’Etat)
4. Politique monétaire (taux moyen pondéré d’inflation depuis 1995)
5. Mouvements de capitaux et investissement étranger (Code de l’investissement international, restrictions à la possession d’entreprise par l’étranger, restrictions aux entreprises et branches ouvertes aux investisseurs étrangers, restrictions et demandes de performances aux entreprises étrangères, possession étrangère du foncier, traitement égal des entreprises nationales et étrangères, restrictions au rapatriement à l’étranger des revenus, restrictions sur les transactions sur le capital, disponibilité de financement local pour les entreprises étrangères)
6. Banque et finance (part des institutions financières nationalisées, restrictions à la capacité des banques étrangères d’ouvrir des filiales, influence étatique sur l’allocation du crédit, réglementations publiques inhibant l’activité financière, liberté de rendre tous types de services financiers et assurantiels)
7. Salaires et prix (salaire minimum, liberté de fixer les prix, contrôle des prix, étendue du contrôle des prix, subventions publiques affectant les prix)
8. Droits de propriété (autonomie du système judiciaire, code de commerce définissant les contrats, sanction de l’arbitrage étranger des litiges sur les contrats, expropriation, corruption au sein du judiciaire, délais des décisions judiciaires et de leurs applications, protection de la propriété privée)
9. Réglementations (permis pour monter une entreprise, facilité à l’obtenir, corruption bureaucratique, réglementations du travail, réglementations environnementale, sécurité du consommateur et réglementations sanitaires, réglementations imposant un carcan sur les entreprises)
10. Marché noir (contrebande, piratage de la propriété intellectuelle, production agricole et manufacturières, services, et travail sur le marché noir)

L'index of Economic Freedom est encore plus sévère avec la France que l'indice du Fraser Institute: 44ème mondial...

Lectures conseillées :

En français :

David Landes : Richesse et pauvreté des nations, Albin Michel, 2000.

Douglass North : Le processus du développement économique, éditions de l’organisation, 2005.

En anglais :

James Gwartney & Robert Lawson : Economic Freedom of the World 2006 Annual Report, Fraser Institute, 2006.

Marc A. Miles, Mary Anastasia O'Grady, Kim R. Holmes : 2006 Index of Economic Freedom The Link Between Economic Opportunity and Prosperity, Heritage Foundation, 2006.

Douglass North : Institutions, Institutional Change and Economic Performance, Cambridge University Press, 1990.

Nathan Rosenberg et L.E. Birdzell Jr.: How the West Grew Rich, The Economic Transformation of the Industrial World, Basic Books, 1987.